Le succès incontestable de MaPrimeRénov’ ne résout pas l’équation du financement des travaux énergétiques

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La demande des aides MaPrimeRénov' est si forte que l'enveloppe initialement allouée pour 2021 devrait être renflouée. Mais à lui seul, le dispositif ne suffira pas à accélérer le rythme des "grands" travaux de rénovation énergétique.

Reuters

MaPrimeRénov’, l’aide directe aux travaux de rénovation énergétique, continue d’être largement sollicitée par les ménages français.

Après une première année très satisfaisante, le niveau des demandes continue de s’accélérer : à tel point que l’enveloppe allouée pour ce dispositif en 2021 pourrait être consommée avant la fin de l’année, a reconnu cette semaine Bruno Le Maire sur le plateau de BFM Business, précisant que 55.000 dossiers étaient actuellement accordés par mois (contre une moyenne de 16.000 demandes en 2020).

Hausse de l’enveloppe 2021

En cas de dépassement du budget, Bercy viendra « continuer à l’alimenter », a fait savoir le ministre de L'Economie. Dont acte : dans les colonnes du Figaro, la ministre déléguée au Logement Emmanuelle Wargon a indiqué qu’une réunion, prévue « en fin de semaine », pourrait décider de revoir à la hausse l’enveloppe budgétaire de MaPrimeRénov’ pour 2021.

« Depuis le début de l’année, 130.000 dossiers ont été déposés : 56% par des ménages modestes et très modestes, 39% par des ménages intermédiaires et 5% par des ménages aisés », a-t-elle expliqué en confirmant que le nombre de demandes devrait être « très au-delà de l’objectif des 400.000 à 500.000 dossiers » fixés pour l’année 2021.

Bonus aux rénovations globales

Adoptée en remplacement du Crédit d’impôt pour la transition énergétique – MaPrimeRénov’ a su rapidement trouver son public, notamment auprès des catégories de foyers les plus modestes (1er et 2e déciles), qui ont constitué près des deux tiers des demandes instruites en 2020.

La prime couvre environ une trentaine de types de travaux allant de l'isolation des murs ou d'un plancher bas au changement de chaudière ou de fenêtres, en passant par une rénovation globale. Les aides peuvent être forfaitaires ou calculées au mètre carré. Le montant de cette prime est très variable : celui-ci dépend à la fois des revenus, du type de travaux ainsi que de la localisation du foyer. Un bonus spécifique est aussi prévu pour les rénovations globales permettant de sortir un logement de la catégorie « passoire thermique » (étiquette F ou G) et pour les rénovations ambitieuses qui atteignent l’étiquette énergie B ou A.

L’accélération des demandes MaPrimeRénov’ en 2021 était en partie attendue, car depuis le 1er janvier, le bénéfice de cette prime a été ouvert aux ménages les plus aisés, aux propriétaires occupants ainsi qu’aux copropriétés. Les bailleurs pourront aussi en profiter à partir de l’été prochain.

Changements de fenêtres

Si le succès du dispositif est bien là, il est en revanche peu probable qu’il incite beaucoup de Français à se lancer dans des opérations de rénovation réellement efficaces. L’année dernière, l’utilisation de MaPrimeRénov’ a concerné pour l’essentiel des travaux d’appoint (majoritairement des changements de fenêtres), logique dans la mesure où cette aide a principalement bénéficié aux foyers modestes.

Mais les études techniques de l’Ademe et des professionnels montrent clairement que des opérations ponctuelles n’ont que peu, voire pas d’impact sur l’empreinte écologique d’un habitat et sur l’ensemble du parc immobilier, et que seule une combinaison d’un ensemble de travaux (isolation, chauffage, ventilation…), si possible effectués en une seule fois, est réellement efficace.

Des travaux inaccessibles

Seulement voilà, ces travaux "globaux" de rénovation énergétique, extrêmement onéreux, sont inaccessibles à une grande partie de la population.

Et en dépit de son récent élargissement à l’ensemble des foyers, MaPrimeRénov’, même combiné aux autres aides, ne couvre dans biens des cas qu’une petite partie du coût des chantiers.

Plus de 14 ans d’amortissement

Ces opérations peuvent facilement atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un foyer, et plusieurs centaines de milliers d’euros à l’échelle d’une copropriété, avec un reste à charge très conséquent malgré les aides.

Selon des simulations du gouvernement relayées par Le Figaro, un ménage disposant de 61.000€ de revenus qui s’engagerait dans une opération "globale" de rénovation énergétique (chauffage, isolation, ventilation) de plus de 34.000€ mettrait plus de 14 ans à amortir son investissement, malgré 7.400€ d’aides cumulées et 1.800€ d’économies annuelles sur la facture énergétique.

Le ministère de l’Ecologie constate par ailleurs qu’une minorité de copropriétés ont déposé des demandes de dossier MaPrimeRénov’ (seulement 350) alors que beaucoup de travaux doivent passer à l’échelle d’un immeuble entier. Les processus de décision à l’échelle d’une copropriété étant bien sûr plus longs qu’à l’échelle d’un foyer, et MaPrimeRénov’ ne leur étant proposé que depuis moins de trois mois, ce timide démarrage n’est pas étonnant.

L’inquiétude de la ministre n’est toutefois pas infondée, car pour les copropriétés, le reste à charge reste aussi très problématique. Toujours selon les simulations du gouvernement, une opération d’envergure de 1,18 M€ sur une copropriété francilienne de 100 lots demanderait neuf ans avant d’être rentable.

Financer le reste à charge

Avec 4,8 millions d’habitats énergivores et l’objectif de parvenir à la neutralité énergétique du parc français d’ici à 2050, la question du coût des travaux – en pleine crise économique – est un enjeu stratégique pour le gouvernement.

Une mission confiée en partie à Olivier Sichel, directeur de la Banque des Territoires, qui présentera la semaine prochaine des propositions pour accompagner les Français dans des solutions de financement de ce reste à charge.

D’après la ministre en charge du Logement, ces propositions devraient « mieux mobiliser le monde bancaire » et permettre d'« étaler ce qui reste à payer pour les propriétaires ». Les démarches relatives aux demandes des différentes aides cumulables – peu lisibles et complexes – devraient aussi être améliorées.

Les pistes retenues seront intégrées dans le projet de Loi Climat & Résilience, qui a démarré lundi son marathon législatif.

Commentaires (1)
  • lbda21
    lbda21posté le 12.03.2021 à 11:20

    En plus pour effectuer des rénovations efficaces , il faudrait souvent défoncer le moitié du logement, sinon c'est du rustinage insipide; il serait plus simple et plus efficace de tout raser et surtout ça couterait moins cher, car on aura toujours une vielle construction; il y a un gros défaut de conception à la base de ce gaspillage frénétique et irresponsable de l'argent du contribuable.