"L’art et l’argent font-ils bon ménage ?"

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Arnaud Dubois, responsable du Service Art de l’Institut du Patrimoine

Institut du Patrimoine

Il semble tout à fait convenable de mépriser le couple « art et argent ». L’art serait dévoré par la finance qui viendrait le corrompre. Les grands collectionneurs seraient coupables d’en avoir trop gagné. La condamnation est facile et dépasse les clivages politiques. A droite comme à gauche le marché de l’art est accusé de ne profiter qu’à une élite financière composée de collectionneurs, artistes et marchands.

Le mythe de la misère de l’artiste

D’abord il ne semble pas valable d’envisager la qualité d’une œuvre d’art à travers le dénuement de son auteur. A quelques exceptions près, la misère de ces artistes est davantage un mythe romantique construit au milieu du XIXème siècle qu’une réalité. Van Gogh qui n’a vendu qu’une seule œuvre de son vivant n’a jamais eu besoin du produit de ses tableaux pour vivre.

Ensuite et surtout, c’est manquer de perspectives historiques.

Des artistes souvent au sommet de la pyramide sociale

Certes, le marché de l’art s’est considérablement accru en volume et en valeur depuis la fin des années 1980. Le nombre d’amateurs a explosé et la demande en œuvres d’art est devenue mondiale.

Toutefois, les prix stratosphériques obtenus en vente aux enchères* ne doivent pas nous faire oublier que les artistes ont toujours appartenu à l’élite sociale et financière de leur époque. Ils travaillaient pour de puissants commanditaires qui se sont voués à d’infatigables compétitions pour s’accaparer des œuvres d’art. Comme aujourd’hui, les artistes jouissaient d’une renommée exceptionnelle. Raphaël donne des directives à ses 50 assistants, Nicolas Poussin répond aux commandes des grands princes européens et Rubens vit dans un faste somptueux.

Un marché à la fois élitiste et ouvert

Ce sulfureux couple « art et argent » existe en raison de la nature même de l’œuvre d’art qui demeure le plus souvent un bien meuble et durable conduisant à être échangé à de nombreuses reprises durant son existence. Nier les échanges marchands des œuvres d’art reviendrait à nier l’œuvre d’art en tant qu’objet plastique.

Les injections massives de liquidité financière ont entrainé des records assourdissants en ventes publiques et ont participé considérablement au développement de la création artistique à travers le monde. Le marché de l’art n’est plus seulement l’apanage d’une élite restreinte. 85% du marché de l’art se réalise par des transactions évoluant en dessous des 10.000 dollars. Paradoxalement, le marché de l’art n’a jamais été aussi élevé et n’a jamais été aussi démocratique.

*L’œuvre Salvatore Mundi de Léonard de Vinci adjugée 450,3 millions de dollars par Christie’s le 15 novembre 2017 est devenue la peinture la plus chère jamais vendue.

Arnaud Dubois

Le CV d'Arnaud Dubois

Responsable placements art moderne et contemporain, Institut du Patrimoine

Après plusieurs années passées au sein de prestigieuses galeries d’art contemporain et sociétés de ventes aux enchères internationales,  Arnaud Dubois est aujourd'hui responsable des placements en art moderne et contemporain au sein de l'Institut du Patrimoine. Conseiller en gestion de patrimoines artistiques, il répond aux différents besoins des particuliers et professionnels qui souhaitent se constituer un patrimoine artistique en vue d'une diversification patrimoniale

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