"L'offre de Perp est en train d'évoluer..."

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Thierry Nallet, directeur de Cyrus Conseil Lyon, cabinet de gestion privée

Reuters

A l'occasion de la réforme fiscale 2013, Thierry Nallet, directeur du cabinet de gestion privée Cyrus Conseil à Lyon, revient sur les avantages et les inconvénients du Perp ainsi que sur l'alternative que constituent les contrats à annuités variables.

Avec la réforme fiscale, on reparle beaucoup du Perp et du Madelin comme solutions de retraite. Quels en sont les avantages ?

T.N. : Face à des niches qui se réduisent, ces deux dispositifs permettent d'alléger la base taxable puisque les versements sont déductibles des revenus déclarés. Ils offrent donc des allègements équivalents au taux marginal d'imposition du contribuable. Par exemple, une personne imposée à 41% et investissant 1.000 euros dans un Perp fera une économie d'impôt de 410 euros et réduira son effort d'épargne à 590 euros. Par ailleurs, s'agissant d'un contrat de rente non cessible et non transmissible, il n'a pas de valorisation patrimoniale et échappe ainsi à l'ISF sous conditions. Toutefois, ces contrats ont aussi des inconvénients à ne pas négliger. Les sorties, sauf exceptions, ne peuvent se faire qu'en rente viagère et les rentes sont fiscalisées, ce qui crée une incertitude pour les clients, surtout les plus aisés (certains contrats permettent néanmoins de sortir jusqu'à 20% en capital).

Pouvez-vous nous rappeler les conditions de déblocage ?

T.N. : Le déblocage du capital est possible en cas de fin d'indemnisation pour un chômeur, en cas de cessation d'activité non salariée suite à une liquidation judiciaire, en cas d'invalidité, en cas de décès du conjoint ou du partenaire pacsé et enfin dans les situation de surendettement.

Des contrats peuvent aussi prévoir en cas de décès du souscripteur une conversion en rente au profit des ayants droits, comme une rente d'éducation pour un enfant mineur. En tout cas l'offre est en train d'évoluer. Compte tenu du regain d'intérêt pour le Perp, les assureurs vont certainement commercialiser des offres améliorées. Mais il faudra aussi en estimer les conséquences sur le coût.

Les contrats à annuités variables peuvent-ils constituer une alternative au Perp ?

T.N. : On ne peut pas comparer un contrat PERP avec un variable annuities, on peut parler de complémentarité. En effet, le PERP permet de bénéficier d'une déduction sur l'IR ce qui n'est pas le cas du variable. Par ailleurs, le disponible fiscale est commun aux époux. Madame peut verser sur un PERP et disposer du disponible fiscale de Monsieur. De leur côté, les contrats à annuités variables peuvent s'avérer performants avec un minimum garanti d'environ 3%. Leur fonctionnement est similaire à l'assurance-vie. La phase de capitalisation se fait en unités de compte et la rente se calcule sur la base du capital majoré du taux annuel garanti (3% chez Axa par exemple) ou sur la plus haute performance obtenue à une date anniversaire.

Une fois arrivé à la retraire, le souscripteur peut sortir en capital ou bénéficier d'une rente au taux déterminé à l'origine selon l'âge (4% à 65 ans chez Axa). La rente correspond alors à des rachats partiels du contrat avec les avantages fiscaux qui en découlent. Si le capital est épuisé, les versements se poursuivent mais dans le cadre classique de la rente viagère.

Ces contrats ne permettent donc pas de défiscaliser au moment des versements...

T.N. :Effectivement. Le Perp permet une défiscalisation à l'entrée tandis que les contrats à annuités variables offrent un cadre fiscal allégé à la sortie, ainsi que les possibilités de transmission liées à l'assurance-vie. Le Perp ne comporte quant à lui aucun avantage successoral.

Peut-on alors dire que le choix dépend avant tout de la situation de chacun ?

T.N. :Le choix est effectivement délicat. Le plafond de déduction pour un Perp étant de 29 625 euros, on est assez limité concernant les montants à verser annuellement. C'est peu pour les gros patrimoines mais ce n'est pas le seul critère à intégrer. La transmission, la disponibilité du capital ont aussi leur importance. Sans compter la performance. L'une des questions essentielles est de savoir combien il faut verser pour obtenir un bon revenu de complément. Il faut enfin intégrer les spécificités de chaque support. Si elle est aujourd'hui plus souple que le Perp, l'annuité variable coûte environ 1,2% de plus qu'un contrat traditionnel et elle n'est ouverte qu'à partir d'un âge minimum d'environ 40 ans.

En tout cas, pour ceux qui n'ont pas d'urgence, nous conseillons surtout d'attendre pour voir quelles seront les futures offres de Perp. Car le marché va inévitablement évoluer.

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