Réforme des retraites : combien les projets des candidats vont-ils coûter ?

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L'Institut Montaigne a chiffré l'impact des propositions de réforme des retraites des principaux candidats à la présidentielle. Pour certains, l'écart entre les projections du think tank et celles affichées dans les programmes est conséquent.

Reuters

Dans le cadre de ses travaux d’analyse des programmes des principaux candidats à l’élection présidentielle, l’Institut Montaigne a publié ce lundi 21 mars un décryptage de la faisabilité et des coûts des projets de réforme des retraites présentés par sept concurrents en lisse.

Entre les partisans d’un allongement de l’âge de départ à la retraite (Macron, Pécresse, Zemmour), destiné en priorité à rééquilibrer les finances d’un système en déficit, et ceux d’une réforme avant tout sociale, prévoyant au contraire une restauration de cet âge de départ à 60 ans (Mélenchon, Roussel, Le Pen), deux "conceptions" de la réforme des retraites s’opposent : l’une d’investissement et de dépenses, l’autre de réduction du creusement des finances publiques.

Les réformes qui coûtent...

Du côté des réformes de "dépenses", d’après le think tank, les deux projets qui seraient les plus onéreux à mettre en place sont ceux de Jean-Luc Mélenchon, dont le coût est évalué à 85,8 milliards d’euros par an à l’horizon 2027 (non chiffré par le candidat), et de Fabien Roussel, estimé à 87,7 milliards d’euros par an, un chiffrage près de deux fois supérieur à celui avancé par le candidat du parti communiste, qui estime que son projet coûterait entre 30 et 40 milliards d’euros par an.

La proposition de Marine Le Pen serait aussi beaucoup plus onéreuse que la candidate l’assure : restaurer la retraite à 60 ans à taux plein avec 40 annuités et revaloriser le minimum vieillesse coûterait 26,5 milliards d’euros par an, contre 9,6 milliards d’euros d’après la candidate. En outre, la ré-indexation des pensions de retraites sur l’inflation, qui n’est pas chiffrée par la candidate, demanderait un effort supplémentaire de l’Etat de 11,2 milliards d’euros par an, estime l’Institut Montaigne.

Du côté de la représentante du parti socialiste Anne Hidalgo, qui entend porter le montant net du minimum vieillesse à 1.000€ et celui du minimum contributif à 1.200€, l’impact sur les finances publiques serait de 2,6 milliards d’euros par an à l’horizon 2027. Là encore, le projet n’a pas été chiffré par la candidate.

... et celles qui réduisent la facture publique

Chez les porteurs de projets dont l’objectif est d’aboutir à des économies, les estimations de l’Institut Montaigne sont aussi moins optimistes que les projections établies par les candidats, du moins en ce qui concerne les effets de ces réformes à court terme : Emmanuel Macron, qui propose de repousser l’âge de départ à la retraite à 65 ans, et revendique 9 milliards d’euros d’économies dès 2027, le think tank chiffre les effets de sa réforme à 7,7 milliards d’euros en 2027, puis à 18 milliards d’euros par an à l’horizon 2032.

Le projet de Valérie Pécresse, assez similaire à celui du président-candidat, pourrait déboucher à 7,5 milliards d’euros en moins dans le budget de l’Etat en 2027, puis de 16,2 milliards d’euros par an à compter de 2030, selon l’Institut, alors que Madame Pécresse assure que ces 16 Md€ en moins seraient atteignables dès 2027.

Enfin, la proposition d’Eric Zemmour, qui repose sur une augmentation progressive de l’âge légal de la retraite à 64 ans et un alignement des différents régimes entre public et privé, ne devrait aboutir qu’à 10,7 milliards d’euros d’économies, calcule l’Institut, un montant près de deux fois moins élevé à celui revendiqué par le candidat, qui qui chiffre sa réforme à un allègement de 20 Md€ par an à compter de 2030.

Sans surprise, la grande majorité des projets présentés par les candidats devront passer par la case loi et une consultation obligatoire des partenaires sociaux, relève l’Institut Montaigne. Que ce soit en termes de dépenses ou d’économies, le chiffrage de ces réformes sera donc totalement dépendant de son calendrier d’adoption. Il sera aussi corrélé à l'issue de l’exercice législatif, dont le passage devant les Assemblées modifiera forcément les contours des projets présentés. Ces modifications seront plus ou moins conséquentes selon la couleur politique de la prochaine majorité à l’Assemblée nationale.

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