Les malversations financières ciblant les épargnants français ont fait florès en 2020

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Les arnaques aux investissements, qui ont explosé avec la crise, ont animé une bonne partie des activités de l'AMF et de l'ACPR dédiées à la prévention du grand public l'année dernière. La lutte contre ce phénomène promet de s'intensifier.

Elles comptent parmi les activités à qui la crise sanitaire aura profité, aux dépens des épargnants : les arnaques financières ciblant les particuliers ont connu un véritable essor en 2020... et elles ont grandement mobilisé les travaux de l’AMF et l’ACPR, note le rapport de leur pôle commun dédié à l’assurance, à la banque et à l’épargne présenté ce mercredi 16 juin.

La crise sanitaire, un terreau favorable aux arnaques financières

La crise sanitaire et la digitalisation accrue des relations ont créé un terrain favorable au développement des arnaques financières, en particulier sur internet ou par démarchage téléphonique", indiquent les deux autorités financières.

Des épargnants confinés avec du temps libre et un surplus d'épargne ont indubitablement attiré les convoitises des malfaiteurs. Les escroqueries se sont adaptées à l’air du temps, proposant massivement des produits présentés comme des valeurs refuge comme l’or ou le vin mais aussi dans l’immobilier : fausses sociétés civiles de placement immobilier (SCPI), places de parkings voire chambres d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), relèvent-elles.

Cette inflation des arnaques financières s'est reflétée dans l’ensemble des activités du pôle AMF-ACPR : le nombre de visites sur leur site dédié au grand public (Assurance banque épargne info service) a enregistré un bond de 16% en termes de fréquentations ; parmi les appels de particuliers traités sur sa plateforme téléphonique, ceux concernant des offres frauduleuses de crédits, de livrets d’épargne ou de produits financiers ont particulièrement mobilisé les agents du service.

Deux fois plus de sites blacklistés

Surtout, le nombre de sites ou d’établissements non autorisés sur les cinq listes noires du pôle (forex, options binaires, cryptos, crédits/livrets/paiement/assurance, biens divers) a doublé par rapport à 2019, passant de 1.200 inscriptions à 2.400. La majorité des inscriptions a concerné celle des crédits, livrets, paiements et assurance (1.081). Et dans 40% des cas, ces dernières se sont rapportées à des usurpations d’identité d’établissements ou d’intermédiaires financiers.

L’AMF et l’ACPR se félicitent d’avoir rapidement réagi en publiant une mise en garde du public dès la fin mars, suivi, le mois suivant, de la constitution d’une "task force" joignant leurs forces avec celles des services de l’Etat pour lutter conjointement contre ce phénomène.

Veille et communication digitales

Un groupe de travail composé de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes, la Direction générale des Finances publiques, le Service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée et l’AMF, a également été créé pour améliorer les techniques de veille digitale en vue de repérer les tendances en matière d’arnaques.

Entre la recrudescence de ces malversations et les périodes de confinement, le pôle a d'ailleurs donné un coup d’accélérateur à sa communication digitale, avec la tenue d’un cycle de 40 conférences pédagogiques en ligne ("Les Rendez-vous de l’épargne") et la diffusion de mini-vidéos sur les réseaux sociaux pour relayer leurs messages de prévention auprès du grand public. L’une des vidéos dédiée à la thématique de l’épargne – marronnier financier de la crise économique – a même enregistré une audience spectaculaire de plus d’un million de vues.

Renforcer l'identification des acteurs financiers

Pour l’année en cours, le pôle AMF-ACPR entend poursuivre ses efforts dans la lutte contre les malversations financières, alors que le phénomène ne semble pas s’être désamplifié ces derniers mois.

Du côté de la task force, la très forte augmentation des escroqueries, assorties de l’usurpation d’identité de professionnels eux autorisés pour tromper les épargnants, implique pour ce groupe de travail de réfléchir à la simplification, pour les clients, de la vérification de l’identité des entités qui les sollicitent ou encore de l’accès aux listes noires de l’ACPR et de l’AMF des sites et entités frauduleux, précise le rapport.

La collaboration opérationnelle du pôle avec la DGCCRF devrait également s’intensifier afin d’optimiser l’efficacité de l’action publique en la matière.

Ces actions devraient par ailleurs s’inscrire à travers la surveillance de la commercialisation des produits financiers à destination des personnes âgées, cible privilégiée des arnaques, mais aussi via la poursuite de travaux, initiés en 2019, sur le consentement "éclairé" des épargnants dans le cadre de la commercialisation en ligne des produits financiers et d’assurance vie.

Les premiers résultats d’une étude sur les pratiques des acteurs financiers, incluant des tests consommateurs, ont montré l’existence d’un décalage entre la perception des professionnels et celle des clients sur la transparence, la clarté et l’accessibilité des informations précontractuelles : Les premières analyses menées par le Pôle commun montrent donc que des efforts semblent encore nécessaires dans l’accompagnement des souscripteurs digitaux afin d’aboutir à un consentement en toute connaissance de cause, en conclut le rapport.

Une synthèse de ces travaux sera rendue publique dans le courant de l’année. Un meilleur encadrement des conditions d’informations précontractuelles des épargnants devrait in fine permettre aux consommateurs de mieux repérer les tentatives d'arnaques.

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