Assurance vie : la crise profite aux unités de compte

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Entre les rendements catas des fonds en euros et la remontada des indices, les UC des contrats d'assurance vie ont vu leur cote grandir avec la crise. Leur commercialisation agressive n'a pas échappé aux autorités financières.

Reuters

La chute des rendements obligataires avec la crise sanitaire a continué de porter une tendance de fond de l’assurance vie. Initiée depuis plusieurs années déjà, la réorientation des offres commerciales en faveur des unités de compte au détriment des fonds en euros s’est accentuée l’année dernière.

Ce phénomène est rapporté par le pôle conjoint de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et de l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) dans son compte-rendu d'activité annuel rendu public le 16 juin.

Dans le cadre de sa veille des communications publicitaires, l’ACPR note en 2020 une « incitation toujours plus forte à la diversification » relative à ces placements, caractérisée par deux phénomènes : l’apparition de nouveaux produits composés intégralement d’unités de compte (comme les supports lancés par Corum, par exemple), et la « persistance d’offres promotionnelles dont le bénéfice est soumis à une condition d’investissement d’unités de compte ».

Primes et réductions

L’autorité a ainsi constaté que 90% des offres de primes financières étaient soumises à une telle condition en 2020, tandis que la part des offres de réduction ou de gratuité temporaire des frais impliquant de tels versement est passée de 60% à plus de 90% entre les deux semestres.

Cette agressivité commerciale en vue de promouvoir ces produits davantage risqués n’est pas une surprise. L’année dernière, « les assureurs vie ont enregistré des résultats comptables honorables », mais « les taux négatifs ont impacté significativement leurs ratios de solvabilité réglementaire », rapportait en avril une note de Romaric Chalendard, actuaire et président-fondateur de Castom, cabinet d’analyse financière spécialisé dans les assurances.

Chute des taux et ratios de solvabilité

Avec des contrats aux rendements garantis, devenus supérieurs aux taux d’emprunt d’Etats passés en territoire négatif (l’OAT dix ans s’établissait à -0,34% au 31/12/20), le coût de leurs provisions a encore augmenté et creusé leurs fonds propres réglementaires ("Solvabilité II"), relevait l’analyste.

Dans ces conditions, la priorité business des assureurs fut donc de mettre l’accent sur des produits financiers moins gourmands en réserves et plus rémunérateurs – les unités de compte - mais aussi de tenter de solder les vieux contrats de complémentaire retraite aux taux garantis de leurs clients, en proposant de les transférer vers des PER.

Rallye boursier

La reprise rapide des marchés boursiers, vite transformée en un Santa Rally de plusieurs semaines, leur a donné du vent dans le dos. Le delta de performance entre les fonds en euros et les UC aura été particulièrement attractif en 2020. Exemple comparatif parmi d’autres, les fonds d’actions internationales ont affiché un rendement moyen de 8,5% en 2020, là où les fonds en euros ont planché à 1,3%.

Et en dépit d’une décollecte annuelle de 6,5 milliards d’euros l’année dernière, la part des unités de compte dans les cotisations de l’assurance vie a progressé de six points de pourcentage par rapport à 2019, passée de 28% à 34% du montant des encours (40,1 milliards d’euros).

Dans ce contexte, les autorités financières notent que les communications commerciales mettant en avant ces produits n’ont pas toujours respecté les conditions de la présentation d’un choix éclairé pour les consommateurs, leur permettant d’en mesurer tous les risques.

Des manquements "fréquents"

Lors de ses contrôles en 2020, l’ACPR a continué « à relever des insuffisances dans l’application de la réglementation concernant le devoir de conseil », soulignant en la matière un décalage de perception entre les intermédiaires d’assurance et les clients finaux : « il ressort des contrôles effectués que le conseil délivré au client n’est pas suffisamment formalisé, les motivations justifiant le caractère approprié du contrat proposé au client n’étant pas toujours présentées par des explications adaptées à la complexité du produit et au niveau de connaissances et d’expérience du client », souligne le rapport annuel.

Le manque "fréquent" d’informations précontractuelles est notamment pointé du doigt : les documents d’"informations clés" ne sont pas toujours remis en amont et les éléments relatifs aux frais des contrats fournis sont incomplets.

La vigilance de l’AMF et de l’ACPR sur la commercialisation des contrats d’assurance vie reste de mise en 2021, alors que l’appétit des investisseurs pour les supports en unités de compte reste vif (lire encadré) et que les sociétés d’assurance, qui doivent toujours composer avec de faibles rendements obligataires, devraient poursuivre leurs efforts pour accroître la part de ces véhicules dans les contrats de leurs clients.

Chez les CGP, les unités de compte sont numéro 1

D’après une étude menée par le courtier Nortia, l’attrait des épargnants pour les unités de compte a été très net au début de l’année 2021. La collecte et les mouvements d’arbitrages observés auprès d’un millier de conseils en gestion de patrimoine au 1er trimestre montrent que les UC restent – de loin – les supports les plus sollicités (59% de la collecte), devant l’immobilier (16%) et les produits structurés (7%).

« Les UC à dominantes actions occupent une place prépondérante dans les allocations avec une part qui atteint les 33% et un grand intérêt de la part des CGP pour les marchés émergents, essentiellement Asie et Chine, et les UC thématiques notamment celles orientées ISR », indique Nortia.

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