Taux réels : le point sur quelques idées reçues

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Aves les fluctuations de l’inflation ces dernières années, la notion de taux réel a été largement mise en avant, mais pas toujours à bon escient. Explications…

Reuters

Placer à un taux supérieur à l’inflation ou emprunter à un taux inférieur à la hausse des prix est une stratégie gagnante. Ce constat a priori de bon sens a remis en avant la notion de taux réel depuis quelques mois. Il est vrai que le taux réel est un critère essentiel en matière de placement puisqu’il détermine le gain (ou la perte) de pouvoir d’achat du capital placé.

Pour autant, cette notion n’est pas toujours bien maîtrisée. En témoignent les diverses idées reçues sur le sujet.

Idée reçue n°1 : le taux réel résulte de la différence entre le taux et l’inflation

« J’ai placé des fonds à 5% et l’inflation a été de 2%. Donc, mon taux réel est de 3% ». Si le taux réel d’un placement correspond effectivement à un taux corrigé de l’inflation, il ne s’obtient pas en faisant une simple soustraction.

Le taux réel se calcule de manière exacte grâce à la formule suivante :

1 - [(1+t) / (1+i)]

Dans cette formule, t est le taux de l’épargne et i l’inflation.

Ainsi, avec un taux de 5% et une inflation de 2%, le taux réel est de 2,9% et non de 3%. Le calcul opéré via une soustraction ne permet d’obtenir qu’une valeur approximative.

De surcroît, cette approximation n’est réaliste que pour des valeurs d’inflation faibles. Un exemple très simple suffit à le prouver.

Imaginons un capital placé à 0% dans une période où les prix ont doublé (100% d’inflation). Le taux réel est de -50%. Concrètement, cela signifie que le pouvoir d’achat du capital placé a été réduit de moitié (ce qui apparaît logique). Une soustraction aboutirait à un taux réel de -100% signifiant que le pouvoir d’achat a été ramené à 0 (une conclusion évidemment fausse).

Idée reçue n°2 : un placement a un taux réel positif dès lors que son rendement dépasse l’inflation

Ce constat est parfaitement valable pour un placement défiscalisé (à l’image d’un Livret A). En revanche, dans les autres cas, nombre d’épargnants oublient souvent d’intégrer la fiscalité.

En 2018, l’inflation a été de 1,6%. Un chiffre identique au rendement moyen attendu des fonds en euros de l’assurance-vie. Toutefois, un épargnant ayant obtenu 1,6% sur son contrat n’a pas réellement perçu 1,6%. Les rendements annoncés sont bruts de prélèvements sociaux. Or, sur les fonds en euros, les prélèvements sont payés année par année.

Ainsi, un contrat ayant obtenu 1,6% n’a été réévalué que de 1,32%. Le taux réel de ce placement n’est donc pas de 0% mais de -0,27%.

En résumé, un taux réel doit se calculer à partir d’un rendement net de fiscalité (voire net de frais) et non à partir du rendement brut.

Idée reçue n°3 : un emprunt immobilier est gagnant si son taux est inférieur à l’inflation

Comparer les taux d’emprunt à l’inflation est une erreur qui a souvent été commise ces derniers temps, l’idée générale étant d’affirmer que l’inflation permet d’alléger la charge de remboursement dans le temps.

En matière d’immobilier, il convient toutefois d’aller un peu plus loin. De fait, le poids de l’emprunt n’est pas sensible à l’évolution des prix mais à l’évolution des revenus utilisés pour le remboursement. Mieux vaut donc ici comparer les taux d’emprunt au rythme d’évolution des salaires (s’il s’agit d’une résidence principale) ou à l’évolution des loyers encaissés (s’il s’agit d’une opération locative). En tout cas, l’histoire récente a prouvé que salaires et inflation n’évoluaient pas toujours de concert.

Enfin, il est également important de raisonner dans la durée. Comparer un taux d’emprunt et un indice de prix ou de revenus à un instant t (par exemple l’année de la signature) n’a aucun sens. La charge de remboursement ne sera véritablement réduite que si les revenus de l’emprunteur continuent à augmenter dans la durée. Une hausse ponctuelle l’année de souscription n’aura que peu d’effets sur l’ensemble du projet.

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