Sofica : le rapport Boutonnat confirme leur très faible rentabilité

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Il évalue leur rendement annuel moyen à moins de 2%, avantage fiscal inclus. Pour autant, il semble difficile de trouver des pistes d’amélioration pour ces fonds de soutien au cinéma.

Est-il intéressant d’investir dans les Sofica ? La publication du rapport Boutonnat sur le financement du cinéma a été l’occasion de revenir sur cette question.

Une réduction d’impôt alléchante

Rappelons en préambule que les Sofica sont des structures d’investissement dans le cinéma ouvertes au public. Chaque année un peu plus de 60 millions d’euros sont levés par ce biais. Pour l’investisseur, les Sofica proposent un argument choc : une réduction d’impôt de 48% depuis 2017. Autrement dit, pour 10.000 euros investis, il est possible de réduire son impôt de 4.800 euros.

Autre avantage, la dépense est prise en compte dans la limite de 18.000 euros (ou 25% des revenus du foyer). Un plafond qui laisse de la marge.

Un bilan global moins séduisant

Pour autant, il convient de garder la tête froide, car les performances globales sont rarement mirobolantes. Le rapport Boutonnat vient de le rappeler. Selon ce document, pour les investissements réalisés entre 2002 et 2011, les Sofica ont récupéré en moyenne 82% de leur mise. En résumé, elles financent des projets à perte. Le retour à l’investisseur est donc faible d’autant qu’en moyenne les Sofica prélèvent 19% de frais de gestion.

Du point de vue de l’investisseur, cela donne le schéma-type suivant. Pour 100 euros investis, la Sofica prélève 19 euros de frais de gestion et réinvestit 81 euros. In fine, la Sofica récupère 82% de sa mise, soit 66 euros.

Ainsi, le retour à l’investisseur est largement inférieur à sa mise de départ et c’est uniquement grâce à l’avantage fiscal qu’il peut espérer un rendement positif.

Sur la période 2005-2010, le rapport Boutonnat estime par exemple à 1,9% le rendement annuel moyen des Sofica (avantage fiscal inclus). Un chiffre relativement faible pour un investissement qui suppose un engagement moyen de 6,7 années et qui comporte un risque élevé. De fait, malgré leur avantage fiscal confortable, un peu plus de 10% des Sofica aboutissent à un rendement négatif, d’après le rapport.

Moins qu’un fonds en euros dans 40% des cas

Ces données confirment notre propre analyse réalisée l’an passé sur les Sofica liquidées entre 2013 et 2017. Ce travail avait fait ressortir un taux de remboursement moyen de 63% pour l’investisseur et un rendement annuel moyen de seulement 2,8% avantage fiscal inclus. De surcroît, 3 des 20 Sofica analysées affichaient un rendement négatif.

Au vu des résultats, nous nous étions d’ailleurs posé la question de l’intérêt d’investir dans les Sofica (du strict point de vue financier). Une autre de nos analyses avait en effet montré que 4 Sofica sur 10 avaient fait moins bien que le marché (bien plus sécurisé) de l’assurance-vie en euros.

Pas de changement à court terme

La publication du rapport Boutonnat était donc l’occasion de remettre sur la table le cas des Sofica. Si le document suggère de maintenir une carotte fiscale pour le soutien à la production audiovisuelle, il prouve aussi combien il est difficile de trouver une solution d’équilibre satisfaisante pour ces investissements intrinsèquement déficitaires.

Pour la mission, le salut pourrait passer par une réduction d’impôt ramenée à 30%. A dépense fiscale égale pour l’Etat (environ 30 millions d’euros), cela permettrait de conserver un taux attractif pour les souscripteurs et de porter la collecte à 90 millions d’euros. Les capacités d’investissement seraient ainsi améliorées au bénéfice des performances.

Afin d’offrir un rendement intéressant à l’investisseur, le rapport ajoute qu’une telle réforme nécessiterait en retour deux conditions : alléger les contraintes d’investissement des Sofica pour qu’elles soient en mesure de viser des œuvres plus rentables et assouplir leurs conditions de gestion pour faire baisser le niveau de leurs frais.

En tout cas, il ne faut rien attendre à courte échéance. Le rapport évoque un délai nécessaire de 3 à 5 ans pour mettre en œuvre des réformes et dans l’intervalle, il préconise que « le dispositif des Sofica soit maintenu en l’état ».

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