Des logements plus vertueux mais plus chers avec la RE2020 qui est reportée à 2022

Tendance Actu 0

Le gouvernement et les professionnels du bâtiment ne sont toujours pas d’accord sur l’évaluation des surcoûts de production qui vont se retrouver en partie dans la facture des acquéreurs de logements neufs à partir de 2022.

Ami Bois-Siba

Ultime décalage de la nouvelle réglementation environnementale des logements neufs RE2020 qui va succéder à la RT2012 en vigueur depuis 2013. Elle aurait d’ailleurs pu être renommée RE2022 puisqu’elle ne s’appliquera que pour les permis de construire déposés à partir du 1er janvier 2022 au lieu du calendrier précédent annoncé pour juillet 2021.

3 grands objectifs

A l’issue d’une phase de consultation très intense avec les professionnels de la construction, le gouvernement a donc accordé ce nouveau report qui laisse quelques mois supplémentaires à l’ensemble de la filière et notamment aux concepteurs et promoteurs pour mettre leurs projets à venir en conformité avec les nouvelles exigences. Car ces exigences sont fortes et vont totalement bouleverser les méthodes de construction autour de 3 grands objectifs : améliorer la sobriété énergétique et la décarbonation de l’énergie utilisée, diminuer l’impact carbone de la construction des bâtiments (-30% en 10 ans) et garantir le confort en cas de forte chaleur alors que les épisodes de canicules sont appelés à devenir plus fréquents.

Des jalons jusqu’en 2031

De la même manière et afin d’assurer que la trajectoire fixée par la RE2020 permette aux innovations et développements industriels nécessaires de se déployer à temps, les autres jalons prévus par la réglementation sont décalés d’un an (les dates de 2024, 2027 et 2030 devenant 2025, 2028 et 2031, dernier jalon de la RE2020). L’ensemble des nouvelles exigences engage en effet une transformation profonde des types de bâtiments et modes de construction, notamment avec la disparition progressive du chauffage exclusivement au gaz et la montée en puissance rapide des systèmes constructifs bas-carbone, en particulier le bois et les matériaux biosourcés. La Fédération Française du Bâtiment (FFB) se félicite à ce niveau de la mise en place d’une clause de revoyure « au fil de l’eau » qui permettra, en fonction des retours terrain recensés dans un observatoire ad hoc, d’adapter les exigences, à la hausse comme à la baisse.

Surcoût immédiat pour les maisons avec la disparition du gaz

La concertation a permis de procéder à plusieurs ajustements techniques alors que les constructeurs de maisons avaient notamment alerté sur le surcoût induit par la disparition des systèmes de chauffage utilisant exclusivement du gaz. Cela implique généralement un recours à une pompe à chaleur dont le surcoût immédiat est estimé par le Pôle Habitat FFB à 7.500 € par rapport à une chaudière murale au gaz. Pas vraiment de changement sur ce point si ce n’est que des permis de construire pour des maisons individuelles chauffées au gaz pourront encore être obtenus jusqu’à fin 2023 lorsqu’un permis d’aménager prévoyant une desserte en gaz a déjà été délivré. La FFB regrette donc cette « stigmatisation du gaz » et souhaite que les travaux pour la prise en compte du biogaz se poursuivent.

Un régime spécifique sera également prévu pour encourager le développement des réseaux de chaleur, qui constitue un enjeu stratégique de la politique nationale de décarbonation du chauffage des bâtiments. En parallèle, la réflexion sur des mécanismes spécifiques de développement du biométhane pour les projets de construction sera bien poursuivie.

En logement collectif, la transition sera progressive entre 2022 et 2025, car aujourd’hui encore 75% des logements collectifs nouvellement construits sont chauffés au gaz. Les alternatives (pompes à chaleur individuelles, réseau de chaleur, chaufferie biomasse, pompe à chaleur collective, solaire thermique) sont nombreuses, mais sont plus compliquées et coûteuses à installer qu’en maison individuelle.

Des logements neufs plus chers, mais de combien ?

Au final, malgré cet assouplissement réglementaire, le gouvernement et les professionnels du bâtiment ne sont toujours pas d’accord sur l’évaluation des surcoûts de production qui vont se retrouver en partie dans la facture des acquéreurs de logements neufs à partir de 2022. Le gouvernement continue à prendre en compte une hausse de l’ordre de 3% à 4% des coûts de construction à l’entrée en vigueur de la RE2020 et jusqu’à 10% sur la base des exigences demandées à l’horizon 2031.

Concrètement, pour la maison neuve, le pôle Habitat de la FFB considère qu’un Bbio (le coefficient qui évalue l’efficacité énergétique du bâti) renforcé de 30% tel qu’il est prévu en 2022 et un traitement du confort d’été, associés à l’obligation de recourir aux pompes à chaleur, engendreront un surcoût de 6% à 13% dès 2022 (en fonction notamment des solutions de chauffage et de production d’eau de sanitaire retenues). C’est pourquoi la FFB demande toujours des mesures d’accompagnement suffisantes pour permettre à ses clients de supporter les surcoûts associés.

a savoir

Au-delà du seul confort d’été, la RE2020 améliorera aussi le traitement de la qualité de l’air intérieur et de la ventilation. Il s’agit en effet de l’un des principaux défauts observés à la livraison des bâtiments neufs actuels. Aussi sera-t-il instauré un contrôle systématique de la qualité et du bon fonctionnement de la ventilation à la réception des travaux.

Commentaires (1)
  • lbda21
    lbda21posté le 22.02.2021 à 17:33

    Les responsables qui ont pondus ces inepties ont tout simplement oublié de prévoir dès maintenant la construction de nombreuses centrales nucléaires pour avoir une énergie électrique importante et non intermittente, pour alimenter (entre autres) toutes ces pompes à chaleur. En plus, un postulat de base est faux : le CO2 ne contribue pas au réchauffement climatique ! ce n'est pas parce que on répète inlassablement une bêtise que ça devient une vérité.