Le crowdfunding prend de la hauteur

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Nouveau cadre réglementaire, labellisation des professionnels, projets de plus en plus spectaculaires... Le financement participatif tend à devenir un acteur incontournable du paysage financier

Reuters

Petit retour en arrière. « Le crowdfunding va devenir aussi incontournable que le courtage en ligne », indiquait au printemps 2013 le fondateur de smartangels.fr, Benoît Bazzocchi dans un entretien à L’Argent & Vous. Force est en effet de constater que durant les dix-huit mois écoulés, le financement participatif a pris de l’ampleur.

Un nouveau cadre réglementaire

Le gouvernement a en premier lieu décidé de donner un coup de pouce au secteur en amplifiant son champ d’intervention. Depuis le 1er octobre, et l’entrée en vigueur de nouvelles règles, une entreprise peut par exemple emprunter jusqu’à 1 million d’euros via une opération de crowdfunding. Côté actions, il est également possible de lever jusqu’à 1 million d’euros avec une procédure simplifiée.

Pour sécuriser les particuliers, le statut des opérateurs a aussi été revu. Désormais, les professionnels du crowdfunding doivent être inscrits au registre de l’Orias (comme les assureurs ou encore les conseillers en investissements financiers). Les conseillers en investissements participatifs (CIP) sont autorisés à proposer des investissements en titres (actions, obligations). Le statut d’intermédiaire en investissements participatifs (IFP) concerne quant à lui les prêts. Actuellement, l’Orias recense 4 CIP et 11 IFP. Mais ceux qui veulent proposer des investissements en titres peuvent aussi opter pour le statut de PSI délivré par l’ACPR (régulateur de la banque et de l’assurance).

Des acteurs pluridisciplinaires

Au départ, les plateformes de crowdfunding n’étaient que de petites structures spécialisées dans un seul domaine. Désormais, elles tendent à devenir des acteurs pluridisciplinaires offrant tout un panel de services. Le dernier exemple en date concerne smartangels.fr. Jusqu’ici centrée sur les prêts en actions, la plateforme de Benoît Bazzocchi vient de de décider d’une diversification dans le domaine du prêt aux PME. Un moyen d’offrir une gamme de placements plus large aux particuliers et de répondre à tous les besoins de financement des entreprises.

Des projets qui dépassent la sphère habituelle du crowdfunding

La plus grande maturité du secteur s’observe aussi dans les projets proposés au public. Preuve de l’assurance et du rayonnement croissants des plateformes, certaines n’hésitent plus à sortir des sentiers battus.

C’est ainsi que Wiseed vient de proposer au public de participer au rachat de l’aéroport de Toulouse-Blagnac avec un objectif de levée de fonds de 15 millions à 30 millions d’euros. Comme l’a expliqué le président du groupe, Thierry Merquiol, à L’Argent & Vous, cela nécessitera de passer par une procédure plus classique avec agrément de l’AMF et prospectus détaillé. Bref, le crowdfunding montre qu’il est capable d’aller au-delà du crowdfunding et de concurrencer d’autres segments de la finance.

Et demain ?

Même s’il fait beaucoup parler de lui, notamment en utilisant judicieusement le marketing, il faut tout de même reconnaître que le poids du crowdfunding est encore limité sur un strict plan financier. En dépit du doublement de la collecte en un an, les fonds levés ont à peine dépassé les 66 millions d’euros au premier semestre (dont 37,4 millions d’euros de prêts). Une goutte d’eau par rapport aux quelque 100 milliards d’euros de flux annuels de financement en direction des PME (selon Paris Europlace).

Pour devenir réellement incontournable et imposer le respect aux autres acteurs de la finance, le crowdfunding va donc avant tout devoir faire progresser ses volumes. Si les chiffres du Royaume-Uni (1 milliard d’euros par an) et des Etats-Unis (5 à 6 milliards d’euros) sont à l’évidence inaccessibles à moyen terme, ces deux marchés sont en tout cas des exemples à suivre pour le crowdfunding à la française.

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