« Les intérêts composés, huitième merveille du monde ? »

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Tribune de Guillaume Eyssette, Directeur associé de Gefinéo.

Gefinéo

La fin d’année est la période des bilans et beaucoup d’épargnants profitent de la trêve des confiseurs pour vérifier les rendements obtenus sur leurs placements depuis le 1er janvier. Si cet exercice est utile et nécessaire pour les placements de court ou moyen terme, il n’a pas toujours de sens pour la part long terme du patrimoine d’un épargnant. L’année n’est alors pas la bonne unité de mesure pour évaluer un investissement destiné à produire ses effets sur une décennie ou plus.

Mais même pour ces placements de long terme, reconnaissons que nous ne pouvons pas nous empêcher de raisonner en rendement annuel. Question d’habitude, de convention, nous continuons à mesurer le temps selon le cycle éternel des saisons. A vrai dire, nos placements financiers modernes n’ont plus grand chose à voir avec le cycle agricole qui régissait la vie de nos aïeux, mais l’habitude est restée, nous avons tendance à mesurer notre « récolte » financière par période de 365 jours.

A la différence de la récolte agricole qui avait vocation à être consommée dans l’année, le rendement de l’investisseur de long terme est destiné à être réinvesti. Il produit à son tour des gains et enclenche le très recherché effet boule de neige. Les intérêts sur les intérêts des intérêts et ainsi de suite sont en effet pris en compte pour calculer les intérêts composés.

Sur les traces de Warren Buffett

Einstein l’avait compris, Warren Buffett l’a mis en pratique, au point de paraphraser Einstein quelques décennies plus tard, car on lui attribue également cette citation* sur la « huitième merveille du monde ». Warren Buffett est devenu un investisseur de légende et l’un des hommes les plus riches de la planète, en réalisant une performance annualisée de « seulement » 20%. Ce qui est très bien, mais pas forcément impressionnant à première vue. C’est sans compter la puissance des intérêts composés et surtout la longévité exceptionnelle de cette performance. Car à 20% par an, on peut l’affirmer catégoriquement, plus c’est long plus c’est bon !

Ainsi 1.000 dollars investis en 1965 lorsque W.Buffett a pris en main la destinée de Berkshire Hathaway sont-ils aujourd’hui devenus … 34 millions de dollars. A titre de comparaison sur la même période la bourse américaine, représentée par l’indice S&P 500, a enregistré un rendement de 10% annualisé. Et 1.000 dollars investis sur le S&P 500 en 1965 sont aujourd’hui devenus 302.000 $.

En réalisant le double du rendement annualisé de l’indice boursier américain, Warren Buffett a gagné 100 fois plus qu’un investisseur qui aurait suivi le S&P 500 sur la même période. C’est l’illustration concrète de l’effet « huitième merveille du monde » des intérêts composés.

Doubler son capital tous les 10 ans

Revenons maintenant sur terre, car tout le monde n’a pas le talent de Warren Buffett, et nous n’avons pas tous 50 ou 60 ans devant nous pour faire fructifier le patrimoine familial. Les indices boursiers sur très longue période rapportent 7% à 10% par an annualisé. Prenons l’exemple d’un investisseur d’une quarantaine d’année qui souhaite préparer sa retraite : son objectif est alors d’optimiser son rendement à horizon 20 ans.

S’il réalise simplement la performance moyenne de la bourse sur longue période, disons 7% par an, il quadruplera son capital. Vingt années à 7% ne font pourtant que 20x7=140% en intérêts simples. Mais l’effet des intérêts composés permet, avec un rendement annualisé de 7%, de doubler son capital tous les 10 ans, et donc de faire fois quatre en 20 ans. Ce mécanisme s’applique bien entendu à tout type de placement, pas seulement aux actions. Un écart de rendement annuel qui peut sembler insignifiant à première vue verra son effet surmultiplié par le passage du temps.

Alors, huitième merveille du monde ? Peut-être, mais c’est aussi la bonne segmentation du patrimoine de chacun qui permet d’investir à long terme une partie de ses capitaux, tout en conservant la trésorerie nécessaire pour faire face à ses obligations. Pour détourner une autre maxime, en finance les intérêts composés ne font pas le bonheur … mais ils peuvent y contribuer !

* « Les intérêts composés sont la huitième merveille du monde. Celui qui le comprend s'enrichit, celui qui ne le comprend pas, le paie » : Albert Einstein.

Guillaume Eyssette

Le parcours de Guillaume Eyssette

Dirigeant fondateur, Gefinéo

Diplômé de l’ESCE Paris et certifié CPGC, Guillaume Eyssette a travaillé 10 ans dans un grand cabinet de conseil intervenant auprès des acteurs de l’industrie financière. Après un passage par les outils de mesure de risque à destination des institutionnels, il crée en 2008 le cabinet Gefinéo Multi-Family Office. Spécialiste de l’investissement à long terme et très impliqué dans la communauté des investisseurs Value, il se consacre à l’accompagnement des investisseurs familiaux au sein de Gefinéo. Il reçoit en 2014, le Grand Prix de l’Allocation d’Actifs remis lors de l’assemblée Générale de l’Association Nationale des Conseils en Investissements Financiers.

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