Où les Français ont-ils placé leur argent en 2022 ?

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Indice : principalement sur des placements liquides, rémunérés à 2%.

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Entre inflation galopante, remontée des taux d’intérêt et décrochage des indices boursiers, comment le comportement des épargnants à l’égard des placements a-t-il évolué cette année ? L’Autorité des marchés financiers (AMF) s’est penchée sur le sujet via une enquête annuelle réalisée par Audirep auprès d’un panel représentatif de la population française. En voici les trois principaux enseignements.

Avec l’inflation, les Français ont-ils réussi à épargner autant cette année ?

Si la part des épargnants ayant mis de l’argent de côté au moins une fois ces douze derniers mois est demeurée stable par rapport à 2021 (76%), celle des Français ayant également aussi puisé au moins une fois dans leur bas de laine a grimpé de huit points, passée de 51% l’année dernière à 58% cette année. Quant à ceux n'ayant ni épargné, ni utilisé leur argent placé, la part reste pratiquement stable à 10%.

Le baromètre de l'AMF montre un comportement paradoxal : les Français ont à la fois d'épargné et dépensé. Seulement un tiers des sondés ont uniquement placé de l'argent, sans toucher par ailleurs à leurs économies, et une minorité (13%) n'ont fait que retirer de l'argent de leur épargne (13%).

Un résultat qui illustre bien la réalité de beaucoup de ménages en cette période de crise qui tentent autant que faire se peut de continuer d’épargner face aux incertitudes économiques (l’indicateur de confiance des ménages relevé par l’AMF est tombé de 10 points, à 24%), mais avec un pouvoir d’achat rogné par la hausse générale des prix (l'inflation a fait perdre en moyenne 720€ aux ménages français entre janvier 2021 et juin 2022, d’après des estimations de l’Insee), de plus en plus ont été contraints à un moment où un autre de recourir à leur épargne, que ce soit pour boucler leurs fins de mois, leurs projets ou couvrir des dépenses imprévues.

La capacité à épargner régulièrement illustre aussi ces difficultés : de façon générale, la proportion de Français déclarant épargner occasionnellement reste stable par rapport à 2021 (46%), mais les sondés ne sont plus que 32% à déclarer mettre de l’argent de côté régulièrement, contre 39% l’année dernière.

Les montants épargnés par mois sont inférieurs à 199€ dans 58% des cas, et de 200€ à 499€ dans 24% des cas. La visibilité de la capacité d’épargne est aussi moins forte puisque 9% des sondés n’ont pas d’idée précise du niveau de leur épargne mensuelle, soit trois fois plus que l’année dernière.

Où les Français ont-ils placé leur argent en 2022 ?

Placements favoris des Français cette année, et de très loin : les livrets A ! 88% des sondés ayant mis de l’argent de côté cette année ont en effet déposé tout ou partie de leurs économies sur leurs livrets d’épargne réglementés. Si ces placements très liquides et au capital garanti sont choyés lorsque le contexte économique est morose, ils auront surtout profité à plein régime d’un "effet taux" cette année. Boosté par l’inflation, le taux des livrets A et livrets de développement durable et solidaire (LDD), qui plafonnait encore à 0,5% en janvier 2022, a depuis été multiplié par quatre, passé à 1% en février, puis à 2% en août.

Deuxième place au palmarès des "placements" les plus utilisés : les compte courants, que la majorité des Français utilisent comme supports d’épargne en dépit de l’absence de toute rémunération, ont été utilisés par 50% des sondés ayant mis de l’argent de côté.

Ce mode d’utilisation du compte courant est très répandu chez tous les profils d’épargnants, quel que soit leur âge et la surface de leur patrimoine financier, mais il est davantage marqué chez les jeunes (18-34 ans, 60%), qui possèdent d’un nombre plus limité de supports d’épargne que leurs aînés.

Suivent ensuite « les placements garantis dans le cadre de l’assurance vie ou l’épargne » (32%), soit les fonds en euros, enveloppe des contrats d’assurance vie, de capitalisation ou de PER dont le capital est garanti, mais dont la rémunération a été en moyenne inférieure à celle de l’épargne réglementée (sur la base du rendement de 2021).

Enfin, 17% déclarent avoir placé leur épargne en bourse (42% en assurance vie, 38% en PEA, 32% en comptes-titres, 28% en épargne salariale, 24% en PER…), 8% dans l’immobilier et 15% dans d’autres formes d’investissement.

Quelles sont les projections d’épargne des Français en 2023 ?

Les projections d’inflation promettent encore une baisse du pouvoir d’achat des Français l’année prochaine, avec un pic attendu au premier semestre 2023, selon les projections de la Banque de France. Et dans ce contexte, beaucoup moins de Français prévoient de mettre de l’argent de côté dans les douze prochains mois.

Le ralentissement est notoire : d’après le baromètre de l’AMF, en 2023, ces intentions d’épargne chutent à 58% (contre 76% en 2022). Dans la moitié des cas, ces intentions seront de placer un montant au moins équivalent à 2022, mais pour un tiers, ce sera moins.

Mais place aussi à la prudence du côté des dépenses : les Français sont aussi moins nombreux à envisager de puiser dans leurs économies l’année à venir qu’en 2022 : 40% le prévoient, 17% dépenseront davantage, 15% tout autant et 7% seulement un peu moins. Un tiers n’anticipent pas de toucher à leur bas de laine en 2023. Et dans ce contexte d’incertitude, 28% ne savent pas encore ce qu’ils feront…

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