Les actions cotées restent le placement favori des grandes fortunes

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Le baromètre annuel des placements de l'Association française du family office montre que les choix d'investissements des familles fortunées ont peu évolué en 2020.

Daniel Féau

Des actions, du non-coté et de l’immobilier. Voici en somme les trois principales classes d’actifs dans lesquelles les grandes fortunes françaises ont investi en 2020 par l’intermédiaire de leurs family offices, ces structures de gestion de patrimoine dédiées aux familles ultra-fortunées.

A elles trois, ces classes d’actifs ont représenté près de 60% de leurs choix d’investissement l’année dernière, selon le dernier Baromètre des placements de l’Association française du family office (AFFO) réalisé avec l’institut de sondage Opinion Way.

Les destinations des investissements des grandes familles n’ont pas enregistré de différence notoire en 2020 par rapport à l’année précédente, relève cette enquête menée entre janvier et février derniers auprès d’un panel d’une centaine de structures (deux tiers de family offices, et un tiers de ‘partenaires’ : avocats, courtiers, banques…).

Six principales classes d'actifs

Pour l’essentiel, ils se sont répartis entre six principales classes d’actifs : 20% ont ainsi concerné les actions cotées (+3 points par rapport à 2019), 20% le private equity (équitablement partagé entre les investissements réalisés en direct et ceux via des fonds), 18% l’immobilier d’investissement (la pierre papier en représentant 2%), 12% des supports liquides de trésorerie, et 11% l’assurance vie multisupport, cette dernière enregistrant une légère baisse de 2 points en comparaison annuelle.

D’autres produits apparaissent de façon plus marginale : la dette (cotée et non cotée), les actifs ‘tangibles’ (comme les forêts ou le vin), la philanthropie, les fonds alternatifs et l’art demeurent des choix minoritaires.

Turbulences de marché

Sans bouleversement radical, ces investissements se sont même révélés stables en 2020, relève le baromètre de l’AFFO. Les turbulences boursières provoquées par la crise sanitaire ont certes donné des sueurs froides aux gérants de fortune au plus fort de la tempête en mars-avril, la reprise observée dans la seconde partie de l’année leur a permis de reprendre leur souffle.

« La chute des marchés financiers a été d’une violence incroyable. L’absence de visibilité a d’abord provoqué chez les familles un réflexe de protection de leurs actifs et de l’attentisme. Mais une fois la période trouble passée, leurs choix d’investissements se sont réorientés sur des classes d’actifs qu’elles connaissent bien : les actions cotées, le private equity et l’immobilier », témoigne Rémi Béguin, administrateur de l’AFFO et président de la société de courtage Patrime One Assurances.

Une gestion logique et pragmatique : entre la volonté de profiter du spectaculaire rallye des indices boursiers (le Nasdaq a fini l’année 2020 sur une progression de plus de 43%) et des valeurs technologiques (la capitalisation boursière des 20 plus grands titres de la tech mondiale a connu une progression annuelle médiane de 71%, selon Fabernovel), et celle d’assurer un matelas de sécurité dans la pierre, les grandes fortunes n’ont pas pêché par excès d’originalité.

Profils de gestion

Pour l’essentiel, les familles optent en effet pour des profils de gestion équilibré (56% du panel interrogé), même si leurs gérants notent sans surprise que leurs choix se sont révélés plus prudents que les années précédentes avec la crise sanitaire, et qu’elles « semblent souhaiter avant tout préserver leur capital en limitant les risques ».

Mais sur cette période, une part non négligeable des grandes fortunes a clairement souhaité profiter des opportunités du marché : la part des profils dynamiques au sein du panel s’est révélée ainsi deux fois plus importante qu’en 2019. Dans un contexte marqué par l’absence de visibilité et les risques liés à la pandémie les profils "offensifs" ont tout de même été moins fréquents.

ISR

En 2021, l’appétit des grandes fortunes pour les actions cotées devrait encore s’accentuer, relève le Baromètre de l’AFFO, et significativement : 53% des family offices du panel tablent sur une hausse de 30 points par rapport au précédent baromètre. Au cours de cette deuxième année de Covid, les actifs tangibles devraient aussi être davantage privilégiés, tout comme l’art, la philanthropie et la dette non cotée.

Les professionnels s’attendent en revanche à ce que le private equity perde du terrain même si cette classe d'actifs devrait rester importante, note Rémi Béguin.

La crise sanitaire a particulièrement sensibilisé les familles aux thématiques ISR, et elles sont de plus en plus nombreuses à consacrer une part de leurs investissements à des projets entrepreneuriaux socialement responsables, bien représentés en private equity, précise-t-il.

Fomo

D’après l'enquête, les principales préoccupations de gestion des grandes fortunes face à l’avenir sont l’anticipation des risques, les craintes de faillite de certains actifs à cause de la pandémie, mais aussi le fameux « Fomo » (« fear of missing out »), la peur de manquer des opportunités de la reprise post-covid.

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