« Le chantier est important pour le nouveau Plan d'épargne retraite »

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Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Epargne, livre son analyse de l'actualité de l'assurance-vie et de l'épargne retraite.

Cercle de l'Epargne

Quelles sont les tendances de fond en matière d’épargne en ce début 2020 ?

Le contexte de taux bas est amené à perdurer. L'Europe ressemble de plus en plus au Japon en ce qui concerne la gestion de la monnaie. Compte tenu des portefeuilles des assureurs, majoritairement tournés vers l’obligataire, la conjoncture s’en ressent sur l’épargne. En ce début d’année, les livrets bancaires ou réglementés affichent une faible rémunération, inédite, de 0,17 %. Du côté du Livret A, le taux a été abaissé à 0,5 % en février. Là encore un niveau historiquement bas, mais qui est en réalité très élevé dans ce contexte de taux, c’est tout le paradoxe ! Une situation qui a par ailleurs eu pour conséquence une hausse des prix de l’immobilier, et des valeurs actions – le CAC 40 a bondi de 26 % en 2019. Les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis se sont apaisées, mais elles ont laissé place aux craintes liées au coronavirus cette année. Il est néanmoins notable que dans cet environnement de faibles rendements, le taux d’épargne des ménages est important : il représente 15 % du revenu disponible brut. Avec 140 milliards d’euros de flux d’épargne au troisième trimestre 2019, les Français continuent à mettre massivement de côté.

En assurance-vie, les assureurs poussent vers les unités de compte. Cela s’en ressent-il sur les choix d’épargne des Français ?

Sur les flux actions, nous n'assistons pas à un engouement massif parce que l’aversion au risque reste très importante. Nous sommes à la croisée des chemins car il y a un problème de solvabilité des compagnies d’assurance, prises dans la nasse des taux bas actuels. Quels sont les scénarios ? Soit les assurés acceptent ce nouveau paradigme et acceptent de porter le risque, soit ils refusent, et se retournent vers d’autres solutions de placements. Mais il n’est pas non plus exclu que ce même schéma, avec des taux de rendement poursuivant leur décroissance, perdure !

Comment se prépare l'après-fonds euros ?

Concernant les fonds en euros, un changement modèle est en cours, mais celui-ci est lent. Le fonds en euros est encore un tanker, il faudra du temps pour inverser la vapeur : malgré les taux extrêmement faibles, les encours augmentent, ce qui démontre l’aversion au risque des Français. Les assureurs ont choisi une voie alternative, en développant l’Eurocroissance qui offre une garantie à terme, et ils misent sur le développement du nouveau plan d’épargne retraite (PER), lancé par la loi Pacte. Les fintechs et les algorithmes devraient s’imposer petit à petit, intelligence et épargne faisant bon ménage pour aboutir à de nouvelles offres. Quoi qu’il en soit, l’immobilier et l’assurance vie restent très plébiscités. D’autres produits, comme les fonds structurés, ont encore du chemin à faire.

Le PER est-il de taille à relever la manche ?

Pour le moment, l’épargne retraite est une niche, qui ne représente que 240 milliards d’euros contre 1.775 milliards du côté de l’assurance vie. Le chantier est donc important pour le nouveau Plan d’épargne retraite, qui doit répondre à deux attentes importantes : préparer la retraite dans le contexte actuel, et financer l’économie. Du fait de la gestion pilotée par défaut, les PER sont particulièrement adaptés aux compagnies qui les distribuent. Les premiers résultats sont plutôt bons. Mais attention, n’oublions pas le lancement du Perco en 2003, dont les chiffres avaient été gonflés au début du fait de ventes « forcées ». Le temps le dira, mais le PER constitue probablement une réponse aux enjeux actuels.

Quel sera l’effet de la réforme des retraites ?

Ce n’est pas la première tentative de réforme des systèmes de retraite, mais celle qui est proposée est complexe. Cette réforme devrait fortifier l’épargne retraite et particulièrement être favorable au PER. Car pour beaucoup de Français, l’idée derrière cette réforme est qu’il va falloir épargner davantage. Ils perçoivent la retraite comme une baisse des pensions françaises et restent très sceptiques, se disant qu’il faut plus que jamais épargner.

Philippe Crevel

Le parcours de Philippe Crevel

Directeur, Cercle de l'Epargne

Ancien chargé de mission ministériel, Philippe Crevel a été conseiller économique et fiscal de 1991 à 1998 pour le groupe UDF à l’Assemblée nationale. Conseiller auprès de l'ancien président de la Caisse des Dépôts, Philippe Auberger, de 2002 à 2003, puis de l'ex-ministre de la Santé Jean-François Mattei de 2003 à 2004, Philippe Crevel est entré chez Generali où il a conseillé la direction générale du groupe, en charge du développement des produits d’épargne retraite, de la stratégie développement durable et des relations institutionnelles, jusqu'en 2014.

Chroniqueur, membre de la Commission des épargnants de l'AMF et fondateur de la société d'études et de stratégies économiques Lorello Ecodata, Philippe Crevel dirige aujourd'hui le Cercle de l’Epargne. Ce cabinet d'études réalise des études sur l’épargne et la retraite avec l’appui d’experts au profil varié (sociologues, économistes, juristes, journalistes, démographes, spécialistes de l’opinion et du marketing).

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