Election présidentielle : "la retraite à 60 ou 65 ans ?"

Retraite Avis d'Expert 0

Pascale Gauthier, associée chez Novelvy Retraite

Novelvy

Quand on parle de retraite, le recul de l’âge de départ est un sujet souvent évoqué. Pour les assurés nés après 1955, il s’agit d’une préoccupation concrète. Seront-ils concernés ? De combien devront-ils repousser la date de leur départ ? Auront-t-ils toujours droit à la « carrière longue » ?

Trois candidats à la présidentielle de 2017 souhaitent modifier l’âge de départ à la retraite. Marine Le Pen comme Jean-Luc Mélenchon souhaitent revenir à la retraite à 60 ans avec 40 annuités au taux plein. François Fillon propose de faire reculer l’âge de la retraite à 65 ans sans préciser si la durée de cotisation requise pour le taux plein augmentera simultanément.

Que se passe-t-il ailleurs ?

En 2017, la France est l’un des derniers pays européens avec un âge légal de départ de la retraite inférieur à 65 ans. C’est également l’un des derniers pays avec un départ à la retraite au taux plein avant 64 ans pour un assuré ayant commencé à travailler à 20 ans. En effet, un assuré né en 1972 aura droit au taux plein avec 43 annuités ; s’il a commencé à travailler à 20 ans, il pourra partir au taux plein dès 63 ans.

Selon le Panorama des Pensions 2015 de l’OCDE, l’âge de la retraite va ainsi passer dans l’OCDE en moyenne de 64 ans en 2014 à 65,5 ans d’ici 2020. Dans de nombreux pays, « l’âge de 67 ans a peu à peu remplacé l’ancienne norme de 65 ans ».

En France, si l’âge de départ recule, la durée de cotisation augmentera-t-elle simultanément ?

Le recul de l’âge de départ proposé par François Fillon sera-t-il accompagné d’une augmentation de la durée de cotisation requise pour le taux plein ?

Quand le législateur augmente la durée de cotisation (ce fut le cas pour la réforme 2013), les assurés pénalisés sont ceux qui ont commencé à travailler et donc à acquérir des droits tard.

Ils atteignent l’âge de départ sans avoir tous leurs trimestres et ils ont donc tendance à attendre pour liquider leurs retraites. S’ils sont encore en situation d’emploi, ils sont peu affectés par un recul de l’âge de départ.

Au contraire, une augmentation de l’âge de la retraite sans augmentation simultanée de la durée de cotisation, affectera davantage ceux qui ont commencé à cotiser jeunes. Ayant tous leurs trimestres bien avant l’âge de départ, ils ressentent plus durement une modification qui les contraint à attendre alors qu’ils pourraient partir de suite au taux plein.

Que se passerait-il pour les carrières longues ?

Les assurés qui ont commencé à travailler jeunes (avant 20 ans) et qui justifient d’une carrière complète, peuvent bénéficier d’un dispositif qui leur permet de partir dès 60 ans (voire plus tôt dans certaines conditions).

François Fillon prévoit un recul à 63 ans au titre des carrières longues. Là encore, cette mesure toucherait différemment les assurés selon qu’elle serait accompagnée ou non d’un allongement simultané de la durée requise pour le taux plein.

Toujours selon l’OCDE, en Allemagne, l’âge de la retraite avait été ramené de 65 ans à 63 ans pour les personnes ayant cotisé pendant 45 ans. Depuis 2015, cet âge recule chaque année de deux mois pour atteindre 65 ans à l’horizon 2028.

Si l’âge de départ avançait, concernerait-t-il l’ensemble des régimes ?

En 1981, nous avons vécu le passage de l’âge de départ de 65 à 60 ans. Les modalités de départ au taux plein dès 60 ans avec 37 ans ½ de carrière, ont été décidées en 1982. Elles étaient en place dès avril 1983… pour les régimes de base alignés et le régime de base des professions libérales.

Ce changement a été rendu possible parce que les régimes complémentaires des salariés du privés se sont alignés sur les règles du régime général. Pour financer cet alignement, ils ont dû créer une nouvelle cotisation : l’ASF devenue AGFF.

Par contre, les régimes complémentaires des professions libérales ont maintenu le droit au taux plein à 65 ans quel que soit le nombre d’annuités. C’est pourquoi, nombre de libéraux considèrent aujourd’hui que, pour eux, la retraite c’est 65 voire 67 ans.

Pascale Gauthier

Le CV de Pascale Gauthier

Associée, Novelvy Retraite

Pascale Gauthier (EM Lyon 82, diplômée en expertise comptable) a débuté dans l’audit chez PWC, puis a travaillé dans le secteur bancaire à Londres. En expatriation, elle s’est aussi intéressée aux questions retraites des expatriés et des assurés aux carrières non linéaires. Associée chez Novelvy Retraite, elle est responsable de la veille juridique et de la formation.

Commentaires (2)
  • feniks
    feniksposté le 29.03.2017 à 14:32

    L'âge légal de mise en retraite est toujours à 65 ans.
    Les errements mensongers de tonton et sa clique ont fait croire que ce serait 60 ans pour tous, ce qui lui a permis d'être président. Mais la réalité est toute autre, car devancer de 5 ans sa retraite, ampute d'environ 40 % de son total réel.
    Certes, il faut avoir travaillé le nombre d'années pleines pour en bénéficier, ce qui n'est pratiquement plus le cas, puisque les nouveaux travailleurs ne commencent vraiment à cotiser qu'à partir de 22/25 ans, sauf de rares exceptions.
    Donc la polémique n'a pas lieu d'être;

  • feniks
    feniksposté le 29.03.2017 à 14:33

    Sauf pour les bénéficiaires de régimes spéciaux, voire spécieux.

Epargne
Analyse0

Assurance-vie en euros : une exception fiscale !

Contrairement aux autres supports d’épargne, elle est imposée sur une base nette de prélèvements sociaux. D’où une inégalité de traitement avec les autres produits…

Lire la suite
Epargne
Analyse0

Epargne retraite : un amendement inutile ?

Les députés ont adopté un dispositif prenant en compte les versements effectués en 2018. Néanmoins, il ne résout en rien le problème posé par l’arrivée du prélèvement à la source en 2019.

Lire la suite
Epargne
Fiche Pratique0

Fonds en euros ou UC : à chacun sa fiscalité !

Bien que soumis aux mêmes taux, ces deux supports d’assurance-vie ne sont pas taxés exactement de la même manière. D’où des performances différentes à l’arrivée.

Lire la suite