ESG : les géants de l'assurance communiquent mieux que les mutualistes

Tendance Analyse 0

Une enquête des sociétés d'analyse financière Castom et Zielke Reseach Consult montre que les grands groupes du marché français de l'assurance sont plus transparents que les mutuelles en matière de performances extra-financières.

Business Wire

Une étude des société française et allemande, Castom et Zielke Research Consult, spécialistes de l’analyse financière de l’assurance, a établi un classement des meilleures entreprises du secteur en matière d’ESG (engagements environnementaux, sociétaux et de gouvernance).

Cette enquête, établie sur la base des données publiques communiquées en 2021 des 20 sociétés les plus importantes du marché français, montre que le niveau de maturité des performances extra-financières de l’assurance est globalement plus élevé au sein des grands groupes que des structures mutualistes.

Globalement, Castom et Zielke Research Consult relèvent « des efforts réels, immenses et tangibles [...] pour communiquer sur ses performances extra-financières », portés par une législation française mieux-disante par rapport aux normes européennes.

Une communication hétérogène

Dans un contexte de réglementation en pleine évolution, toutefois, l’enquête pointe des écueils en matière de communication de cette information extra-financière, en particulier parce qu’elle apparaît au sein d’une diversité de supports d’une entreprise à l’autre (rapports ESG, rapport environnement, communiqués de presse, information à destination du grand public…), et qu'elle reste difficile à comparer d'une société à l'autre, les indicateurs quantitatifs utilisés n’étant pas homogènes.

Castom et Zielke Research Consult se sont appuyés sur une méthodologie de notation ESG « maison », dont chacun des "trois piliers" (environnement, social et environnemental) représentent un tiers de la note, pour établir un palmarès des meilleurs élèves sur l’ensemble de ces trois critères et dans chacune de ces thématiques.

AG2R et CNP, bons élèves du tableau

Sur l’ensemble de ces critères, AG2R La Mondiale et CNP Assurances obtiennent la meilleure note du classement, devant Axa, HSBC et Aviva France. Les moins bons scores sont ceux de Groupama, Société Générale Assurances et Le Conservateur.

« Les grands groupes d’assurance cotés internationaux présentent généralement des scores supérieurs aux groupes d’assurance mutualistes nationaux. Ce constat pourrait paraître surprenant à première vue, étant donné que les organismes mutualistes ont par essence de fortes convictions en matière sociale et une gouvernance fondée sur des principes démocratiques. Cette observation s’explique en particulier par une transparence envers le public moindre que les multinationales de l’assurance », note l’étude.

Pour le pilier "Environnement", la palme des meilleurs élèves revient à Suravenir, Crédit Agricole Assurances et Axa, suivis de Generali France et Allianz France. En queue de classement, l’on retrouve Groupe des Assurances du Crédit Mutuel, Covéa et Le Conservateur.

Des émissions de CO2 pas toujours quantifiées

Sur le volet environnement en particulier, l’absence de quantification récente des émissions de gaz à effet de serre par scope, de précision sur la consommation d’électricité d’origine renouvelable, ou le manque d’informations concrètes sur des éventuels investissements à impact ont pénalisé une partie des entreprises dans la notation.

En ce qui concerne le volet social, le marché « affiche des différences significatives entre acteurs ». Les entreprises recueillant les meilleurs scores présentent généralement des excellents index de l’égalité professionnelle ainsi que des taux d’emploi de personnes en situation de handicap supérieurs à la moyenne du marché. AG2R et CNP se distinguent encore une fois, et occupent respectivement les deux premières places. HSBC, Covéa et Aviva France se hissent de la 3e à la 5e place. A l'opposé, les deux dernières places sont occupées par Société Générale et Le Conservateur.

Gouvernance : peu de critères d'évaluation

Enfin, sur les critères de gouvernance, les disparités sont moins fortes. Huit sociétés arrivent en tête à égalité, les autres au même niveau à la place neuf. Le nombre de critères d’évaluation de la gouvernance étant faible, de nombreux groupes d’assurance présentent en conséquence des scores identiques. Le principal critère discriminant réside dans l’appréciation du niveau de transparence du rapport sur la solvabilité et la situation financière (SFCR).

Romaric Chalendard, président de Castom, reconnaît que l’évolution de la réglementation française et l’empilement de normes a pour conséquence d’avantager les grands groupes dans le classement, dans la mesure où la méthodologie ESG de l’enquête accorde une part très importante au critère de transparence des performances extra-financières.

In fine, les notes obtenues par les sociétés mutualistes, par exemple, qui se situent plutôt en milieu de tableau, ne signifient pas forcément que leurs engagements ESG sont insuffisants ou inférieurs à des sociétés apparaissant plus haut dans le classement.

Avec l’évolution de la réglementation européenne, les entreprises du secteur devraient par ailleurs progresser sur le plan de la communication. Pour Castom et Zielke Research Consult, toutefois, la transparence et l’accès à l’information des données ESG sont fondamentaux.

« C’est un choix assumé », explique ce professionnel de l’analyse financière, « nous souhaitions nous mettre à la place du grand public, de l’information mise à sa disposition sur ces thématiques essentielles, incontournables mais souvent complexes à décrypter ».

Des efforts à fournir dans le contenu des rapports ESG

Les auteurs de l’étude suggèrent plusieurs propositions aux groupes d’assurances pour palier à cet écueil, comme la production d’un rapport ESG unique « rassemblant l’ensemble des exigences réglementaires actuelles et futures », ou encore l’indication, chaque année « de la température implicite de leurs portefeuilles d’investissements en se fondant sur des méthodologies identiques ».

« Selon nous et d’un point de vue de la transparence auprès du grand public, cet indicateur devrait être privilégié à celui portant sur les variations d’émissions de gaz à effets de serre », considère Romaric Chalendard. « Il est très simple et facile à comprendre. Avec celui des émissions de CO2, on ne sait pas d’où l’on part. Les sociétés indiquent des pourcentages de baisse sans préciser par ailleurs d’où elles partent, cela n’a pas beaucoup de sens ».

Aux yeux de l’actuaire, les groupes doivent passer d’une « vision de bilan » de leurs performances ESG – « qui ne donne finalement qu’une photographie à un instant T » - à une « vision compte de résultat », offrant une comparaison d’une année à l’autre et des objectifs à atteindre. Certains acteurs du marché ont déjà adopté de telles méthodologies, « mais ce n’est pas généralisé », regrette-t-il.

Commentaires