Assurance-vie : quel avenir pour les fonds en euros ?

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Les rendements servis sont de plus en plus déconnectés des taux obligataires, provoquant l’inquiétude de nombreux experts…

Reuters

2,27%. C’est le rendement moyen servi par l’assurance-vie en euros en 2015 d’après une publication récente de l’ACPR. Alors que les taux de marché n’ont cessé de reculer l’an dernier, force est d’ailleurs de constater que les performances de l’assurance-vie ont-elles aussi été en repli (de 0,27 point par rapport à 2014).

Les données de l’ACPR monte de surcroît que seul 70% du marché (en termes d’encours) a offert plus de 2% en 2015. La proportion était encore de 84% en 2014 et proche de 100% en 2013.

A première vue, les assureurs ont donc joué la carte de la modération, comme l’a souhaité à de nombreuses reprises la Banque de France. Ceci étant, la situation est loin d’être rassurante.

Des rendements déconnectés de la situation sur les marchés

Pour un grand nombre d’observateurs, les rendements offerts demeurent encore trop élevés et déconnectés de la réalité des marchés. Les chiffres de l’ACPR le prouvent. Jusqu’en 2011, le rendement des fonds en euros et celui des OAT à 10 ans ont évolué peu ou prou de concert. Mais depuis cette date, les courbes se sont écartées.

Entre 2011 et 2015, le rendement des emprunts français a chuté de près de 2,5 points (de 3,32% à 0,85%), tandis que celui de l’assurance-vie en euros n’a reculé « que » de 0,75 point. Conséquence, alors que les performances de l’assurance-vie collaient auparavant à celles des OAT, l’assurance-vie en euros offre désormais une prime de 1,4 point.

Cela peut sembler abstrait mais il faut savoir que les assureurs placent l’argent des assurés essentiellement dans des emprunts obligataires. Avec des emprunts d’Etat autour de 0,65% début 2016, il paraît donc difficile d’envisager un maintien des scores de l’assurance-vie.

Un équilibre instable

« Cette divergence est encore permise par la présence dans le portefeuille des assureurs d’obligations acquises dans le passé à des taux plus élevés », note l’ACPR. Les assureurs ont aussi des réserves pouvant être mobilisées pour lisser les performances.

Il n’empêche que les craintes pour l’avenir sont bien réelles car ces titres à rendement élevés arrivent peu à peu à échéance et sont progressivement remplacés par des obligations à des taux symboliques (d’autant que la collecte à placer reste élevée).

Des scénarios à risque

Dans ce contexte, tous les scénarios ou presque apparaissent risqués. En cas de maintien des taux bas, les assureurs pourraient se retrouver dans quelques années avec des portefeuilles rapportant moins de 1%, voire 0,5% (avant frais de gestion). Les taux servis aux assurés devraient alors être ajustés en conséquence.

Une remontée rapide des taux serait encore plus dangereuse. Attirés par les rendements prometteurs offerts ailleurs, les assurés seraient à coup sûr tentés de sortir massivement de l’assurance-vie en euros. Pour faire face, les assureurs devraient alors brader les actifs en portefeuille, avec de lourdes pertes à la clé. Cette hypothèse est d’ailleurs prise très au sérieux puisque le gouvernement envisage dans le projet de loi Sapin 2 d’autoriser le blocage temporaire des rachats, en cas de besoin.

Peu d’alternatives

Finalement, comme le remarque un expert, « le scénario le moins catastrophique serait celui d’un maintien des taux bas pendant quelques temps suivi d’une remontée très graduelle des taux ». En tout cas, certains n’hésitent pas à dire que c’est le modèle même du fonds en euros (avec sa garantie offerte à tout moment) qui est remis en cause dans la situation actuelle.

Certains suggèrent déjà de minorer cette garantie, voire de ne l’offrir qu’à terme (comme avec les fonds euro-croissance). Mais il ne sera pas facile de trouver une alternative sachant que les fonds en euros représentent actuellement un stock d’épargne de plus de 1.350 milliards d’euros…

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