Plus de diversification, moins d’actions… les recommandations des gérants face à l’inflation

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Fin de l'abondance. La résilience des portefeuilles financiers passera par des allocations prudentes.

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L’inflation, la remontée des taux d’intérêt et les perspectives d’une récession – les trois grandes obsessions actuelles des marchés financiers – continuent de donner du fil à retordre aux prévisionnistes et aux gérants de portefeuille.

Toujours en soit délicats, l’exercice de prospective, et avec lui, celui de l’allocation d’actifs, s’avèrent particulièrement épineux ces derniers temps : inflation record, situation géopolitique inédite en Europe, nouvelles politiques énergétiques, impératifs de transition écologique et, bien sûr, remontée des taux et normalisation des politiques monétaires, rendent l’équation complexe.

2022, contrepied de l’euphorie "Covid"

Pour les marchés financiers, 2022 aura été un peu le miroir inversé d’une année 2021 euphorique : les "grandes gagnantes" de la pandémie (tech américaine, "meme stocks", cryptos…) ont des lendemains qui déchantent. Ce sont ces mêmes actifs qui avaient profité de valorisations records l’année dernière qui ont enregistré les corrections les plus sévères ces onze derniers mois.

En parallèle, les "perdants" de la Covid ont repris du terrain – secteur du pétrole et gaz en tête, qui profite de la crise énergétique, mais aussi le compartiment bancaire, à qui la remontée des taux a redonné du souffle.

Dans ce tableau d’ensemble, les marchés connaissent une volatilité importante – depuis plusieurs mois, les mouvements y sont brutaux, et les portefeuilles chahutés invitent à la prudence. En termes de recommandations, les spécialistes ont deux principaux objectifs : trouver bon an mal an des leviers de protection contre l’inflation, et, surtout, diversifier pour lisser le risque.

La revanche du non coté ?

Deux priorités dont les solutions se rejoignent souvent. Actuellement, beaucoup de gérants continuent de privilégier une allocation moins tournée vers les actions que l’an passé et donnent davantage de poids à l’univers du non coté (private equity, SCPI…).

« La hausse des taux génère plus d’inflation sur les actifs cotés. Le non coté se présente aujourd’hui comme une solution complémentaire intéressante, avec moins de volatilité », explique Jean-Patrice Prudhomme, directeur pôle allocation et gestion de Milleis Banque Privée.

« Nous considérons que le private equity et les SCPI se présentent comme des solutions de diversification patrimoniales pertinentes sur un horizon de placement à long terme. Le non coté est d’autant plus attractif aujourd’hui qu’il est adossé à des actifs réels, comme l’immobilier et les infrastructures qui offrent une bonne protection contre l’inflation », souligne-t-il.

Ces classes d’actifs – qui ne sont pas non plus dénuées de tout risque – ont affiché de bonnes performances, globalement stables, ces dix dernières années : passées sous la barre des 5% en 2015, mais restées depuis au-dessus des 4% pour les SCPI (en taux de distribution sur valeur de marché, mesure de référence du secteur), et affichant 14,5% de rendement net cumulé environ pour le private equity.

Quant à l’avenir, les SCPI semblent pour l’heure continuer à faire preuve de résilience ; et la collecte, et le rendement de la pierre papier devraient être cette année au moins équivalents, si ce n’est supérieurs à l’exercice 2021. Pour sa part, le financement de l’économie réelle via le private equity « vise un objectif de performance supérieur au niveau d’inflation sur le long terme », observe Marie-Agnès Urcun, gérante de portefeuilles chez Milleis Banque Privée.

A la condition, sans doute, de ne pas tomber sur le "mauvais cheval" car là est la principale faille du private equity : beaucoup de start up, de projets naissants, de paris sur l'avenir en somme et in fine beaucoup de risque. Pour s'y lancer avec un filet minimum de sécurité, mieux vaut donc opter pour des fonds spécialisés que par de l'investissement en direct.

Autre placement bénéficiant d’un regain d’intérêt en période d’inflation : l’or – en particulier l’or papier – trouve sa place dans les recommandations actuelles des asset managers. Face à des prévisions économiques moroses, le métal précieux, qui a un peu souffert de la remontée du dollar, devrait profiter dans les prochains mois du pic des taux d’intérêt combiné à celui de l'inflation, considèrent les spécialistes.

Le décrochage des indices, des opportunités à saisir ?

Par ailleurs, et même si la majorité des professionnels conseillent toujours de sous-pondérer les actifs cotés, la correction des indices boursiers depuis le début de l’année a fait aussi jaillir quelques opportunités. Avec des valorisations moins élevées et des bénéfices en hausse, beaucoup de titres, moins chers, sont devenus plus rentables.

D’un point de vue géographique, certains gérants privilégient en ce sens les marchés européens aux indices mondiaux et américains : d’après les dernières prévisions Refinitiv, l’Eurostoxx 50 devrait enregistrer un P/E moyen de 11 en 2022, contre 17,2 pour le S&P500, et 15,4 pour le MSCI World. D’autres asset managers considèrent toutefois que l’Europe cumule aujourd’hui trop de risques pour s’y exposer franchement (géopolitique, énergétique…) et préfèrent plutôt se tourner vers la Chine – zone qui n’est pourtant pas non plus exempte d’inquiétudes…

Pricing power, valeurs contre-cycliques et transition climatique

Au-delà du simple ratio prix/bénéfice, bien sûr, les recommandations sectorielles restent prégnantes. En la matière, la majorité des avis convergent : priorité est donnée aux valeurs contre-cycliques ou défensives, peu sensibles à la conjoncture, comme les télécoms ou la santé par exemple, ainsi qu’à des valeurs de croissance bien sélectionnées – avec du "pricing power" - comme le luxe ou les spiritueux.

La grande thématique de la "transition énergétique et climatique" oriente aussi fortement les choix d’investissement : des innovations de production/exploitation d’énergies renouvelables ou de décarbonation aux infrastructures, en passant par la sécurité ou les équipements électroniques – à chaque gérant ses pépites pour LA thématique hégémonique actuelle et des décennies à venir. Les investissements nécessaires pour porter cette transition sont considérables - mais le champ qu'elle recouvre est aussi vertigineux, la sélection reste difficile.

Au final, dans des conditions de marché très tendues et des prévisions délicates, quelle que soit son appétence au risque, le mot d’ordre des gérants reste le même : diversifier, diversifier, et encore diversifier : en classe d’actifs, en profil de risque, en horizon de placement, sectoriellement, géographiquement… encore et toujours le meilleur moyen de se protéger des caprices des marchés.

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