Réforme des retraites : le régime universel enterré ?

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Le président de la République veut relancer le chantier de la réforme, mais ses intentions restent floues. La Cour des comptes plaide elle aussi en ce sens.

Reuters

Courageux ? Inconscient ? Périlleux ? En ressortant l'épineux dossier de la réforme des retraites de son chapeau, Emmanuel Macron a créé la surprise. S'agit-il de simples coups de menton de la part d'un président souhaitant cultiver son image de réformateur, à moins d'un an du premier tour de l'élection suprême et à l'approche des régionales, ou bien a-t-il une réelle volonté d'aboutir sur ce chantier d'ici la fin du quinquennat ? Après la longue séquence sur le thème de l'insécurité, le président repart à l'offensive.

Alors qu'il battait le pavé dans le Lot le 3 juin, l'hôte de l'Elysée a donné le coup de grâce à la réforme par points, qui devait remettre de l'équité dans le système, et conduire à la disparition des régimes spéciaux.

La promesse initiale d'un euro cotisé donnant les mêmes droits pour tous pouvait paraître séduisante. Mais, en pratique, le projet avait des airs d'usine à gaz. Les différentes mesures d'accompagnement envisagées avaient fini par virer au casse-tête, donnant lieu, en décembre 2019, à l'un des conflits sociaux les plus durs des trente dernières années.

Difficile de réinventer la roue lorsqu'il s'agit des différentes manières de réformer des retraites. L'exécutif indique ne vouloir exclure aucune piste, mais l'on a déjà bien compris que le système universel par points, vanté jusque-là, avait du plomb dans l'aile.

Dès lors, pour quelle solution opter ? Le projet initial prévoyait l'instauration d'un âge pivot à 64 ans d'ici à 2027, assorti d'un malus pour ceux qui partiraient plus tôt, même en ayant suffisamment cotisé.

Accélérer la réforme Touraine

Cette idée a longtemps été portée par Jean-Paul Delevoye avant que l'ancien haut-commissaire aux Retraites ne soit rattrapé par ses omissions de déclarations auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Ce dispositif ne semble plus à l'ordre du jour. Emmanuel Macron avait d'ailleurs eu l'occasion d'exprimer ouvertement dès 2019 ses doutes sur ce principe d'un âge pivot, décrié par les partenaires sociaux, mettant alors en avant l'alternative de l'allongement de la durée de cotisation. L'abandon d'un big bang systémique fait à présent resurgir le spectre de mesures paramétriques. Plusieurs options sont sur la table.

La piste la plus facile à mettre en œuvre consisterait à accélérer le calendrier de l'allongement progressif de la durée de cotisation, prévue par la réforme Touraine. Adopté en 2014, et entré en vigueur le 1er janvier 2020, ce texte a pour objectif de porter, à un rythme assez lent, la durée de cotisation pour une retraite à taux plein à 43 annuités à horizon 2032 (contre 41 aujourd'hui). La réforme Touraine pourrait en outre être durcie en augmentant les annuités nécessaires pour une retraite à taux plein.

Selon nos confrères des Echos, un tel changement de braquet pourrait rapporter à court terme près d'un demi-milliard par an à l'horizon 2025. Ce qui pourrait être utile pour financer de nouvelles mesures visant les jeunes, la dépendance ou bien la revalorisation des petites retraites, par exemple. Ce dernier sujet est d'ailleurs revenu dans l'actualité avec la remise au Premier ministre, le 1er juin, d'un rapport parlementaire sur les petites retraites par les députés Nicolas Turquois (MoDem) et Lionel Causse (LREM).

Départ à 64 ans ?

L'autre solution, nettement moins populaire, et véritable cheval de bataille du patronat, serait d'augmenter l'âge légal de départ de 62 à 64 ans. Ce scénario permettrait d'économiser 5,8 milliards d'euros à l'horizon 2027, rapporte Le Parisien. A titre de comparaison, le déficit budgétaire de la France s'élève pour 2021 à quelque 220 milliards d'euros.

Dans un entretien aux Echos, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, s'est montré plus précis, appelant à indexer ce curseur de l'âge légal sur l'espérance de vie. Il précise toutefois qu'il ne veut pas d'une « réforme-rustine » en trois mois et juge que le débat doit prendre place dans le cadre de la campagne présidentielle.

Le porte-voix des patrons évoque aussi la piste de la désindexation des pensions, considérant que l'on pourrait « demander un effort aux retraités » qui ont été « protégés pendant cette crise » alors que « c'est plutôt les jeunes qui ont trinqué ». Tout dépendra de l'inflation, précise-t-il néanmoins.

Reste aussi à savoir si Emmanuel Macron remettra au goût du jour sa promesse de supprimer les régimes spéciaux, un thème cher à l'électorat de droite, mais aussi fortement mobilisateur dans la rue. A moins que le président ne choisisse de passer outre, considérant que la crise a affaibli les organisations syndicales.

La cour des comptes plaide pour une réforme concertée

Dans un rapport sur les finances publiques, la Cour des comptes préconise de renforcer la croissance avant d’assainir les comptes à partir de 2023. L’institution présidée par Pierre Moscovici estime que la maîtrise des dépenses de retraite - plus de 14 % du PIB - est incontournable, car le système n’est toujours pas équilibré de façon pérenne.

Elle ne veut pas cependant d’une réforme éclair, et elle ne tranche pas non plus sur son contenu. Les magistrats militent pour « une concertation approfondie (...) et un calendrier de mise en œuvre suffisamment étalé pour en faciliter l’acceptation ? ».

Après avoir relancé le dossier, le président de la République n’a pas encore précisé ses intentions. François Bayrou, habitué à murmurer à l’oreille d’Emmanuel Macron, a jugé mercredi peu probable qu’une réforme puisse aboutir d’ici à la fin du quinquennat, même si elle est à terme « inéluctable ? ».

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