Coronavirus : un procès trop facile fait aux unités de compte ?

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Des voix s'élèvent contre les allocations massives, dans les contrats d'assurance-vie, vers les unités de compte. Le point sur ce qu'en disent les experts.

Reuters

Alors que la crise sanitaire s’amplifie un peu partout, avec son corollaire une volatilité galopante sur les marchés financiers, plusieurs spécialistes se sont récemment fait entendre sur la hausse des montants investis dans les unités de compte (UC) en assurance-vie. Selon la Fédération française de l’assurance (FFA), les UC ont en effet fait le plein, jusqu’à la veille de la crise, en février : elles ont représenté 39 % de la collecte brute sur l'assurance-vie, soit 4,4 milliards d'euros sur 11,1 milliards d'euros. De fait, les cotisations en UC ont battu des records à compter de novembre 2019. « Cette récente montée en puissance des unités de compte, à un moment où les marchés étaient au plus haut, est susceptible de provoquer des désillusions avec l’accumulation des baisses depuis le début du mois de mars », a commenté dans la foulée Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Epargne.

« Le scandale des unités de compte »

« Espérons que les épargnants n’auront pas trop écouté nos assureurs qui depuis des mois recommandaient de renforcer la part des unités de compte à risque pour « doper » la performance de nos contrats .... sinon la performance constatée sera très largement négative. Pas de chance », a quant à lui réagi sur Twitter Jean Aulagnier, fondateur de l’Aurep et doyen honoraire de la faculté des sciences économiques et de gestion de l'Université d'Auvergne. Un autre spécialiste bien connu des gestionnaires de patrimoine, Guillaume Fonteneau, a publié sur son blog un billet pointant « le scandale des unités de compte vendues aux épargnants juste avant la baisse ». Un texte au vitriol, qui accuse les compagnies d’assurance-vie d’avoir forcé les épargnants « à spéculer sur les marchés financiers la veille d’une forte baisse des cours de bourse ».

Qu’en est-il ? Volonté délibérée des assureurs vers une quête de profit tous azimuts ou absence de marge de manœuvre ? Philippe Parguey, directeur général de la société de courtage en assurance-vie et contrats de capitalisation Nortia, tient à nuancer les faits : « la fermeture des fonds euros que l'on a constaté est valable sur le flux, mais pas sur le stock des contrats. Si les assureurs ont forcé vers les unités de compte, c’était moins pour aller chercher de la performance que parce qu’ils ne pouvaient plus collecter sur les fonds en euros ». De fait, d'après un autre expert, « les taux d’emprunt d’Etat étant proches de zéro ou dans le négatif ces derniers mois, il était devenu impossible pour de nombreuses compagnies de dégager de la rémunération ».

Pour Hugues Aubry, membre du comité exécutif, en charge du marché de l'Epargne et de la Gestion de Patrimoine chez Generali, « cette crise confirme que le fonds euros ne peut plus être la colonne vertébrale de l’épargne à long terme et souligne la nécessité de développer un nouveau modèle. La volatilité des marchés est actuellement très forte et les taux des emprunts d’état (comme l’OAT) restent quant à eux proches de zéro. Ainsi, si l’on incitait aujourd’hui les épargnants à revenir massivement sur les fonds euros, cela aurait tendance à diluer significativement la performance de ces derniers ».

La Directive sur la distribution d'assurance en garde-fou ?

Y a-t-il lieu d'aller chercher ou non des responsabilités ? L'avenir le dira. Mais un cadre réglementaire fixe déjà des limites : « la Directive sur la distribution d’assurance (DDA) impose de prendre en compte le profil de l’épargnant avant toute nouvelle souscription en UC, explique Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du site d’analyse Good Value for Money. En théorie selon lui, « le secteur de l’assurance est bordé car aucun investissement ne doit être réalisé au-delà des bornes de chaque profil. La responsabilité est du côté de l’épargnant »... Pour peu que le devoir d’information de l’épargnant ait été bien délivré par le professionnel.

C'est justement ce sur quoi a insisté l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), au début de la crise. Le gendarme de l'assurance a en effet rappelé le caractère risqué de l’allocation en UC, soulignant au passage que les contrats d’assurance vie sont des produits de long terme et qu’ils doivent être souscrits en tenant compte des objectifs poursuivis et de la durée de détention envisagée.

« Black swan » sur l'assurance-vie

Qu'en disent les juges de paix, à savoir les épargnants ? Pour beaucoup, l'heure est surtout au statu quo : « le confinement évite des arbitrages massifs des UC vers les euros. Ce qui est plutôt une bonne chose pour le secteur car un choc comme celui-là est toujours excessif, ajoute Cyrille Chartier-Kastler. « La situation est différente de 2008, avec l’implosion du système financier. Aujourd’hui, nous voyons des clients paniqués par le contexte économique, mais qui ne sont pas dans l’irrationnalité. Beaucoup sont sur le pont à la recherche d’opportunités », constate pour sa part Philippe Parguey. Chez la fintech Nalo, qui privilégie la gestion « passive » pour ses clients, c’est-à-dire suivant l’évolution des marchés, « c’est la valorisation des portefeuilles à cet horizon qui compte à leurs yeux, pas celle à l’instant T ». Dès lors, si le coronavirus secoue les marchés, ces épargnants au long terme peuvent miser sur un redressement. « Pour ceux qui le veulent, il y a plein d’opportunités pour investir. L’OAT remonte, cela peut même augurer d’une réouverture du fonds euros », ajoute Cyrille Chartier-Kastler. Reste que, le spécialiste en est certain : « on observe un « black swan » sur l'assurance-vie : à chaque fois que les taux d’UC sont au plus haut, c’est à la veille d’un krach boursier ». Un tuyau pour certains, un warning pour d'autres.

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