Dossier Réforme des retraite : ce qui vous attend

« Que retenir de la réforme du système des retraites ? »

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Valérie Batigne, fondatrice et présidente de Sapiendo Retraite

Sapiendo Retraite

En pleine polémique sur la future réforme du système des retraites, le Premier ministre, Edouard Philippe, a dévoilé son contenu le 11 décembre dernier. Que faut-il retenir ? Il a réaffirmé le principe de la réforme et du régime universel, il a annoncé quelques assouplissements qui s’appliquent à tous, il a rassuré certaines professions et surtout il a aménagé la phase de transition, qui devient très complexe.

Le principe de la réforme et du régime universel a été réaffirmé

Edouard Philippe a confirmé l’ensemble des principes contenus dans le rapport du haut-commissaire Delevoye de juillet dernier en choisissant de rappeler certains éléments clés :

  • La suppression et le remplacement des 42 régimes existants en un seul régime universel à points, commun à toutes les catégories professionnelles.
  • La suppression des régimes spéciaux et à terme, de la notion de trimestres.
  • L’instauration d’un âge d’équilibre qui seul déterminera l’obtention du taux plein.
  • Les modalités de la transition entre le système actuel de la durée d’assurance et le système futur à points. Ceux qui basculeront dans le futur régime garderont le montant des droits acquis au titre du régime actuel jusqu’à la veille du basculement. En pratique, juste avant la transition, les points et trimestres actuels seront convertis en rente viagère selon le système actuel. A ce montant viendront s’ajouter les points du futur régime.
  • Une retraite minimum pour tous de 1.000 € net lorsqu’on a cotisé toute sa vie.
  • Le plafonnement des cotisations productives au-delà de 120.000 € et le paiement pour ces hauts revenus, d’une taxe non contributive pour la solidarité, de 2,81%, y compris au-delà de 120.000 €.
  • La revalorisation des droits acquis au fil de la carrière non pas sur l’inflation comme actuellement mais sur l’augmentation des salaires, ce qui est plus favorable.

Nous pouvons constater qu’Edouard Philippe n’a pas du tout repris certains éléments financiers figurant dans le rapport Delevoye, notamment la rentabilité des cotisations (qui était de 4,95%).

Quelques assouplissements, qui s’appliquent à tous, ont été annoncés

  • Il a été accordé une majoration supplémentaire pour les familles de trois enfants ou plus qui s’élèvera à 2%.
  • Les retraités qui continuent à travailler verront l’amélioration du dispositif du cumul emploi retraite qui leur permettra d’augmenter leurs droits à retraite.
  • Le dispositif de la retraite progressive sera étendu et devrait être notamment accessible aux cadres, en contrat au forfait jours, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Enfin, le Premier ministre a beaucoup insisté sur une meilleure prise en compte de la pénibilité travail qui donnera plus de droits et sera la même dans tous les régimes.

Certaines professions ont été rassurées

Le premier ministre a donné des garanties à certaines catégories : aux fonctionnaires sur leur salaire net, aux aides-soignantes et infirmières (qui devraient bénéficier d’une meilleure prise en compte du travail de nuit), aux enseignants et chercheurs (pour qui la pension ne devrait pas baisser) et aux fonctionnaires ayant des missions régaliennes dès lors qu’ils ont effectivement occupé pendant une durée minimale des fonctions opérationnelles les exposant au danger.

Enfin, en ce qui concerne les travailleurs non salariés, les réserves de leurs caisses ne devraient pas être transférées vers le régime universel et ils devraient bénéficier des règles spécifiques de transition. Leur assiette de cotisations sociales devrait converger, progressivement à partir de 2022, vers celle des salariés, sans les pénaliser au global.

La phase de transition devient très complexe

Il convient de distinguer les personnes non encore cotisantes et celles qui sont déjà cotisantes.

  • Les personnes non encore cotisantes et qui ne sont pas encore en activité professionnelle entreront dans le nouveau système dès 2022.
  • Les personnes déjà en activité professionnelle, commenceront à basculer dans le nouveau système uniquement si elles sont nées à partir de 1975 (44 ans aujourd’hui).

Par ailleurs, il est mis en place un âge d’équilibre, qui s’appliquera à tous les cotisants dès 2022. En effet, pour tous, y compris pour les générations nées avant 1975, est progressivement introduit un âge d’équilibre à partir du 1er janvier 2022 : 62 ans et 4 mois au 1er janvier 2022, 62 ans et 8 mois au 1er janvier 2023, 63 ans au 1er janvier 2024, 63 ans et 4 mois au 1er janvier 2025, 63 ans et 8 mois au 1er janvier 2026 et 64 ans au 1er janvier 2027. Cela signifie, qu’une décote sera appliquée pour les personnes qui partent à la retraite avant l’âge d’équilibre. Ces personnes-là sont donc susceptibles d’avoir 2 types de décote : une liée au manque de trimestres (notion de l’actuel système) et une liée à l’âge équilibre…

A moins que les partenaires sociaux ne décident autrement. L’histoire n’est donc pas encore terminée….

Valérie Batigne

Le parcours de Valérie Batigne

Présidente, Sapiendo-Retraite

Diplômée d’HEC et de l’Ecole d’Avocats, titulaire d’un DESS fiscalité, Valérie Batigne a une expérience de près de 25 ans dans les aspects combinés de la fiscalité, de la législation sociale et de la finance. En 2009, après plusieurs années d’expérience en cabinet d’avocats et dans le monde bancaire, elle fonde VB Expertise Retraite pour proposer des solutions face à la complexité du système des retraites et de la gestion patrimoniale. En 2015, elle crée Sapiendo-Retraite.fr, un outil révolutionnaire qui offre à chacun des services de simulation et de conseils entièrement personnalisés, pour avoir une vision réaliste de sa future retraite sans pour autant être un expert. Il propose une réelle rupture technologique de l’accompagnement retraite, de la vérification de la carrière à l’optimisation des droits à la retraite.

Commentaires (8)
  • Utilisateur1279523
    Utilisateur1279523posté le 24.12.2019 à 12:32

    Un petit oubli aussi :
    - auparavant les hauts revenus contribuaient à hauteur de 27 000 euros / mois. Maintenant c'est à hauteur de 10000 euros / mois seulement.

    Du coup 2 questions se posent :
    1) Où vont aller les cotisants concernés ? Ils / elles ne vont pas vouloir d'une retraite calculée sur un revenu de 10k €/mois. Fonds de pension ?

    2) Ceux qui sont déjà en retraite avec un revenu antérieur > 10k € par mois. Ceux là vont continuer à toucher leurs retraites, mais sans contre - partie pour la financer …. du coup ça va creuser un peu plus le déficit du futur régime universel.

  • nounoutt
    nounouttposté le 18.12.2019 à 22:02

    Elle est bien gentille l avocate mais elle oubli l essentiel : la valeur du point dans les 10 ans.

  • Utilisateur30802
    Utilisateur30802posté le 18.12.2019 à 18:40

    "La suppression et le remplacement des 42 régimes existants en un seul régime universel à points, commun à toutes les catégories professionnelles."
    Valérie diplômée de HEC (comme quoi les diplômes...) omet de dire que la police, le Sénat et sans doute d'autres conserveront leurs régimes spéciaux. Le bilan comme le disait Fillon, baisser les pensions. Tout ce foutoir pour qu' un autre gouvernement décide un jour de aire table rase de cette usine à gaz. Quel merd...

  • clicpg
    clicpgposté le 19.12.2019 à 00:47

    Dans tous les pays démocratiques, les fonctionnaires régaliens exerçant des missions dangereuses ont un régime spécial, et cela parait normal car, en contrepartie, ils n'ont pas le droit de grève, ce qui n'est pas le cas des gens de la SNCF, de la RATP, d'EDF et Consorts. Comme d'habitude, ne vous faites aucune illusion, PERSONNE ne reviendra sur cette Loi, car le sujet est si clivant en France, où 60% des gens regardent dans l’assiette du voisin plutôt que de regarder l'intérêt général, qu'aucune réforme des retraites n'a été abolie!

  • Utilisateur30802
    Utilisateur30802posté le 19.12.2019 à 11:30

    Il est vrai que c'est l' intérêt général qui devrait primer. Bien sur on peut dire que les sénateurs n' ont pas le droit de grève et exercent une mission dangereuse.
    Soyons sérieux !

  • Utilisateur1279523
    Utilisateur1279523posté le 24.12.2019 à 12:37

    A part l'armée, la police et les pompiers, je ne vois pas d'autres missions dangereuses remplies par d'autres fonctionnaires régaliens.

  • clicpg
    clicpgposté le 18.12.2019 à 17:28

    Enfin un exposé clair et synthétique sur ce dossier: c'est effectivement la phase de transition qui est très complexe et illustre bien le principe de l'énarchie à la française: "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué". Il vaudrait mieux maintenir les règles actuelles jusqu'en 2025 ou 2027 (cad celles des réformes Touraine & Sarkozy) qui, par le biais de la durée requise de cotisations trimestrielles conduisent les gens à partir vers 64 ans pour avoir une pension complète, plutôt que d'agiter ce chiffon rouge de l'age pivot qui est pris comme "punitif" par tous.

  • nounoutt
    nounouttposté le 18.12.2019 à 17:23

    elle bosse pour macron

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