L’inflation des coûts de construction menace durablement les ventes de logements neufs

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La filière du bâtiment espère un accompagnement et de nouvelles aides à l’occasion des prochaines Assises du BTP.

Groupe Pelletier

Le secteur du bâtiment attend beaucoup des prochaines Assises du BTP, un rendez-vous pour lequel le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a déjà fixé un ordre du jour prometteur. Il s’agit pour les professionnels d’éviter les conséquences dramatiques de l’effondrement des ventes de logements neufs qui s’observe depuis le début de l’année et qui assombrit les perspectives de la filière pour 2023. La solidarité de filière et l’indexation des prix des marchés y seront d’ailleurs abordés alors que les professionnels restent confrontés à une violente crise des matériaux.

L’inflation des matériaux continue

Selon les données Insee, entre novembre 2021, début de la crise de l’énergie, et avril 2022, les prix des aciers pour la construction et des demi-produits en aluminium ont encore progressé de 27%, ceux des tuiles de 20%, ceux des produits PVC de 16%, ceux des produits céramiques comme les carrelages de 12%, ceux des demi-produits en cuivre, verre ou plastiques de près de 10%. Plus globalement, malgré une quasi-stabilité du coût horaire du travail et sous l’effet d’une progression moyenne de 6% du coût des matériaux mis en œuvre, l’index BT01 calculé par l’Insee, qui résume l’ensemble des coûts d’une entreprise moyenne du bâtiment, a encore augmenté de 3% sur les trois premiers mois de 2022, après une envolée supérieure à 5% en 2021.

Le Président de la Fédération Française du Bâtiment (FFB), Olivier Salleron, espère que ces Assises du BTP se tiendront dès le mois de juillet et appelle à activer le Parlement dès septembre pour éventuellement valider certaines avancées. Le sujet de l’accompagnement de la trésorerie des entreprises sera étudié, avec des questions tournant autour de l’allongement du remboursement des PGE qui atteignent actuellement leur terme de 2 années.

Surcoûts en série

Le gouvernement semble également à l’écoute des demandes des professionnels sur le financement des surcoûts liés à la nouvelle norme RE2020 ou au recyclage de déchets de chantiers avec la prochaine entrée en vigueur de la REP (Responsabilité Elargie du Producteur) à partir de 2023. Concernant la RE2020 qui entraîne des surcoûts estimés à +5% pour les maisons neuves, beaucoup de clients ont anticipé sa mise en œuvre (pour les permis déposés depuis le 1er janvier 2022) pour éviter l’augmentation des prix répercutée par les constructeurs si bien que les ventes sont en train d’en supporter le contre-coup.

L’augmentation des prix de vente des logements neufs, bien sûr renforcée par l’inflation des matériaux de construction, commence aussi à les rendre inaccessibles à davantage de ménages aux revenus modestes déjà désolvabilisés par la remontée brutale des taux d’intérêt d’emprunt qui va certainement se poursuivre.

Amortissement fiscal

Olivier Salleron compte également profiter de ces Assises du BTP pour réitérer sa demande de mise en place d’un mécanisme d’amortissement généralisé en faveur de l’investissement locatif privé, en lieu et place des dispositifs fiscaux dérogatoires comme le Pinel. Le but serait de mettre en place une mesure incitative pérenne (l’amortissement fiscal du logement) se substituant à des mécanismes qui sont sans cesse modifiés ou menacés d’extinction comme par exemple la mise en place à partir de 2023 du Pinel+ qui va coûter plus cher aux investisseurs…

Simplifier davantage

La FFB espère aussi qu’une véritable réflexion s’engage sur l’indexation des aides comme le PTZ ou MaPrimeRénov’ dans un monde à nouveau inflationniste. « La FFB militera pour une simplification tous azimuts permettant de gagner en fluidité et de lever les blocages dans la construction neuve, d’abord en généralisant effectivement la dématérialisation du dépôt et de l’instruction des permis, mais aussi en étudiant sérieusement la piste du permis déclaratif ou en encadrant les processus dilatoires de pré-instruction des permis », ajoute Olivier Salleron. Le Président de la FFB aspire par ailleurs à la mise en place d’une structure comme un Conseil national de la construction qui serait régulièrement consulté sur ce type de sujets.

a retenir

Les ventes de logements des promoteurs, y compris en bloc, ont reculé de 9,4% en glissement annuel sur le premier trimestre 2022, pour tomber à 35.500 unités. Quant aux ventes des constructeurs de maisons individuelles, elles ont chuté sur la même période de 25,5% sur un an.

Le marché de l’amélioration-entretien, qui représente environ 54% du chiffre d’affaires du bâtiment, résiste par contre en affichant une légère croissance en volume, soutenue notamment par la dynamique de MaPrimeRénov’ (207.000 primes accordées sur les quatre premiers mois de 2022, soit +19% sur un an).

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