Obtenir un crédit immobilier en gagnant moins de 1.500 €, mission difficile mais pas impossible

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Avec la crise économique, les banques ont imposé aux ménages modestes des conditions d'octroi de prêt immobilier exigeantes. Les barrières à l'accession à la propriété devraient rester fortes en 2021.

Reuters

En dix ans, la capacité d’emprunt des Français payés au Smic aurait augmenté de plus de 50%, révèle une étude du courtier immobilier Vousfinancer publiée aujourd’hui.

Avec un salaire minimum en hausse de 14% et des taux d’intérêt des crédits pratiquement divisés par trois depuis 2011, « il est théoriquement possible d’emprunter 100.000 € sur 25 ans », explique Sandrine Allonier, directrice des études et porte-parole de Vousfinancer. Un gain de pouvoir d’achat très conséquent sur le papier qui permettrait, dans la plupart des plus grandes villes françaises, de pouvoir faire l’acquisition d’un logement d’une surface de plusieurs dizaines de mètres carrés – une option inenvisageable il y a encore dix ans.

Près de 100 m² de pouvoir d’achat à Saint-Etienne…

Bien sûr, ce pouvoir d’achat varie fortement selon les villes, en raison de la grande hétérogénéité des prix immobiliers d’une agglomération à l’autre. A Paris, il ne faut toujours pas plus espérer qu’une boîte à chaussures de 10 m², et un peu plus de 10 m² de surface supplémentaire à Bordeaux et à Lyon, selon les calculs du courtier.

Ailleurs, une capacité d’emprunt de 100.000 € offre tout de même l’opportunité d’acquérir presque 100 m² à Saint-Etienne, un peu plus de 70 m² au Mans, et 56 m² au Havre. A Toulouse, Lille et Strasbourg – où le marché du logement reste relativement tendu, il sera possible d’acheter un bien d’une surface d’environ 30 m².

… en théorie

Mais ces simulations financières ne sont encore une fois que théoriques : d’une part, elles s’appuient sur l’obtention d’un taux d’intérêt de 1,45% - inférieur à la moyenne constatée ce mois-ci par L’Argent & Vous (1,65%) auprès des différents courtiers. Ce qui signifie qu'en moyenne, le pouvoir d’achat immobilier des personnes rémunérées au Smic sera moins important que celui calculé par Vousfinancier.

Ensuite, la simulation de Vousfinancer part de l’hypothèse que les acheteurs sont capables de fournir un apport de 10% de la valeur du logement pour pouvoir prétendre à une telle capacité d’emprunt.

Avec des revenus modestes, beaucoup de foyers n’ont pas la possibilité d’épargner une dizaine de milliers d’euros pour devenir propriétaire : dans leur grande majorité, ces derniers ne pourront pas obtenir un prêt aussi important… ou ne pourront tout simplement pas décrocher de crédit du tout.

En réalité, les établissements bancaires ne permettent pas à une personne dont les revenus nets sont inférieurs à 1.300 € par mois (le montant net du Smic est de 1.231 €), car son épargne résiduelle sera considérée comme insuffisante, et son risque d’insolvabilité trop important.

Coronavirus et HCSF

Sans compter que les conditions d’octroi des crédits bancaires se sont fortement tendues l’année dernière. Après des recommandations du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) formulées en décembre 2019, les banques ont imposé aux emprunteurs un taux d'endettement maximum de 33%, alors qu'elles toléraient 35% jusqu'alors. Cette nouvelle exigence a exclu de nombreux candidats à l’accession, en particulier ceux aux revenus modestes, les primo-accédants sans apport et les petits investisseurs.

La crise du coronavirus a durci davantage ces conditions d'octroi, et a rendu les établissements très tatillons dans l’examen des dossiers de demandes de prêts. Ces derniers mois, les courtiers ont observé chez les banques un certain nombre de nouvelles pratiques "de crise" qui ont pénalisé les ménages modestes et précaires, mais aussi ceux de la classe moyenne : demande d’apport systématique, refus de prêt à des salariés en situation de chômage partiel, mais aussi à des employés de secteurs menacés par la crise sanitaire (aéronautique, transport-tourisme) malgré la justification de revenus suffisants et d’un CDI…

Vousfinancer le constate auprès de sa clientèle. « 40% de nos clients ont des revenus inférieurs à 25.000 € par an. Ils représentaient 45% des emprunteurs en 2018, mais ce chiffre n’a cessé de diminuer ces dernières années, notamment en raison du durcissement des conditions d’octroi », note Sandrine Allonier.

Depuis, pressé par Bercy de donner un peu d’air au pouvoir d’achat des Français, le HCSF a opéré un rétropédalage en décembre 2020 en recommandant à nouveau aux banques d’autoriser un taux d’endettement maximum de 35%, ce qui devrait rendre à nouveau éligible une partie des dossiers refusés, et permettre en moyenne, pour un foyer avec 3.000 € de revenus mensuels, de gagner 15.000 € de pouvoir d’achat immobilier par rapport à l’année dernière. Mais là encore, cela reste théorique !

Le bon dossier pour emprunter

Car la crise et les incertitudes sanitaires n’incitent pas du tout les établissements à assouplir leurs conditions d’octroi illico presto. Vousfinancer constate que « toutes les banques n’ont pas encore modifié leur taux d’endettement maximal... et dans le cas d’emprunteurs avec de faibles revenus, les banques demandent davantage de garanties : un minimum d’apport personnel, de l’épargne résiduelle, un reste-à vivre suffisant (750 € pour un célibataire, 1.300 € pour un couple, 250 € par enfant) et un faible écart entre le montant du loyer et la mensualité du prêt. »

Obtenir un crédit immobilier avec moins de 1 500 € (par emprunteur) – est donc très loin d’être évident, mais n’est pas impossible. Avec une solide épargne, une activité professionnelle à l’abri de la crise (les employés du secteur public sont de facto avantagés), et une gestion financière saine (exit les situations de découvert et les crédits à la consommation…), les banques peuvent accorder des prêts immobiliers à ces ménages.

Parmi quelques exemples de dossiers acceptés dans cette catégorie de revenus, Vousfinancer fournit celui d’un célibataire de 21 ans, salarié en CDI avec des revenus de 1.350 € par mois et un prêt automobile en cours de 134 € par mois. Sans apport, il a pu obtenir un prêt immobilier de 65.000 € complété d’un prêt travaux de 5.000 €, à un taux de 1,35% sur 25 ans. « Malgré le manque d’apport, la banque a accepté son profil car il a pu justifier de comptes bien tenus et d’un taux d’endettement sous le plafond des 33% », précise le courtier.

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