Carburants : les prix à la pompe baissent toujours moins vite que ceux du pétrole

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Le prix du brut ne constitue qu’une partie des prix TTC. Il faut aussi compter avec la marge des distributeurs et les taxes, des coûts essentiellement forfaitaires…

Reuters

Depuis un peu plus d’un mois, les prix à la pompe ont commencé à reculer. Comme la hausse passée, ce reflux s’explique principalement par l’évolution des prix du pétrole. Entre la mi-octobre et la mi-novembre, ils ont par exemple reculé de 21%.

Certains ont toutefois pu noter que cela n’avait pas été totalement répercuté dans les tarifs TTC des carburants. Selon les relevés du ministère de la Transition écologique, le litre de gazole est par exemple passé de 1,5331 euro à 1,4655 euro. Soit 4,4% de baisse seulement.

Plusieurs facteurs permettent d’expliquer ce recul plus limité.

1. Les effets de change

Le marché du pétrole étant en dollar, les taux de change peuvent influer sur les prix à la pompe. En clair, un euro orienté à la baisse va alourdir le prix payé en France. Depuis un mois, l’euro est d’ailleurs passé de 1,1565 dollar à 1,1416 dollar (-1,3%).

Conséquence, si le prix du baril en dollars a reculé de 21%, le coût d’approvisionnement en euros n’a pour sa part baissé "que" de 20%.

2. L’effet stocks

Une certaine inertie peut de surcroît intervenir lorsque les pétroliers disposent de stocks acquis précédemment. Les prix de vente tiennent alors compte du coût d’acquisition de la matière première et non des prix de marché à l’instant t.

3. Le coût du raffinage

Pour transformer du brut en carburant, il faut nécessairement le raffiner et le distribuer. Or ces opérations ont un coût qui reste le même quel que soit le prix du brut. On parle ici de coût fixe. Le prix hors taxe du carburant à la pompe intègre donc le coût du pétrole mais aussi le coût du raffinage, le coût de distribution et la marge du pétrolier.

C’est pourquoi les prix HT payés par le consommateur ont baissé moins vite que ceux du brut. Entre mi-octobre et mi-novembre, le prix HT du gazole a par exemple reculé de 8,4%, soit bien moins que les cours du pétrole.

4. La fiscalité

Enfin, dans la période de contestation actuelle, les automobilistes n’oublient pas le poids de la fiscalité, notamment celui de la TICPE (qui a par exemple été augmentée de 7,6 centimes en 2018 sur le gazole).

Cette taxe forfaitaire pèse très lourd à la sortie. Ainsi, un litre de gazole vendu 1,4655 euro mi-novembre supportait 0,854 euro de taxes (TVA comprise), soit une part fiscale de 58,2%.

En résumé

Le prix du brut ne représente qu’une composante minime des prix à la pompe. On peut faire ici le parallèle avec le poids de la matière première dans un produit manufacturé acheté auprès d’un industriel. Il convient d’y ajouter les coûts de production et de distribution du produit fini, ainsi que les marges des intermédiaires.

A la différence des produits industriels, les carburants supporte en revanche une fiscalité particulièrement lourde (et forfaitaire). C’est ce qui explique que les variations de prix du pétrole se répercutent de manière plus mesurée sur les prix à la pompe.

En théorie, ce même effet devrait également jouer son rôle en cas de hausse des cours du pétrole (et donc freiner l’alourdissement des prix à la pompe). Mais d’année en année, il est largement gommé par l’augmentation continue des taxes…

Evolution du prix du gazole
L'Argent & Vous d'après ministère de la Transition écologique
HTTaxesTTC
Montant% du totalMontant% du totalMontant
12/10/20180,6681 €43,6%0,865 €56,4%1,5331 €
16/11/20180,6117 €41,8%0,854 €58,2%1,4655 €
Evolution-8,4%-1,3%-4,4%
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