« Le Dollar et l’Euro à parité : causes et conséquences pour vos investissements »

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Tribune de Guillaume Eyssette, Directeur associé de Géfinéo.

Gefinéo

Depuis le mois de juillet, l’Euro vaut seulement 1 dollar, pour la première fois depuis ses plus bas de 2002. Trois raisons à cela : les taux d’intérêts, le statut de valeur refuge du dollar et enfin les conséquences énergétiques du conflit Russe. Que se passe-t-il ? Et quelles conséquences en termes de stratégie d’investissement ?

Le creusement du différentiel de taux d’intérêt

Commençons par le phénomène le plus puissant, le creusement du différentiel de taux d’intérêt : la Banque Centrale américaine a déjà remonté ses taux plusieurs fois en 2022 alors que Banque Centrale Européenne ne l’a fait qu’une fois le 21 juillet dernier. Le principal taux directeur de la BCE (facilité de prêt marginal) est redevenu à peine positif à 0,50% alors que les taux directeurs américains sont déjà remontés entre 2,25% et 2,50%. Concrètement, pour qui emprunte des euros à taux zéro et les place en dollars, la marge d’intérêt est de plus en plus significative. Les banques et les hedge funds pratiquent massivement ce « carry trade », l’une des stratégies de trading les plus classique, et qui revient à la mode dès que les taux d’intérêts divergent.

Le dollar : statut de valeur refuge

Vient ensuite dans les causes de la force actuelle du dollar son statut de valeur refuge. Aujourd’hui encore, en cas d’incertitudes, le monde entier se réfugie en dollars. Certes la montée en puissance de la Chine, et les récents déboires de la Banque Centrale russe dont les dollars ont été « gelés », grignotent le statut de monnaie mondiale du dollar. Mais à défaut d’alternative plus crédible, c’est bien la monnaie américaine qui reste la devise de référence. Lorsque les marchés sont nerveux, les grands investisseurs se replient vers le dollar.

Les conséquences énergétiques du conflit russe

Enfin, les prix de l’énergie s’envolent, tendance attisée par le conflit russe et la perspective d’un possible arrêt des livraisons de gaz à l’Europe. La zone euro importe l’essentiel de son gaz et de son pétrole, alors que les Etats-Unis sont globalement auto-suffisants. Avec des prix élevés, le secteur de la production de pétrole et de gaz est en pleine renaissance outre-Atlantique. La zone Euro n’a pas cette chance.

La perspective de coupures sélectives d’approvisionnement cet hiver en Europe, qui mettraient certaines industries à l’arrêt, rajoute aux incertitudes qui pèsent sur la zone Euro. Dans l’hypothèse de tels arrêts, on peut imaginer un programme d’aides publiques pour soutenir les secteurs concernés … ce qui aggravera les déficits publics et ne sera pas bon pour l’Euro non plus. C’est tout cela qu’anticipe le marché quand il affiche aujourd’hui 1 dollar pour 1 euro.

En tant qu’investisseurs, que faire dans ce contexte ?

Certains pourraient être tentés de spéculer sur l’euro/dollar, mais attention car les retournements de tendance peuvent-être brutaux. Dans la cadre d’un patrimoine diversifié, il est raisonnable de détenir des actifs en dollar. Au sens où pour un Européen, une partie du coût de la vie est en réalité indexée sur le dollar. Le prix de tout ce qui est importé est lié au cours de l’euro/dollar. Le prix du plein d’essence, ou de votre prochain smartphone par exemple, dépendent en bonne part du cours du dollar.

Mais de façon plus générale presque tout ce que nous achetons est impacté d’une façon ou d’une autre par une baisse de l’euro. Donc être exposé au dollar permet de « couvrir » son pouvoir d’achat réel lorsque l’euro baisse. Être exposé au dollar ne veut pas forcément dire détenir simplement des dollars en banque. On peut avoir dans son portefeuille des actions américaines, ou pourquoi pas des obligations en dollars. Mais attention, les bénéfices de certaines grandes entreprises américaines vont se trouver pénalisés par un dollar élevé, les profits réalisés à l’international seront mécaniquement en baisse une fois retranscrits en dollars. Pour s’exposer véritablement au dollar, on privilégiera donc les entreprises qui opèrent essentiellement aux Etats-Unis.

A l’inverse, détenir certaines actions françaises permet de bénéficier d’une hausse du dollar. D’après la dernière étude de E&Y, la moitié du chiffre d’affaires du CAC 40 se fait hors d’Europe. En sélectionnant des entreprises fortement exportatrices, on bénéficie de la baisse de l’euro qui vient augmenter leurs profits. On peut penser par exemple aux secteurs du Luxe ou de l’Aéronautique. A très court terme l’effet ne sera pas forcément visible car ces entreprises fixent à l’avance leur taux de change mais, une fois ces programmes de couverture expirés, la bonne santé du dollar se retrouvera dans leurs comptes.

Du simple au double

Depuis sa création, l’Euro à évolué entre 0,84$ en octobre 2002 et 1,59$ en juillet 2008. Sur les 12 derniers mois il est passé de 1,18$ à 1$. Si les mouvements de court terme sont l’apanage des spéculateurs, l’investisseur prudent diversifie ses monnaies pour protéger son pouvoir d’achat des années à venir en cas de nouvelle baisse du dollar. Et si l’euro remontait ? C’est une autre hypothèse à envisager, l’idéal étant de se positionner en dollar simplement à hauteur de ses dépenses futures, directes et indirectes, liées à cette monnaie.

Guillaume Eyssette

Le parcours de Guillaume Eyssette

Dirigeant fondateur, Gefinéo

Diplômé de l’ESCE Paris et certifié CPGC, Guillaume Eyssette a travaillé 10 ans dans un grand cabinet de conseil intervenant auprès des acteurs de l’industrie financière. Après un passage par les outils de mesure de risque à destination des institutionnels, il crée en 2008 le cabinet Gefinéo Multi-Family Office. Spécialiste de l’investissement à long terme et très impliqué dans la communauté des investisseurs Value, il se consacre à l’accompagnement des investisseurs familiaux au sein de Gefinéo. Il reçoit en 2014, le Grand Prix de l’Allocation d’Actifs remis lors de l’assemblée Générale de l’Association Nationale des Conseils en Investissements Financiers.

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