Les cryptomonnaies concurrencent déjà les actions en direct chez les épargnants français

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8% des Français auraient déjà investi dans des actifs cryptos et 30% envisageraient d’en détenir selon une étude de l’Association pour le Développement des Actifs Numériques (ADAN) et du cabinet KPMG.

Reuters

On se doutait que l’univers des cryptomonnaies se développe à vitesse grand V mais une étude de l’Association pour le Développement des Actifs Numériques (ADAN) et du cabinet KPMG confirme la démocratisation du secteur en France avec des chiffres très parlants. Restituée ce lundi à Bercy en présence du Secrétaire d'Etat en charge de la Transition numérique, Cédric O, ou du député LREM de Paris ("pro crypto") Pierre Pierson, ce rapport apprend que les Français seraient déjà plus nombreux à investir dans des cryptomonnaies que dans les actions en direct ! Ou du moins, ces deux catégories d'actifs font jeu égal.

Sur la base d’une étude réalisée en décembre dernier par l’institut de sondages Ipsos auprès d’un panel représentatif de 2.003 personnes adultes, 8% des Français auraient déjà investi dans des actifs cryptos, que ce soient des cryptomonnaies ou des NFT. Dans son observatoire de l’épargne, l’AMF estimait que la part des Français disposant d’actions en propre est légèrement inférieure : 6,7% selon l’enquête SoFia réalisée par l’institut Kantar durant le mois de mars 2021. En ajoutant les actions détenues via des fonds, on arrive à une proportion équivalente proche de 8%.

30% des Français envisagent d’en détenir

Ce chiffre est d’autant plus intéressant à souligner que l’adoption des cryptos progresse très vite : 30% des Français envisagent d’en détenir (étude Ipsos). Parmi les 8% de détenteurs de cryptos, près de deux tiers (61%) se sont lancés il y a moins de 3 ans, notamment en 2019 après le krach de 2018, et pendant le confinement de 2020. Les trois quarts y dédient moins de 10% de leur épargne. Dans le détail du portefeuille des Français, le bitcoin arrive sans surprise à la première place (49%) devant, l’ethereum (29%). Il existe une surreprésentation des hommes chez les investisseurs.

En matière d’âge, on note une tendance générationnelle très marquée : 46% des détenteurs de cryptos et 29% de ceux qui comptent le faire sont des individus de moins de 35 ans, alors que cette classe d’âge ne représente que 25% de la population. De manière contre-intuitive, les revenus les plus faibles sont davantage à détenir des cryptos que les revenus les plus élevés mais cette tendance tient avant tout à la jeunesse relative des détenteurs de cryptos.

Quant à l’échelle de la planète, le rapport de KPMG montre que le nombre global d’utilisateurs de cryptos pourrait rapidement dépasser la barre du milliard alors qu’il est déjà estimé à environ 300 millions.

Deux obstacles majeurs

En ce qui concerne les obstacles à lever pour favoriser le développement de l’industrie crypto française, l’étude souligne deux obstacles majeurs. Le premier touche à l’image négative véhiculée dans le débat public. Les entreprises constatent unanimement que les décideurs publics ont une mauvaise opinion sur les cryptos, souvent liée à une connaissance parcellaire du sujet. Cette étude montre aussi que plus de la moitié des Français pensent que les cryptos sont des outils privilégiés par les criminels pour réaliser des activités illicites.

Le deuxième obstacle majeur tient à la difficulté pour les entreprises cryptos, agrées PSAN ou non, d’avoir accès à des services de dépôt et de paiement qui leur permettent d’exercer leur activité dans des conditions classiques. Le secteur crypto français se heurte encore aux réticences de la sphère bancaire mais Cédric O estime que la concurrence devrait régler ce problème dans le sens où l’arrivée des néobanques dans ce secteur en forte croissance va pousser les banques traditionnelles à s’y plier.

Et la fiscalité ?

On peut par contre regretter que le sujet de la fiscalité des cryptos n’a guère été abordé lors des débats autour de la restitution de ce rapport. La complexité de la fiscalité des plus-values sur cryptos et surtout de leur mode de déclaration est pourtant un frein majeur à l’adoption des cryptos par le grand public. Pierre Person et l’ADAN étaient justement à l’origine de plusieurs amendements sur la fiscalité des cryptomonnaies qui ont été examinés en octobre dernier par l’Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi de finances pour 2022 mais rient de concret n’avait abouti en matière de simplification.

Une des écueils vient du fait que les cryptomonnaies sont fiscalisées en tant qu’actifs financiers et non en tant que monnaie, ce qui pose des difficultés de déclaration des éventuelles plus-values lorsqu’on veut faire des achats en cryptos et donc les utiliser comme une monnaie. Ce service se développe pourtant rapidement avec des cartes de paiement adossées aux comptes cryptos proposées par certaines plateformes. La seule parade fiscale consiste aujourd’hui à déplacer ses plus-values sur des stablecoins car les plus-values ne sont imposables que lors de la conversion en monnaie "fiat". Mais dans ce cas, l’économie réelle ne profite pas des retombées financières de l’industrie crypto…

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