« Nous entendons les critiques adressées au label ISR sur sa lisibilité »

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Porte-parole du label d'Etat ISR, Pierre Chabrol s'est entretenu avec L'Argent & Vous sur les pistes d'évolution du référentiel français de l'investissement responsable.

Direction générale du Trésor

Obtenu par quelque 650 supports en quatre ans, le label d’Etat ISR a su trouver son public auprès des gérants français. Avec la crise sanitaire, le virage de l’investissement responsable lui a donné des ailes. Mais cette certification "généraliste" sur l'engagement environnemental, social et de gouvernance (ESG) des fonds de placements mobiliers a encore du chemin à parcourir pour séduire les épargnants en bout de chaîne : moins d’un tiers des Français ayant investi dans des OPCVM comptent aujourd'hui un fonds ESG dans leur portefeuille. D'autant que le label ISR est confronté à la "concurrence" d'une dizaine d'autres référentiels en Europe, ce qui ne simplifie pas la tâche des particuliers dans la sélection de leurs actifs responsables.

Interrogé par L’Argent & Vous, Pierre Chabrol, chef du bureau de l'épargne et des marchés financiers à la direction générale du Trésor, dresse un bilan positif de la labellisation en 2020. Défendant sa portée "inclusive", il lui reconnaît quelques pistes d’amélioration.

Année de crise inédite, 2020 aura été marquée par des semaines de paralysie des économies. En parallèle, la pandémie a donné un coup d’accélérateur à la prise en compte de l’urgence climatique au sein des politiques publiques. Comment la labellisation ISR s’est-elle portée dans ce contexte ?

Nous n’avions fixé aucun objectif chiffré, mais il apparaît clairement qu’en dépit de la crise, le succès de la labellisation ISR ne s’est pas démenti, bien au contraire. Au 31 décembre 2020, 656 fonds représentant un encours de 358 milliards d’euros bénéficiaient en France du label d’Etat ISR. 289 fonds mobiliers supplémentaires ont obtenu le référentiel ESG l’année dernière, à un rythme en forte croissance puisque nous ne comptions que 316 fonds labellisés en 2019 pour un encours supérieur à 151 milliards d’euros.

Comment expliquez-vous cette croissance notoire du nombre de fonds labellisés ISR l’année dernière ?

Il y avait déjà une forte demande d’investissement prenant en compte les critères ESG (environnement, social et bonne gouvernance) et les fonds labélisés ISR visent à répondre à cette demande.

Bien évidemment, l’évolution du cadre réglementaire a pu être également un moteur important de la croissance de la demande des sociétés de gestion pour le label d’Etat ISR. La loi PACTE impose depuis le 1er janvier 2020 aux contrats d’assurance vie de présenter au moins une unité de compte constituée d’actifs labellisés ISR ou composés de titres émis par des entreprises solidaires. Le succès du PER auprès des Français a également participé à cet engouement.

Le dernier cahier des charges du label d’Etat ISR a rendu éligible les fonds immobiliers. Cette ouverture à la pierre répond-t-elle à une demande ou est-elle plutôt une façon d’encourager l’investissement durable avec des supports réputés plus résilients ?

C’était initialement une demande des professionnels, qui regrettaient qu’une partie des placements ouverts aux particuliers ne puissent pas bénéficier du label et que leur engagement ESG ne soit pas promu. Cette demande nous est apparue tout à fait légitime.

L’adaptation du label ISR aux spécificités de l’immobilier a demandé des mois de travail aux côtés de l’Association française des sociétés de placement immobilier (Aspim) et des autres représentants du secteur pour garantir une méthodologie de labellisation exigeante mais fluide dans sa mise en œuvre.

Combien de fonds immobiliers sont aujourd’hui labellisés ISR ?

La labellisation des premiers placements immobiliers ne date que de quelques semaines. 13 fonds issus de 9 sociétés de gestion représentant un montant de 7,7 Md€ disposent actuellement du label d’Etat ISR. Ce démarrage est très encourageant.

Le label d’Etat ISR partage l’affiche des placements responsables avec d’autres référentiels comme Greenfin et Finansol. La multiplication de ces "tampons" ne nuit-elle pas à leur lisibilité ?

L’objet du Label d’Etat ISR est différent de Greenfin et Finansol. Greenfin s’adresse à des fonds "thématiques", des placements potentiellement plus risqués pour les épargnants, tandis que Finansol se concentre sur le financement de projets solidaires.

Le Label d’Etat ISR est, sur le plan sectoriel, depuis le départ, généraliste et inclusif. Il poursuit l’objectif d’accompagner l’action publique dans la transition ESG de l’économie française dans son ensemble.

Nous entendons les critiques adressées au label d’Etat ISR sur sa lisibilité : ce problème peut être lié au fait que les épargnants attendent des garanties d’un impact très concret des fonds labellisés sur les questions environnementales, sociales et de gouvernance.

Or le label garantit aujourd’hui que les sociétés de gestion mettent en place des méthodologies fiables et sérieuses en matière d’évaluation ESG afin de constituer leurs portefeuilles d’investissement : c’est l’avantage de l’opération de certification.

En revanche, le label ISR ne garantit pas que les investissements en question auront systématiquement un impact mesurable. La prise en compte de cet impact soulève en effet d’importantes questions méthodologiques qui sont spécifiques.

La solution ne serait-elle pas de réunir tous ces référentiels sous un seul et même label ?

Là encore, c’est une piste de réflexion. En décembre dernier, l’Inspection générale des Finances a remis au ministre de l’Economie un rapport sur le label ISR. Ces travaux doivent notamment remettre en perspective le label d’Etat ISR à la lumière des autres labels existants, français mais aussi européens.

Certains gérants considèrent que le label ISR est trop consensuel car il ne prévoit aucune exclusion sectorielle. Labelliser un fonds qui investit dans des activités controversées comme le tabac ou le gaz de schiste, n’est-ce pas se tirer une balle dans le pied et décrédibiliser la labellisation ?

L’exclusion sectorielle n’est pas imposée par le label mais en pratique, toutes les sociétés de gestion entreprenant une démarche de labellisation ISR appliquent des filtres sectoriels dans la sélection de leurs actifs.

Lors de la création du label d’Etat il y a six ans, nous n’avions pas retenu ce critère d’exclusion, lui préférant l’approche « best in class », qui impose aux fonds ISR de sélectionner les entreprises les mieux notées d’un point de vue extra-financier au sein de leur univers indiciel de référence.

Vous noterez toutefois que le label Relance, lancé cet automne pour soutenir les entreprises françaises dans leurs besoins de financement, prévoit une exclusion sectorielle très ciblée qui est l’exclusion des entreprises liées au charbon.

Une autre critique est l’absence de notation. Réfléchissez-vous à proposer une version du label qui permettrait aux épargnants de mieux cerner le niveau d’engagement responsable de ces centaines de fonds labellisés ?

Parmi les propositions qui sont formulées par les parties prenantes du label, il y a en effet l’idée d’un label à étoiles.

Pensez-vous que la labellisation d’Etat ISR soit aussi dynamique en 2021 que l’année dernière ?

La singularité de notre contexte économique rend difficile toute projection, et comme en 2020, nous n’avons pas défini d’objectif chiffré de labellisation ISR. Néanmoins, nous pouvons raisonnablement penser que la tendance observée se poursuive en 2021.

Pierre Chabrol

Le parcours de Pierre Chabrol

Chef du bureau épargne et marchés financiers, Direction générale du Trésor

Ancien élève de l’Ena (promotion Aristide Briand 2006-2008), Pierre Chabrol a rejoint la direction générale du Trésor en 2010, avant de devenir adjoint au chef du service économique de l’ambassade de France en Chine (2014-2017), puis chef du bureau de la politique commerciale à la direction générale du Trésor entre 2017 et 2020. Actuellement chef du bureau de l’épargne et des marchés financiers à la direction générale du Trésor, Pierre Chabrol est le porte-parole du label d’Etat ISR.

Commentaires (1)
  • Utilisateur2150802
    Utilisateur2150802posté le 10.02.2021 à 00:44

    Encore un truc pour les écolos bobos socialos nuisibles au développement et aux investissements dans notre pays!!!!

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