Pourquoi la réforme des retraites va désavantager la plupart des femmes

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Salaires et pensions inférieurs, carrières hachées, travail à temps partiel... face à la retraite, les différences hommes femmes sont criantes et le projet de réforme du gouvernement ne présente pas de compensations suffisantes pour les estomper.

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Présenté comme une « réforme de justice » rééquilibrant les écarts actuels, notamment en prévoyant la fin des régimes spéciaux et un ensemble de filets de sécurité pour certains ménages (évolution des dispositifs de départ anticipé pour les métiers "pénibles" et les carrières longues, instauration d’une pension minimum pour les carrières complètes, mesures destinées à lutter contre le chômage des séniors, assouplissement du cumul emploi-retraite etc.), le projet du gouvernement se heurte à une faille de taille : celle de désavantager in fine les femmes, en allongeant encore davantage leur durée de cotisation par rapport à celle des hommes…

Sur le papier, le report progressif de l’âge de la retraite – à 63 ans, puis à 64 ans à partir de 2030 – et l’allongement de la durée de cotisation à 43 annuités dès la génération née en 1965 (une accélération de la réforme Touraine de 2014) – s’appliquent bien sûr invariablement aux femmes et aux hommes.

Jusqu'à neuf mois de travail supplémentaire selon les générations

Mais en réalité, les premières seront plus fortement impactées que les seconds. Car avec des carrières hachées (en raison, principalement, des congés maternité), une plus forte proportion d’emplois à temps partiel, des salaires plus bas et un niveau de pensions de retraite en moyenne encore inférieur de plus de 40% à celui des hommes*, les conséquences de l’allongement de l'âge de départ leur seront plus lourdes à porter.

La propre étude d’impact du projet de loi du gouvernement le montre : si, prise dans son ensemble, la réforme devrait faire passer l’âge moyen de départ à la retraite des Françaises et Français à 64 ans et demi, le recul progressif de l’âge de départ va entraîner des disparités notoires selon les "générations" et les sexes.

Ainsi, en moyenne, avec la réforme, pour la génération 1966, les femmes devront travailler sept mois de plus, et les hommes cinq mois. Pour celle de 1972, l’allongement de la durée de cotisation sera toujours de cinq mois pour les hommes, mais passera à neuf mois pour les femmes. Enfin, pour la génération de 1980, il faudra compter huit mois de travail supplémentaire pour les femmes contre seulement quatre mois de plus pour les hommes.

Trimestres supplémentaires par enfant : pas de renforcement général du dispositif

Le ministre chargé des relations avec le Parlement, Franck Riester a rappelé sur Public Sénat que « les femmes, pour atteindre leur durée de cotisation, utilisent notamment des trimestres validés par enfant**. Evidemment, si vous reportez l’âge légal, elles sont un peu pénalisées. On en disconvient absolument pas », a-t-il reconnu alors que l’exécutif s’échine depuis une quinzaine de jours à vanter la dimension de justice sociale de sa réforme.

Question de logique : « Beaucoup de femmes devraient avoir tous leurs trimestres à l’âge légal de 62 ans, puisque la loi leur accorde [des] trimestres supplémentaires par enfant au-delà de ceux validés au titre de la carrière. Ces femmes-là, qui pouvaient jusqu’à présent prétendre à leur taux plein à 62 ans, auront quand même à travailler deux ans de plus, jusqu’à 64 ans », décrypte Valérie Batigne, présidente de Sapiendo-Retraite, dans une tribune publiée ce mercredi sur L’Argent et Vous.

Hier, la Première ministre a encore répété, face à l’Assemblée nationale, que les femmes ayant des carrières incomplètes et hachées seront protégées, à l’instar des « femmes qui ont commencé à travailler tôt » et celles « qui ont des petites pensions » et que la réforme « contribuera à réduire l’écart des pensions entre les hommes et les femmes ».

Car de fait, en augmentant d’une part leur durée de cotisation, et en revalorisant d’autre part la pension minimum pour les retraités plus modestes (sous réserve de carrière complète), lesquels sont à 52% des femmes, la réforme devrait revaloriser davantage celles des femmes, à+2.2%, contre 0,9% pour celles des hommes, évalue l’étude d’impact. La revalorisation du minimum de pension concernera 30% des femmes (+460€ par an en moyenne) et 17% des hommes (+300€ par en en moyenne).

Seulement voilà, avec les écarts de pension actuels, il faudra encore de longues années avant de réduire significativement ces différences : en 2070, toujours selon l’étude du gouvernement, la réforme devrait encore maintenir un écart de pension moyen de 7% entre les deux sexes...

Congé parental et carrières longues, un dispositif anecdotique ?

Quant aux autres mesures compensatrices prévues par l’exécutif (prise en compte du congé parental pour les carrières longues permettant d’obtenir jusqu’à quatre trimestres supplémentaires, intégration de ce congé dans le calcul du minimum vieillesse pour ceux qui ont travaillé au moins 30 ans), celles-ci ne devraient profiter qu’à un nombre restreint de femmes (plus de 3.000 par an selon le gouvernement, pour environ 640.000 à 650.000 nouveaux retraités chaque année).

Entre les interruptions de carrières, les temps partiels et des salaires inférieurs, un allongement de la durée de cotisation, appliqué de façon invariable aux carrières "classiques" sans protection supplémentaire prévue pour les femmes, ne peut se solder qu’assez logiquement par des situations davantage contrastées entre les sexes.

*Source : Insee, rapport Femmes et hommes, l’égalité en question, édition 2022. La différence du niveau de pension concerne l’année 2019. L'écart est réduit à 28% en incluant les pensions de réversion.

**Huit trimestres sont attribués automatiquement à la mère biologique ou adoptive, en compensation de la charge d’un enfant, pour ceux nés ou adoptés avant 2010 ; quatre trimestres sont attribués pour ceux nés ou adoptés après 2010.

Commentaires (5)
  • ajambon
    ajambonposté le 26.01.2023 à 10:22

    on redécouvre la Lune ! à force de creuser les journalistes vont finir par comprender qu'il y a des inégalités en france
    et que le système actuel ne vise pas à créer de l'égalité mais il protège les chiens qui gardent le mieux la niche danslaquelle ils sont installés
    cf cgt cheminots en pointe sur le sujet
    je veux insister sur le régime des retraites fonctionnaires qui protège les veuves d'une façon totalement INIQUE = ce que j'appelle l'inégalité femme/femme !!!

  • ajambon
    ajambonposté le 25.01.2023 à 16:03

    j'aimerais que la CGT lance l'idée que l'idéal serait l'égalité de retraites
    soit 1500 brut pour tout le monde pour 40 annuités et à 62ans. mais là ya aucune chance de les entendre. ils vont défendre les privilèges de leurs régimes spéciaux. les carrières longues s'arretent déjà avant 62ans !

  • Utilisateur33305
    Utilisateur33305posté le 25.01.2023 à 14:28

    A travail égal, salaire égal: OK.
    Si les femmes ont moins cotisé, pour des raisons diverse, elles ont un retraite en proportion de leur cotisation: c'est cela qui est juste. Ce n'est pas parce que ce sont des femmes qu'elles devraient avoir un régime de faveur; C'est aussi cela l'égalité hommes femmes.

  • ajambon
    ajambonposté le 25.01.2023 à 14:26

    on découvre qu'il y a des inégalités en france. et particulièrement sur les retraites. par exemple en ce qui concerne les pensions de reversion des veuves de fonctionnaires. c'est bcp mieux que le régime salarié !

  • olive0808
    olive0808posté le 25.01.2023 à 13:48

    A t-on le droit de dire que les femmes vivant plus longtemps que les hommes, elles touchent une retraite pendant environ huit ans de plus sans cotisation supplémentaire ? ;-)
    si on veut l'égalité totale à tout prix, il faut tout mettre sur la table ....