Un quart des jeunes Français se déclarent prêts à investir en bourse

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L'âge moyen des investisseurs boursiers a significativement baissé depuis la crise sanitaire. Les jeunes Français marquent un intérêt marqué pour les marchés, restés longtemps l'apanage des classes aisées et "éduquées" à la culture financière.

Reuters

Une enquête de l’Institut Viavoice commanditée par Air Liquide confirme l’intérêt croissant des jeunes pour la bourse. Réalisée auprès d’un panel de Français âgés de 18 à 40 ans*, elle montre que 38% qui ne détiennent pas d’actions souhaitent se lancer dans ce type d’investissement dans les années à venir.

L’étude ne donne pas d’éléments de comparaison pour apprécier l’évolution de cette appétence chez les jeunes.

Elle reste pour autant significative, si l’on considère que dans cette classe d’âge – qui regroupe en fait des situations "de vie" assez disparates (salariés juniors ou expérimentés, étudiants, demandeurs d’emploi, célibataires ou en famille…) – la part de personnes étant déjà actionnaires à titre personnel est assez naturellement minoritaire (14%).

Le rendement, motivation n°1

L’enquête d’Air Liquide relève que la principale motivation des jeunes qui envisagent de devenir actionnaires reste ainsi financière – gagner rapidement de l’argent pour 17% des sondés – l’évolution de leur situation personnelle (13%) et le faible rendement d’autres placements (13%) arrivant en 2e et 3e position des raisons évoquées.

A leurs yeux, la bourse semble donc se présenter comme un investissement d’opportunité, par ailleurs risqué : seuls 9% l’envisagent comme un matelas de précaution en cas de coup dur, tandis que l’anticipation du financement d’un projet à plus ou moins long terme comme raison d’investir n’est citée que par 5% des interrogés.

Avant l’arrivée de la pandémie, la bourse était restée une activité plutôt "confidentielle" en France, drainant principalement une population aisée, et/ou – si ce n’est avertie – déjà éduquée aux grands principes de l’investissement financier.

Question de niveau de vie (en France, la richesse reste concentrée entre les mains des plus âgés), mais aussi de culture nationale, dans un pays où le modèle des retraites – contrairement à d’autres voisins européens ou aux Etats-Unis – ne demande pas aux ménages d’investir obligatoirement sur les marchés pour assurer leurs vieux jours.

Le rajeunissement des actionnaires : le tournant de la crise

Mais la crise de la Covid a marqué un tournant : beaucoup de particuliers, coincés à la maison, potentiellement en activité partielle, disposant pour partie d’une épargne contrainte par les restrictions sanitaires, et qui n’avaient jamais investi directement en bourse, ont sauté le pas dès le premier confinement.

Sur 1,4 million de particuliers actifs en bourse en 2020 (sur les seules actions), 410.000 sont devenus pour la première fois actionnaires. Sur les trois premiers trimestres de 2021, 165.000 personnes supplémentaires ont fait leur entrée, selon les données relevées par l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Les opportunités de rendement des marchés, couplées à l’accélération de la digitalisation, ont donné un bon coup de fouet à l’intérêt du grand public pour la bourse, y compris chez les plus jeunes, qui ont pourtant des capacités d’investissement plus limitées que leurs aînés.

Le double effet cryptos/meme stocks

Durant cette période, un ensemble d’événements singuliers (la hausse spectaculaire des cryptomonnaies et le phénomène des « meme stocks » portés par les réseaux sociaux) ont aussi donné beaucoup d’écho aux marchés auprès de cette population.

L’AMF avait identifié dès 2019 « un intérêt émergent » d’une partie plus jeune de la population pour les placements en action. « La baisse des marchés en mars-avril 2020 leur a donné l’occasion de se lancer », relève-t-elle.

En 2020, l’âge médian des nouveaux investisseurs a été de 46 ans contre 58 ans en 2018 et 2019**, et de mars 2019 à mars 2021, la part des moins de 35 ans est passée de 11 % à 18 % chez les détenteurs d’actions en direct. « Un rajeunissement significatif », note l’AMF qui se retrouve aussi dans la clientèle de la plupart des courtiers.

Le manque d'informations, première barrière à l'entrée

Même si la crise a vu arriver avec elle un ensemble de nouveaux acteurs – essentiellement des fintech – ciblant cette population de jeunes investisseurs ultra connectés qui utilise Youtube comme première source d’information, les barrières à l’entrée de la bourse semble demeurer chez les épargnants.

D’après le sondage d’Air Liquide, 39% des jeunes non actionnaires déclarent ne pas investir en raison d’une méconnaissance des démarches à suivre, et 31% par manque d’information. 37% évoquent aussi manquer de capital et 22% la peur de manquer de liquidité en cas de besoin.

Blue Chips et actions technos en tête

Quant à ceux qui se sont déjà lancés dans l’aventure boursière, leur intérêt se tourne principalement vers les entreprises innovantes et les "blue chips", notait en septembre le courtier Bux Zero. « L'analyse du Top 15 des actions les plus populaires sur notre application montre que les entreprises Shell, Apple ou encore Tesla sont parmi les actions les plus présentes dans les portefeuilles des milléniaux et de la génération Z », relevait la société de courtage.

Même tendance pour les ETF : parmi les plus populaires, la génération Z investit sur l'ETF du S&P 500 (1er), du Nasdaq (3ème) axé sur le secteur technologique, celui des secteurs de la robotique et de l'automatisation (4ème), du secteur de la santé (7ème) ou encore celui de la cyber-sécurité (10ème).

*Interviews effectuées en ligne du 27 septembre au 14 octobre 2021. Auprès d’un échantillon de 2339 Français, représentatif de la population française âgée de 25 à 40 ans.

**Source : Fédération française de l’assurance

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