Prix de l’essence : la CLCV épingle les marges record des distributeurs

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10 centimes de trop par litre, estime l’association de défense des consommateurs.

SYSPEO/SIPA

Dans un communiqué de presse diffusé ce mercredi 10 mai, l’association Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV) accuse les distributeurs de carburant français d’appliquer des « marges explosives » sur le dos des consommateurs depuis le début de l’année, et qui ne seraient désormais plus justifiées.

La marge brute des distributeurs, supérieure à 25 centimes par litre de sans plomb 95 E10 depuis janvier, a atteint en moyenne 29 centimes par litre le mois dernier, d’après les calculs de la CLCV établis sur la base des données de l’Union française de l’industrie pétrolière, un « record historique » alors que celle-ci « se situe en général aux alentours de 15 cts le litre ». A titre de comparaison, cette marge s’élevait en moyenne à 13,9 en 2019, 16,3 en 2020 et 16,6 en 2021.

Une année 2022 de turbulences

En 2022, avec la guerre en Ukraine, le niveau de marge a été en revanche très volatil : passé de 18,3 en janvier, celle-ci s’est effondrée à 2 centimes par litre en avril et en mai avec l’explosion des cours du brut, et est même tombée négative en septembre et en octobre – à respectivement -7,4 et -8,1 centimes par litre de carburant, en raison des remises à la pompe proposées par les distributeurs, période durant laquelle le baril de Brent évoluait encore à des niveaux élevés, dans une fourchette de 85 à 95$.

Ces six derniers mois cependant, le marché du pétrole s’est notoirement assagi. Avec un baril autour des 76$ aujourd’hui, le cours du brent a même baissé de près de 2% en un mois. Dans les stations-service françaises, cependant, et à l’inverse de nos voisins européens, les prix du litre d’essence ne se sont pas assagis : 1,84€ en moyenne le litre de sans plomb 95 E10 la semaine dernière…

Des rattrapages de marge désormais "injustifiées"

« Il apparaît clairement que les distributeurs prennent depuis quatre mois des marges très élevées pour rattraper leurs pertes du second semestre 2022. Ce rattrapage pouvait s’entendre à condition d’être assumé de façon transparente », estime l’association CLCV.

« La grande distribution et les groupes pétroliers ne cessent de dire qu’ils s’engagent pour le pouvoir d’achat, il est temps que cela se traduise en acte […].Ces marges explosives ne sont désormais plus justifiées. Les prix à la pompe doivent diminuer de 10 centimes », alerte-t-elle, faisant écho aux appels de la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, à ce que les distributeurs répercutent plus rapidement la baisse des cours sur leurs prix de vente.

Avec les grèves en octobre, qui ont mis à l’arrêt certaines raffineries, les industriels n’ont pas hésité à récupérer des points de marge ces derniers mois. Mais l’association CLCV pointe aussi du doigt les marges pratiquées par la grande distribution – qui représente aujourd’hui environ la moitié des ventes de carburant en France.

Système U et Leclerc défendent des politiques de prix compétitives

Dominique Schelcher, le patron de Système U, s’était encore défendu sur Twitter, lundi, de toujours appliquer une « politique de prix » inchangée : « Le carburant reste un produit d’appel sur lequel nos marges sont faibles », justifiant l’écart de prix avec les autres pays pour des raisons « structurelles » (obligation d’incorporation de biocarburants dans les produits, objectifs accrus des certificats d’économie d’énergie, « perturbation de la chaîne d’approvisionnement suite aux grèves »…).

Michel-Edouard Leclerc a également rejeté ces accusations : « Aujourd’hui, nous sommes en moyenne les moins chers. Leclerc sur le gazole est à 1,61€ le litre en moyenne, [alors que] Total est à 1,73€ le litre en moyenne. Nous sommes sur une tendance baissière, et je pense que nous rattrapons les niveaux [de prix] des autres pays européens » a-t-il assuré ce matin sur BFMTV-RMC, précisant que de nouvelles baisses tarifaires sur le prix du litre sont attendues la semaine prochaine.

Convocation ministérielle

Le ton est donné à la veille de la rencontre des distributeurs avec Bercy, convoqués ce jeudi 11 mai par le ministre de l’Economie et la ministre en charge des PME pour qu’ils rouvrent des négociations de prix avec les industriels en vue de stopper l’envolée tarifaire dans les rayons alimentaires. Les distributeurs devront aussi réitérer leur argumentaire relatif aux prix du carburant. Denrées ou pétrole, les industriels seront désignés principaux coupables. Le gouvernement promet de hausser le ton à leur encontre en citant publiquement les producteurs qui refuseront de négocier leurs prix à la baisse.

Commentaires (1)
  • Utilisateur2788286
    Utilisateur2788286posté le 10.05.2023 à 19:46

    De bonnes marges font de bons résultats.
    C'est l'objectif de toute entreprise et de tout actionnaire.