"Pourquoi faut-il anticiper sa succession ?"

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Stéphane Absolu, directeur du pôle d’expertise patrimoniale de Cyrus Conseil

Cyrus Conseil

Nous faisons deux constats dans la gestion du patrimoine de nos clients.

Le premier porte sur la pérennité du rendement du capital. Nombreux sont les médias spécialisés qui nous expliquent comment valoriser notre patrimoine en allant chercher du rendement. La réalité est que le rendement sans risque est en chute libre (voire négatif en valeur réelle) et que le rendement avec risque est aléatoire. On dépense donc beaucoup d’énergie et une expertise folle pour espérer un gain de l’ordre de 3 à 5% par an alors qu’au moment d’une succession, le patrimoine va d’un coup perdre entre 20% et 45% de droits qui vont annihiler plusieurs années, voire décennies de rendement !

Exemple

Pour un capital investi de 100.000 €, avec un rendement annuel de 5% sur 15 ans (aujourd’hui il faut avoir presque 100 % en actions pour obtenir un tel rendement !) le patrimoine s’élève à terme à 200.000 €. Dans le cadre d’une succession non préparée, le patrimoine tombe à 160.000 € avec 20% de droits. Avec 45% de droits, le patrimoine n’est plus que de 110.000 € donc presque 15 ans de rendement disparu en une journée !

Le second constat a trait à l'allongement de la durée de la vie, et aux besoins financiers des nouvelles générations pour financer leur projet.

Aujourd'hui l’héritage est perçu à 70 ans en moyenne et l’espérance de vie n’a cessé ces dernières années d’augmenter. Selon certaines études, 25% de ceux qui ont soixante ans aujourd’hui seront centenaires demain.

Donner plus tôt et sauter une génération

Notre conseil est de faire des donations le plus tôt possible pour bénéficier du renouvellement de l’abattement de 100.000 € tous les 15 ans et au-delà des 60 ans de ne pas hésiter à sauter une génération pour prendre en compte l’allongement de la durée de la vie et économiser une succession. On peut ainsi sauter deux couperets de droits de succession !

Il faut néanmoins respecter des conditions et hiérarchiser les droits de chacun en fonction de son patrimoine.

Il faut partir du principe qu’on a 3 cercles dans son patrimoine :

-les biens stratégiques dont on ne se départit pas jusqu’à la mort

-les biens nécessaires pour assurer une sécurité financière ou de revenus pour lesquels on peut se dessaisir du capital mais pas des revenus (ce sont les donations avec réserves d’usufruit)

-les biens non stratégiques qui sont taxés aux tranches supérieures et peuvent faire l’objet de donation aux enfants et petits-enfants

Il y a des conditions importantes à respecter pour mettre en place une donation transgénérationnelle permettant de gratifier enfants et petits-enfants. La première génération doit consentir à ce que ses propres descendants soient allotis à sa place (totalement ou partiellement). Une grande liberté est laissée aux donateurs sur les sauts de générations par souche (avec l'accord des parents). Mais il convient de respecter le principe du partage par souche.

Démembrer la propriété

Le démembrement de propriété doit être un axe central de réflexion pour les donations et pour les clauses bénéficiaires de vos contrats.

Avec une succession non préparée, 100.000 € transmis sur deux générations avec 5% de rendement par an aboutissent à un patrimoine final de 500.000 €.

S’il s’agit d’une donation de 100.000 € aux enfants en nue-propriété, le patrimoine au bout de deux générations s’élève à 670.000 €. Il passe même à 1 million d’euros après deux générations si la donation en nue-propriété est faite directement aux petits-enfants.

Deux idées simples, peu coûteuses et qui peuvent changer la donne

On constate que les deux leviers qui préservent le mieux la rentabilité du capital dans le temps sont les donations aux petits enfants et le démembrement de propriété.

Pour mettre en place ces deux dispositions, vous pouvez vous rapprocher de votre notaire et de votre conseiller patrimonial pour déterminer le périmètre et le montant des actifs concernés pour ne pas faire d'erreur.

Stéphane Absolu

Le CV de Stéphane Absolu

directeur du pôle d'expertise patrimoniale, Cyrus Conseil

Titulaire d'un DJCE et d'un BA in European Business Law, Stéphane Absolu a travaillé au service transmission d'entreprise à l'Etude Monassier à Paris, puis a intégré l'ingénierie patrimoniale et la direction de la gestion de patrimoine de HSBC. Il a rejoint en 2015 Cyrus conseil en tant que directeur du pôle d'expertise patrimoniale

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