Octobre rouge pour l'assurance vie

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Stagnante depuis plusieurs mois, la collecte nette des contrats d'assurance vie est ressortie négative en octobre. Les flux placés sur les fonds en euros ont continué de reculer.

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Octobre n’est traditionnellement pas une période propice à l’épargne des ménages et 2022 n’aura pas fait figure d’exception, ni pour le Livret A, ni pour l’assurance vie, enregistre sur ce mois une collecte négative - une première depuis dix ans.

Ralentissement des cotisations

Selon les données de France Assureurs, la collecte nette en assurance vie est ressortie à -0,3 milliard d’euros en octobre 2022, du fait d’un ralentissement des cotisations. A 11,5 milliards d’euros, elles ont même enregistré une baisse de 1,5 milliard d’euros par rapport à la même période l’année dernière. Les prestations se sont pour leur part élevées à 11,8 milliards d’euros, en hausse de +1,3 milliard d’euros par rapport à octobre 2021.

Sur les dix premiers mois de l’année, les contrats d’assurance vie ont collecté en net 12,3 milliards d’euros, représentant une baisse de 5,4 milliards d’euros comparé à 2021. Si les supports en unités de compte ont gagné un peu de terrain (+29,4 Md€, soit +0,4Md€ par rapport à la même période en 2021), les fonds en euros ont continué de perdre du terrain, en baisse de 17,1 milliards d’euros, soit 5,8 milliards de moins que lors des dix premiers mois de l’année 2021.

L'inflation a certainement participé au ralentissement des flux placés sur cette épargne, une tendance observée depuis la fin du printemps, mais le calage est particulièrement marqué depuis la hausse du rendement du livret A, en août, et dont la collecte a pour sa part explosé ces deux derniers mois. Passé à 2%, et promis à être encore augmenté en février 2023, son taux est désormais supérieur à celui des fonds en euros.

Le contexte macro rend les épargnants attentistes

De fait, depuis la fin du 1er semestre, les supports en assurance vie stagnent, oscillant selon les mois entre collectes positive et négative. « La période actuelle d’incertitudes et la dégradation du climat des affaires génèrent des inquiétudes et un attentisme de la part des épargnants. C’est bien ce que reflètent les chiffres de ces quatre derniers mois », observe Franck Le Vallois, directeur général de France Assureurs. Pour autant, l’assurance vie reste un produit d’épargne attractif. Et il serait erroné d’y interpréter l’arrivée à un point d’inflexion ».

Dans cette période particulière, la décollecte a d’abord concerné les fonds en euros. « La faiblesse du rendement des fonds euros qui est désormais inférieur, en moyenne, à celui du Livret A et la volatilité des marchés boursiers dissuadent les ménages d’effectuer des versements sur leurs contrats. Par ailleurs, en période d’inflation, les livrets d’épargne de précaution sont traditionnellement privilégiés », décrypte pour sa part Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Epargne.

De fait, la décollecte sur les fonds en euros n'a rien d'inédit : c'est une tendance que le marché observe depuis plusieurs années. Entre 2021 et 2022, la répartition des cotisations entre unités de compte et fonds en euros est d'ailleurs stable, à 39%/61%.

« La décollecte des fonds en euros reflète avant tout une diversification de l’épargne des Français au profit des UC, un rééquilibrage, alors que les fonds en euros représentent toujours la majorité des encours placés sur les contrats d’assurance vie », souligne Franck Le Vallois.

De meilleurs rendements attendus pour les fonds en euros

Surtout que ces placements pourraient reprendre un peu de souffle : les prochains mois pourront être davantage favorables aux fonds en euros, dont les rendements devraient, in fine, remonter avec la hausse des taux d’intérêts obligataires. Pour qu'ils gagnent en attractivité, les spécialistes s’attendent ainsi à ce que beaucoup d'assureurs alignent au moins la performance de leurs fonds en euros en 2022 sur ceux de l’épargne réglementée (à 2% actuellement).

« L’assurance vie devrait poursuivre son surplace jusqu’à la fin de l’année en raison des incertitudes économique et dans l’attente des communications des rendements sur les fonds euros (entre fin décembre et fin janvier), estime Philippe Crevel. Une hausse des taux de rendement est attendue grâce à une mobilisation des réserves des assureurs. Le taux moyen des fonds euros devrait se situer autour de 1,8 % - 2 % », avance-t-il.

Le PER poursuit sa progression

Du côté des Plan d’épargne retraite, en revanche, la collecte reste plutôt au beau fixe, favorisée par un effet de saisonnalité, les ménages effectuant des versements en fin d’année afin de pouvoir bénéficier d’un allégement fiscal en 2023, mais aussi par « le débat sur les retraites qui est par nature anxiogène, analyse Philippe Crevel. Une large majorité de Français craint une forte baisse du pouvoir d’achat au moment du passage à la retraite. Selon un sondage du Cercle de l’Épargne d’avril 2022, 72 % estiment que leurs pensions seront insuffisantes pour vivre correctement à la retraite. »

En net, la collecte des PER est ressortie positive à +628 millions d’euros en octobre. Sur cette période, les cotisations sur un PER assurantiel ont atteint 762 millions d’euros, en progression de 55 % comparé au même mois de l’année dernière. Et depuis le début de l’année, elles s’élèvent à 5,7 milliards d’euros, en hausse de 38 % par rapport à 2021 sur la même période.

Sur le mois d’octobre 2022, 65.400 nouveaux assurés ont souscrit un PER auprès d’une entreprise d’assurance et 12.700 assurés ont également transféré d’anciens contrats vers un PER pour 309 millions d’euros. Au total, le marché des PER commercialisés par les entreprises d’assurance enregistre 78.100 assurés supplémentaires pour 1.071 millions d’euros de versements.

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