Le choc de l’inflation bouscule à peine les comportements d’épargne

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Les économistes du groupe BPCE estiment que la sur-épargne accumulée par les Français en 2020 et 2021 sera loin d'être consommée en 2023.

Reuters

Face au choc de l’inflation, les Français gardent une forte motivation à épargner mais rencontrent des difficultés croissantes à y parvenir, constatent les économistes du groupe bancaire BPCE dans leur dernier observatoire de l’épargne. Leur enquête auprès des Français (baromètre BPCE-Audirep) montre d’ailleurs que la hausse des prix est devenue l’un des principaux motifs d’épargne, ce qui maintient l’aspiration à mettre de l’argent de côté à ses plus hauts, d’autant qu’elle est également nourrie de préoccupations de long terme comme l’évolution de leur retraite ou la crainte de hausses d’impôts liées à la dérive de la dette publique.

Ce qui est nouveau avec l’inflation actuelle, c’est que « les Français sont moins confiants sur leur capacité à épargner et cette incertitude est en train de se diffuser des catégories les plus modestes à l’ensemble de la population », explique Alain Tourdjman, directeur des études économiques du groupe BPCE.

Un taux d’épargne qui resterait autour de 16%

Dans ce contexte où les motifs d’épargne de précaution restent importants, le taux d’épargne des ménages est appelé à décroître plus lentement que prévu, en dépit de la sur-épargne toujours accumulée par des ménages aisés. Les économistes de BPCE estiment que ce taux d’épargne (solde du revenu non consommé) devrait rester autour de 16% cette année et en 2023 après 18,7% en 2021 et 21% en 2020. On resterait donc au-dessus des niveaux observés avant la crise sanitaire (de 14% à 15%).

Quant aux placements financiers, qui ont atteint un record absolu de 149,3 milliards d’euros en 2020 et 111 milliards en 2021, ils poursuivraient progressivement leur recul autour de 90 milliards cette année puis environ 67 milliards d’euros en 2023, estime BPCE. La baisse serait accentuée l’an prochain par le ralentissement attendu de la distribution de crédits immobiliers même si ce niveau de placements financiers reste très élevé au regard d’une situation normale. « Ces perspectives supposent donc que la sur-épargne accumulée en 2020 et 2021, non seulement ne serait pas consommée en 2023 mais se prolongerait, certes à un rythme moindre, en 2022 », soulignent les économistes du groupe BPCE.

Le seuil psychologique de 2,5% de rendement

Concernant les arbitrages financiers des ménages, on observe jusqu’à présent un basculement très progressif des compartiments les plus liquides et mobilisables, c'est à dire principalement les dépôts à vue, vers des produits à rendements plus élevés comme les livrets ou l’assurance vie. Un tournant est cependant en train de s’opérer au niveau des livrets réglementés dont la rémunération s’approche du seuil psychologique d’environ 2,5% qui est de nature à déclencher des arbitrages importants. Le taux du Livret A et du LDDS va ainsi passer à 2% début août et celui du LEP à 4,6%.

Avec l’accélération de l’inflation dans les prochains mois, ces deux taux devraient connaître de nouvelles revalorisations significatives au 1er février 2023. De quoi provoquer une importante collecte pour le LEP et pousser les ménages modestes qui n’en détiennent pas à en ouvrir. En parallèle, la décollecte devrait se s’accélérer sur les PEL (Plan d’épargne logement) dont les dernières générations ne rapportent que 0,7% net d’impôt.

L’assurance-vie bénéficie de l’élan des supports en UC

BPCE estime que l’assurance-vie devrait maintenir cette année un flux comparable à 2021 (autour de 23 milliards) en bénéficiant de l’élan des supports en unités de compte (UC), dont la dynamique est aussi alimentée par les plans d'épargne retraite (PER). En effet, dans un contexte de forte appétence pour la préparation de la retraite renforcée actuellement par les incertitudes associées au projet de réforme des retraites du gouvernement, la collecte nette hors transferts sur les PER des assureurs représente l’équivalent de 28% de la collecte nette d’assurance-vie depuis un an. Par ailleurs, BPCE explique que les supports en UC bénéficient également d’un recul limité mais progressif de l’aversion au risque dans une conjoncture jugée globalement peu favorable à la Bourse, d’où un report des flux sur titres vers l’assurance-vie en UC depuis 18 mois.

a savoir

L’Observatoire BPCE prend en compte un niveau d’inflation qui culminerait à 5,6% en 2022 avant de redescendre à 3,4% en 2023.

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