La démocratisation de l'investissement responsable est en marche, mais les épargnants veulent plus de preuves...

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La notion de finance à "impact" est inconnue de la plupart des investisseurs particuliers mais ce qu'elle recouvre est devenu à leurs yeux incontournable pour accroître leur épargne dans ces supports responsables.

Reuters

Accélérée par la crise sanitaire, la connaissance de l’investissement responsable (IR) chez les épargnants français n’a pas connu d’évolution notoire entre 2020 et 2021, montre la 3e édition du Baromètre annuel de l’investissement responsable de CPR AM et Insight AM.

Mais sa démocratisation s’est poursuivie, à en juger à la fois par l’importance que lui donnent les investisseurs dans leurs arbitrages et par sa forte progression dans l’offre des conseillers et banquiers.

L’étude, réalisée en décembre 2021 par les deux sociétés de gestion auprès d’un panel d’investisseurs particuliers (disposant au moins de 10.000€ d’épargne) et de professionnels conseillers en gestion de patrimoine ou en banque privée, relève ainsi que leur connaissance de l’IR est stable, et note même une petite baisse de la part de ces produits dans leurs portefeuilles (28% en possèdent contre 31% l’année dernière).

Les critères extra-financiers s'imposent chez les épargnants

En dépit de cette légère baisse, le regard des investisseurs sur l’IR évolue dans le bon sens : cette année, près de la moitié (48%) déclarent accorder autant d’importance à l’IR qu’aux critères financiers dans leurs choix d’investissement, une minorité (16%) lui donnant même une place prioritaire : au total, 64% du panel considère ainsi que la performance extra-financière est équivalente ou plus importante que la performance financière.

Du côté des thématiques de prédilection des épargnants, celles de l’environnement (57% contre 54% en 2020) et de la lutte contre le réchauffement climatique (48% contre 50% en 2020) restent les deux sujets prioritaires, mais d’autres gagnent du terrain, comme l’éducation (48%) et le consommer-produire local (46%), tandis que l’emploi, qui avait bondi à la 3e place de ce classement en 2020, passe à la 5e, en baisse de 7 points sur un an (43%).

L'investissement responsable, un "standard" de l'offre des conseillers financiers

Le principal enseignement de cette nouvelle enquête reste sans doute la forte progression des produits d’investissement responsable parmi l’offre des professionnels, qui semblent désormais complètement intégrés dans le catalogue de leurs supports d’investissement, et non plus considérés comme "un simple effet de mode".

61% des conseillers proposent aujourd’hui des produits responsables à tous leurs clients, alors qu’ils n’étaient que 28% en 2019 à le faire. Par ailleurs, 42% se déclarent convaincus par la qualité des investissements responsables, un chiffre en progression de 12 points par rapport à l’année dernière !

Une offre multipliée par deux en 24 mois

Pour ces professionnels, la commercialisation de produits responsables est devenue plus aisée depuis la crise. D’un côté, la pandémie a donné un coup de fouet à la prise de conscience du grand public sur les enjeux de la transition énergétique. De l’autre, l’offre des fonds proposée par les sociétés de gestion a bondi à un rythme spectaculaire, portée par l’afflux de liquidités sur les marchés financiers et les opportunités des grands plans de relance.

En France, le nombre de fonds durables disponibles sur le marché a plus que doublé en l’espace de deux ans. Novethic en comptabilisait 1.111 en septembre 2021, contre seulement 531 en juin 2019. Du côté de la labellisation ISR, l’offre s’est aussi étoffée ces derniers mois, passée de 649 fonds ISR en juin 2021 à 895 au mois de janvier.

La marge de progression de l’investissement responsable auprès du grand public reste cependant encore forte. La majorité des épargnants français n’en disposent pas, et la thématique de l’IR reste loin d’être maîtrisée.

L'impact, une notion inconnue, mais un sujet incontournable

En atteste ainsi la notion d’investissement "à impact"*, dont 56% des sondés de l’enquête n’ont jamais entendu parler, et qui est à mettre en parallèle avec la demande forte des épargnants de disposer d’indicateurs de mesure d’impact environnemental de leurs placements et « d’informations concrètes et précises sur la dimension responsable des fonds se présentant comme tel », souligne le Baromètre.

L’opinion des épargnants rejoint celle des conseillers, dont 43% invoquent le manque de preuves de l’impact réel des produits d’IR comme principal frein à leur commercialisation.

« Le Baromètre 2021 montre que l’IR s’impose dans la sélection des produits au même titre que la performance. C’est par le biais de l’impact investing, plébiscité par les épargnants et les conseillers, qu’il devrait parvenir à véritablement se généraliser », souligne Arnaud Faller, directeur général délégué de CPR AM, en charge des investissements.

Un sujet sur lequel le gouvernement français planche d’ailleurs dans le cadre de ses travaux de réforme du label ISR, dont les résultats sont attendus dans le courant de l’année.

Trop généraliste, pas assez centré sur la finance à "impact" qui valorise les entreprises apporteuses de solutions concrètes aux défis du développement durable, le label doit « radicalement » évoluer, avait considéré l’Inspection générale des Finances dans un rapport remis l’année dernière sur le label, à défaut de s’exposer « à une perte inéluctable de crédibilité et de pertinence [en faisant] à l’épargnant une promesse confuse ».

*Investissement « réalisé avec l’intention de générer un retour positif, ayant un impact social et environnemental mesurable, tout en assurant un rendement financier ». Définition du Global Impact Investing Network.

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