Début d’année éclatant pour l’assurance vie, quid des effets de la guerre en Ukraine ?

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En janvier, la collecte de l'assurance vie a performé à son plus haut niveau depuis avril 2019, essentiellement en placements risqués. Mais le conflit russo-ukrainien rend la suite de l'année bien difficile à anticiper.

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Les placements en assurance vie ont démarré l’année 2021 sur les chapeaux de roues. Pour la première fois depuis avril 2019, la collecte nette de ces contrats (dépôts moins retraits) a passé le cap des 3 milliards d’euros au mois de janvier.

En hausse de 300 millions d’euros par rapport à décembre, cette collecte repose essentiellement sur les unités de comptes, qui ont drainé 3,8 milliards d’euros nets tandis que les fonds en euros ont enregistré pour leur part une baisse nette de 800 millions d’euros.

L’ensemble des cotisations en assurance vie pour les quatre premières semaines de l’année 2022 s’établit ainsi à 13,8 milliards d’euros (+0,3 milliard d’euros par rapport à janvier 2021), portant l’encours total des contrats d’assurance vie à 1.871 milliards d’euros à fin janvier, en croissance de 4,3% sur un an.

Marqué par la communication des performances annuelles des contrats, et par le versement d’une partie des crédits d’impôt, le mois de janvier a été propice à une épargne élevée, essentiellement orientée vers des supports risqués.

Bonne tenue des PER

Les placements retraite ont aussi été un important moteur de la progression de la collecte : les cotisations versées sur les Plan d’épargne retraite (PER), en hausse de 72% par rapport à la même période l’année dernière, ont atteint 568 millions d’euros, et 461 millions d’euros en collecte nette.

France Assureurs (ex-Fédération française de l’assurance) rapporte que 70.000 personnes ont souscrit un nouveau plan auprès d’une entreprise d’assurance sur cette période, et que 99.000 épargnants ont par ailleurs transféré d’anciens contrats vers un PER (avec 1.721 millions d’euros versés sur le mois).

Au total, à fin janvier 2022, 2,8 millions d’assurés détiennent un PER via une société d’assurance pour un encours de 31,2 milliards d’euros.

Reste à savoir, au vu du nouveau contexte géopolitique, comment l’assurance vie traversera le reste de l’année… Dimanche dernier, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, et hier soir, le président de la République, dans son allocution aux Français, ont déjà prévenu que l’invasion russe en Ukraine aura des impacts certains sur la croissance nationale et le budget des ménages.

Dans un contexte d’inflation galopante, et avec l’explosion du prix du pétrole, des autres matières premières et denrées agricoles, le pouvoir d’achat des Français, déjà mis à mal, va davantage s’amenuiser. Les craintes d’une escalade du conflit – inédit en Europe depuis la fin de la 2e guerre mondiale - ne seront pas non plus sans conséquence sur le niveau de confiance des ménages, et in fine sur leurs réflexes d’épargne.

Une exposition des assureurs limitée aux actifs russes

Une semaine après le début de l’invasion russe en Ukraine, la filière française de l’assurance a déjà mis en œuvre les sanctions et gels d’avoirs décidés au niveau de l’Union européenne, des Etats-Unis et du Royaume-Uni, assure Franck Le Vallois, directeur général de France Assureurs.

« Les impacts de cette crise pour les assureurs sont limités : l’exposition des assureurs français aux actifs russes et ukrainiens reste très très limitée puisque celle-ci est inférieure à 0,03% de l’ensemble de leurs placements », précise-t-il.

Quant à ses conséquences sur la collecte de l’assurance-vie, celles-ci restent pour l’heure difficiles à anticiper. « Le contexte géopolitique peut avoir des effets sur l’ensemble de l’économie que l’on ne peut pas totalement mesurer », concède Franck Le Vallois, qui rappelle que « l’assurance vie pour les épargnants français représente un amortisseur des différents effets qu’une crise peut avoir ».

Placement de long terme – de douze ans en moyenne selon les chiffres de France Assureurs – l’assurance vie a en effet l’avantage de proposer des supports diversifiés, plus ou moins risqués, ce qui lui a permis de faire preuve de résilience pendant les périodes de turbulences économiques.

Mais elle n’est pas à l’abri des déconvenues au plus fort de la tempête. Ces contrats, dont sont aujourd’hui titulaires 18 millions de Français, avaient souffert en 2020 de la crise sanitaire. Avec les « confinements qui ont pu empêcher les réseaux commerciaux des assureurs de fonctionner normalement », elle avait subi une décollecte inédite de 6,5 Md€.

Avec la reprise observée l’année dernière, les turbulences de l’assurance vie semblaient il y a quelques semaines encore un chapitre clos. Quant à la poursuite de la progression des unités de comptes – poche plus rémunératrice que les fonds en euros, mais au capital non garanti – elle paraissait acquise : depuis plusieurs années déjà, la baisse des rendements des obligations publiques fait gagner du terrain aux UC. Les organismes d’assurance orientent de plus en plus leurs offres commerciales vers ces placements, qui leur assurent de nouveaux relais de croissance et servent de meilleures performances à leurs assurés.

D'une crise à l'autre

La crise sanitaire, qui a porté au plancher les taux d’intérêt directeurs des banques centrales, a d’ailleurs accentué cette tendance. Mais 2022 – qui marque donc une autre crise - pourrait porter un coup d’arrêt à la croissance des UC, au moins momentanément.

Interrogé sur les perspectives d’allocation d’actifs des assurés dans les mois à venir, Franck Le Vallois reconnaît qu’elles sont pour l’heure difficiles à anticiper. « Les assurés ne doivent pas regarder la volatilité à court terme mais plutôt les perspectives de long terme, en cohérence avec la durée moyenne des contrats d’assurance vie », rappelle-t-il. Dans la mesure du possible, faire le dos rond en dépit du retour de l'aversion au risque des marchés financiers.

Le conflit aura assurément un impact sur le niveau et l’orientation de l’épargne des ménages, dont on peut gager qu’elle sera plus prudente, dans un contexte de guerre, de volatilité et de chute des marchés…

Sans compter qu’avec la normalisation progressive des politiques monétaires des banques centrales (qui pourrait toutefois être moins rapide que prévu), les taux obligataires sont voués à reprendre des couleurs et permettre aux fonds en euros de maintenir, voire d’accroître leurs performances par rapport à l’année dernière. De quoi les rendre davantage attrayants que ces dernières années...

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