Bouclier tarifaire : à quand la "fin de l’abondance" ?

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Sans le gel des prix du gaz institué depuis près d'un an, les factures énergétiques des Français auraient explosé. Mais le gouvernement a prévenu que la mesure ne serait pas éternelle.

Reuters

C’est « la fin de l’abondance », « d’une forme d’insouciance » et « des évidences », a solennellement annoncé le président de la République en prélude au Conseil des ministres de rentrée, tenu ce mercredi 24 août matin. Incendies, sècheresse, guerre en Ukraine, pandémie…. confrontés à « une série de crises plus graves les unes que les autres », les Français doivent se préparer à davantage d’efforts et de sacrifices, a-t-il prévenu face au gouvernement réuni à l’Elysée, cinq jours après avoir déjà appelé ses concitoyens à « accepter le prix de la liberté », en allusion aux conséquences économiques de la guerre en Ukraine.

Un dispositif protecteur

Le message est passé : au premier rang de ce serrage de ceinture pour les particuliers, les factures de chauffage et d’électricité qui les attendront d’ici quelques mois. Le bouclier tarifaire mis en place l’année dernière par l'exécutif arrive bientôt à sa fin, et il fait peu de doute qu’il ne soit pas prolongé, tout du moins de façon aussi généreuse, veut faire comprendre le Chef de l'Etat.

Confrontés à une inflation historique, les Français n’ont pas vraiment connu une période d'abondance. Personne n'a échappé à l’inflation des prix alimentaires, de ceux à la pompe (malgré, là encore, un coup de pouce bienvenu de l’Etat), de l'éventuel hausse de loyer (plafonnés à +3,5%), du prix des assurances... Avec le "bouclier tarifaire", toutefois, il faut reconnaître qu'une partie de la source la plus importante de l’inflation des prix – à savoir le gaz et l'électricité - leur aura été épargnée.

Déployé à l'automne dernier, le dispositif, qui a gelé les prix réglementés du gaz et limité la hausse de ceux de l’électricité à 4% en 2022, aura permis de limiter l’inflation à un peu plus de 6% à l’intérieur de nos frontières cet été, là où elle a désormais dépassé les 10% chez plusieurs de nos voisins européens.

Des factures de gaz qui auraient doublé sans le gel des tarifs

Plus concrètement, sans ces mesures, les tarifs réglementés de l’énergie auraient explosé pour les Français. En particulier ceux du gaz, qui auraient enregistré le 1er septembre une hausse de 105,1% en comparaison à ceux du 1er octobre 2021, a calculé la Commission de régulation de l’énergie !

Malheureusement, l’effort de l’Etat – qui prend en charge le surcoût induit par ces blocages de prix - ne sera pas éternel. D’une part, la facture publique est difficilement tenable, déjà estimée à un peu plus de 20 milliards d’euros en juillet, sans compter que les cours du gaz ont bondi depuis.

D’autre part, avec une guerre en Ukraine qui s’étire et les problématiques d’approvisionnement dues à l’arrêt des exportations de gaz russe, cette flambée ne devrait pas s’assagir du jour au lendemain. Enfin, l’exécutif doit s’atteler à une complexe et coûteuse tâche : repenser son mix énergétique pour à la fois assurer son indépendance et tendre à la sobriété face à l’urgence climatique, qui s'est durement faite rappeler cet été !

Fin de la remise carburant

L’harangue alarmiste d’Emmanuel Macron, suivi d’un appel à « l’unité de la nation » façon discours de guerre de la part du porte-parole du gouvernement au sortir du Conseil des ministres, préparent le terrain d’un soutien de l’Etat moins généreux pour les ménages avec la fin prochaine de plusieurs coups de pouce essaimés depuis un an, bouclier tarifaire et remise à la pompe en tête.

Pour l’aide à la pompe, augmentée à 30 centimes en septembre et en octobre, le calendrier de sa disparition est déjà acté puisqu’elle passera à dix centimes en novembre et en décembre avant de s’éteindre. Une augmentation du budget essence pour les ménages véhiculés est donc à prévoir dès le mois de janvier, mais les prix du pétrole se sont en parallèle un peu assagis.

En revanche, le choc sera beaucoup plus violent pour la fin du bouclier tarifaire, et c’est pourquoi il ne disparaîtra pas d’un coup. Sa suppression radicale représenterait un vrai risque d’appauvrissement de la population. La rentrée s’annonce déjà socialement explosive, et l’exécutif souhaite éviter un retour de bâton populaire, comme celui que connaît le Royaume-Uni, confronté à des grèves historiques, alors que les ménages sont confrontés à une violente crise du coût de la vie.

Une poursuite du bouclier en 2023 ?

En ce sens, Olivier Véran a déclaré ce midi que le bouclier énergétique se poursuivra « jusqu'à la fin de l'année », et à partir du début de l'année prochaine, avec, peut-être « des augmentations mises sur la table et discutées », a-t-il tempéré.

On peut comprendre que le gouvernement devrait donc encore tenter de plafonner les tarifs réglementés au début de l’année prochaine, avec probablement des coups de pouce supplémentaires pour les ménages modestes. L’Etat aurait par exemple la possibilité de revaloriser encore une fois les chèques énergie, qui sont distribués uniquement aux familles aux faibles revenus.

C’était déjà l’objectif du ministre de l’Economie il y a quelques mois quand il avait annoncé la fin prochaine, et un peu prématurée, du "quoi qu’il en coûte" : porter l’effort et le soutien de l’Etat sur les particuliers qui sont davantage dans le besoin. De façon générale toutefois, il reste une évidence : le montant des factures énergétiques est promis à augmenter conséquemment cet hiver. Les jours meilleurs et les jours heureux attendront encore un peu.

Commentaires (1)
  • Nikola S.
    Nikola S.posté le 24.08.2022 à 17:10

    Avec la durée de plus en plus réduite pour créer un Milliard d'humains supplémentaire, il est clair que l'abondance ne pourra perdurer indéfiniment.

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