Travaux de rénovation : les prix des devis vont continuer à grimper

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L'inflation du prix des matériaux et la persistance des problèmes d’approvisionnement ont entraîné la grande majorité des artisans du bâtiment à augmenter leurs tarifs ces derniers mois. Et ce n'est pas fini...

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Si vous avez mis sur pause un projet de travaux en espérant que le niveau de vos devis baisse dans les prochaines semaines, il va falloir prendre votre mal en patience. Les tarifs des artisans du bâtiment devraient encore augmenter et rester à des niveaux élevés un certain temps…

Face à un niveau d’inflation exceptionnel, à des problèmes d’approvisionnement toujours persistants et à un volume d’activité moins dynamique, l’effort d’un maintien des tarifs est devenu trop difficile à supporter pour la plupart des entreprises du secteur : au 3e trimestre 2022, 89% déclarent avoir répercuté la hausse de leurs coûts sur leurs devis, pour 68% de son montant en moyenne, rapporte la dernière étude économique Xerfi pour la Capeb, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment.

L’année dernière, plus de la moitié des professionnels avaient contenu la hausse des coûts des matériaux sur le prix de leurs prestations en rognant sur leurs marges. Mais aujourd’hui, la donne est bien différente.

+26% en moyenne pour le prix des matériaux depuis le début de l'année

Et pour cause : les prix des matériaux – qui avaient progressé en moyenne de 18% en 2021 – ont encore bondi de 26% depuis janvier 2022. Pour certains métiers, cette inflation sur neuf mois est même supérieure, avec par exemple +28% pour la menuiserie-serrurerie, mais elle peut aller bien au-delà selon les produits, comme pour les ardoises, par exemple, dont les prix ont tout simplement doublé en un an.

Entre les augmentations tarifaires répétées des industriels et/ou des négoces – et pas toujours annoncées à l’avance, déplorent les artisans – des devis à honorer à des niveaux de prix déjà "dépassés", des délais d’approvisionnement et des ruptures de stocks qui demandent de jongler avec plusieurs fournisseurs, les artisans ont fini par revaloriser leurs devis et même par limiter la date de validité de leurs offres de prix…

En dépit de cette inflation, l’activité a cependant bien résisté au 3e trimestre, note la Capeb : le secteur enregistre une croissance annuelle de 3% en valeur : +2,5% pour le segment du neuf, et +3,3% pour les travaux d’entretien-amélioration. Ceux relatifs à l’amélioration de la performance énergétique des logements sont pour leur part à +4%, augurant une hausse de 4,3% sur l’ensemble de l’année 2022.

Petite baisse des carnets de commandes

Mais les conséquences de la hausse continue du prix des matériaux, et celle, bien sûr, de ceux de l’énergie commencent à se faire sentir. En volume, l’activité des entreprises du bâtiment montre des signes de ralentissement, passée de +3% au 2e trimestre à +2% au 3e trimestre.

Le niveau des carnets de commandes diminue légèrement (99 jours en moyenne début octobre, contre 101 début juillet, et 103 début avril), et les dirigeants, dont 42% font état d’une détérioration de leurs marges, sont plus nombreux à déclarer des besoins de trésorerie (15% des interrogés, pour un montant moyen de 22.000€).

Une demande solide, mais jusqu'à quand ?

La Capeb s’inquiète de mois difficiles à venir. Pour l’heure, la demande des ménages pour des prestations de travaux résiste – les enjeux de la rénovation énergétique (nouvelles obligations à venir pour les propriétaires-bailleurs, DPE…) sont porteurs – mais avec une inflation toujours galopante, en particulier pour les factures d’énergie et les courses alimentaires – il n’est pas exclu que davantage de projets de travaux soient reportés en 2023.

D’autant que les devis devraient continuer de flamber, alors qu'une nouvelle augmentation à deux chiffres se dessine pour le prix des matériaux dans les prochaines semaines.

Le président de la Capeb, Jean-Christophe Repon, a déclaré ce matin devant la presse que la filière pouvait craindre une contraction de l’activité au 1er trimestre 2023, et une croissance nulle le trimestre suivant, mais que la situation économique actuelle rendait ces projections très difficiles.

Bonnes pratiques tarifaires

Dans ce contexte, la filière tente de se serrer les coudes. Ce mercredi 9 novembre, 24 industriels et distributeurs du bâtiment ont rejoint un accord de place signé par huit partenaires en avril dernier relatif à des pratiques commerciales "anti-crise", suite à un appel à la solidarité économique lancé par la Capeb .

Ces acteurs s’engagent ainsi à informer "au préalable" leurs clients des hausses de prix, à émettre des devis valables au moins un mois, et à augmenter les prix seulement une fois par mois pour donner un peu de souffle aux artisans.

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