Un été au ralenti pour l'assurance vie

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Après une collecte positive mais modeste en juin, l'assurance vie enregistre un mois de juillet à peu près similaire. Attentistes, les épargnants ont placé 800 millions d'euros net de retrait sur ces contrats.

Reuters

L’épargne en assurance vie a continué de progresser au mois de juillet, mais de façon modeste. D’après les chiffres de France Assureurs, la Fédération française de l'assurance, dévoilés ce lundi 5 septembre, la collecte nette sur ces produits est ressortie à +800 millions d’euros (+2,5Md€ en unités de compte, et -1,7 M€ pour les fonds en euros) après +600 millions enregistrés au mois de juin.

Bien que positive, cette collecte reste bien inférieure à la tendance saisonnière que connaissent ces contrats depuis plusieurs années. Pour Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Epargne, « le résultat de ce mois de juillet est même une contreperformance, car hors années spéciales comme 2012, 2020 ou 2021, la collecte du septième mois de l’année dépasse, en règle générale les 2 milliards d’euros. Elle avait ainsi atteint 2,3 milliards d’euros en juillet 2020 et 1,4 milliard d’euros en juillet 2021 », rappelle-t-il.

Dans un contexte relativement anxiogène pour les épargnants (inflation, baisse des indices boursiers) et avec des livrets A plus rémunérateurs (passés à 2% au mois d’août), l'assurance vie n'est pas complètement délaissée, mais les scores enregistrés traduisent un certain attentisme.

41% de collecte nette en unités de compte

La tendance depuis le début de l’année reste d'ailleurs positive, puisqu’avec 12,9 milliards d’euros de collecte nette sur la période janvier-juillet, ces contrats enregistrent leur meilleure performance depuis plus de dix ans. Une bonne tenue qu'ils doivent en particulier aux unités de compte (UC), qui résistent malgré la baisse des marchés financiers.

Les fonds en euros représentent toujours la majorité des encours de l’assurance vie, mais les efforts de commercialisation des distributeurs ainsi que la faiblesse des taux obligataires profitent toujours davantage aux UC, qui ont représenté 41% de la collecte à fin juillet.

Avec la remontée des taux d’intérêt, qui devrait se poursuivre les prochains mois, on peut se demander si les fonds en euros pourraient retrouver un peu d'attrait ces prochains mois.

Leur rémunération, en particulier, est promise à augmenter en 2022 après deux années de disette, considèrent les analystes. Celle-ci devrait a priori s’aligner avec celle actuelle du livret A qui, avec ses 2% de rendement depuis le mois d’août, sans doute porté à plus de 3% dans quelques mois, pourrait leur faire de l’ombre, les fonds en euros n'ayant distribué que 1,6% en moyenne en 2021.

La concurrence du livret A

Du côté de la profession des assureurs, on ne se déclare pas officiellement inquiet de la concurrence des livrets. « Le livret A et l’assurance vie ne sont pas des produits d’épargne comparables […] et ils ne sont pas souscrits pour les mêmes objectifs. Je ne pense pas qu’il y ait une cannibalisation de l’un par l’autre, considère Franck Levallois, directeur général de France Assureurs. On l’a vu en février [lorsque le taux du livret A est passé de 0,5% à 1%] : nous n’avons pas observé d’impact sur la collecte de l’assurance vie », explique-t-il.

Seulement voilà : contrairement au mois de février, le taux du livret A est aujourd’hui supérieur à beaucoup de fonds en euros sur le marché, une première historique.

Moins de nouveaux contrats ?

De façon générale, les professionnels ne s’attendent pas à observer de décollecte du fonds en euros au profit de l’épargne réglementée. Que les titulaires des contrats d’assurance vie effectuent des arbitrages entre les deux, le scénario apparaît peu probable : l’assurance vie est un placement de long terme, qui offre une fiscalité attrayante en matière de succession, et qui est aussi souvent utilisé comme un complément de retraite.

En comparaison, le livret A fait principalement office d’épargne de précaution, voire de second compte courant en raison de sa liquidité. Pour les titulaires des contrats d'assurance vie, la faiblesse du rendement des fonds en euros les invite plutôt à alimenter leur poche en UC, plus risquée, mais plus rémunératrice.

Si la rémunération de l’épargne réglementée reste supérieure à celle du fonds en euros pendant plusieurs mois, elle pourrait quand même faire de l’ombre aux assureurs en ce qui concerne les nouveaux contrats. Dans une période anxiogène (guerre en Ukraine, inflation) propice à l'épargne de précaution, les ménages disposant de liquidités inférieures à 35.000€ en particulier (le plafond cumulé du livret A et du livret de développement durable, dont la rémunération est identique, atteint 34.500€) pourraient dans ces conditions préférer de continuer à alimenter ces supports plutôt que d'ouvrir une assurance vie…

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