La crise du pouvoir d'achat profite au paiement fractionné

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Une nouvelle étude de Floa Bank montre que la pratique du paiement fractionné continue de progresser chez les consommateurs français. Son recours devrait être davantage encadré par la législation européenne d'ici à la fin de l'année.

Reuters

Le recours au paiement fractionné continue sa progression chez les consommateurs français.

Un sondage Kantar réalisé par Floa Bank en novembre, et dévoilé en exclusivité par Le Parisien, montre que plus du tiers des personnes interrogées (37%) ont déjà utilisé cette facilité de paiement pour régler leurs achats, un phénomène en progression de six points par rapport à la même étude réalisée quelques mois plus tôt, en juin 2021.

Une tendance européenne

L’engouement pour le paiement fractionné n’est pas une singularité française. La même tendance s’observe dans le reste de l’Europe, en particulier en Belgique et au Portugal, où 40% des nationaux déclarent déjà avoir eu recours au paiement fractionné, mais aussi en Espagne, en Italie ou encore en Allemagne (32%).

En France, son usage est principalement privilégié pour les équipements électroménagers (69%) et high tech (66%), mais aussi pour les meubles et la décoration (56%) ainsi que pour les voyages (54%).

Touchant aujourd’hui un spectre très large de produits de consommation, la pratique du paiement fractionné – longtemps réservée à des achats onéreux – est désormais majoritairement utilisée pour le règlement de montants relativement limités (selon l’étude, dans deux tiers des cas, les sommes concernées sont inférieures à 500 euros).

Pandémie et crise du pouvoir d'achat ont dopé le paiement fractionné

Dans le contexte de la pandémie de coronavirus, qui a donné le vent en poupe à l’e-commerce, le paiement fractionné est devenu un important levier de conquête de la clientèle. La crise du pouvoir d’achat, qui lui est aussi particulièrement porteuse, l’a imposé comme un véritable argument commercial, 38% des consommateurs vérifiant aujourd’hui l’existence d’un tel service avant de réaliser leurs achats.

« Payer en plusieurs fois permet [aux Français] de consommer, la classe moyenne a sans doute besoin de ces aides-là. D’autant plus lorsque l’on est dans une période d’incertitudes, comme celle que l’on connaît depuis deux ans », rapporte au Parisien Pascale Hébel, directrice du pôle consommation et entreprise au Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc).

Le développement de ce marché – en croissance de 20 à 40% chaque année d’après l’étude de Floa Bank - a été grandement facilité par la souplesse de son cadre légal.

Une pratique qui échappe aux conditions du crédit à la consommation

A l’heure actuelle, ces facilités de paiement profitent d’une réglementation très assouplie. Les crédits inférieurs à 200 euros et d’une durée inférieure ou égale à 90 jours échappent en effet au cadre légal des crédits à la consommation.

Aucune condition de solvabilité n’étant donc imposée aux micro-crédits et au paiement fractionné, les plateformes de vente en ligne sont de plus en plus nombreuses à proposer systématiquement ces solutions de paiement (gratuitement, ou moyennant quelques euros d’intérêt) à partir d’un certain montant, sans s’assurer que les acheteurs ont les capacités financières pour pouvoir honorer leurs futurs prélèvements ou leurs remboursements.

Sans cadre légal strict, ce phénomène grandissant inquiète les associations de consommateurs, mais aussi les pouvoirs publics. Remis au gouvernement en octobre dernier, un rapport du député LREM de la Dordogne Philippe Chassaing consacré au surendettement des ménages préconisait d’encadrer plus strictement ces pratiques au niveau national.

Une législation européenne d'ici à quelques mois ?

Le ministre de l’Economie et des Finances a préféré s’en remettre à la législation européenne, en soutenant la future réforme de la directive du crédit à la consommation, laquelle ne devrait pas voir le jour avant septembre 2022, font savoir nos confrères du Parisien.

De son côté, la Commission européenne préconise que le cadre du paiement fractionné et le micro-crédit soient alignés sur celui du crédit à la consommation. La proposition de directive prévoit un renforcement des conditions d’information précontractuelles ainsi qu'une amélioration des « règles d’évaluation de la solvabilité des consommateurs » qui pourrait rendre le parcours d’achat du paiement fractionné beaucoup moins fluide et, surtout, rendre inéligibles une partie des acheteurs.

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