Bourse : les pubs illégales des produits dérivés ont quasi disparu, les abus sont ailleurs…

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La quasi-totalité des publicités pour les produits à effet de levier contrôlées par l'AMF en 2021 ont été dans les "clous". La promotion en ligne des produits boursiers se déplace vers de nouveaux segments, plus adaptés aux jeunes.

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La surveillance de l’AMF relative à la communication publicitaire des produits financiers a battu son plein en 2021. Dans un environnement particulièrement propice au business, porté depuis deux ans par un afflux de nouveaux investisseurs, l'Autorité des marchés financiers a continué de renforcer son contrôle des pratiques publicitaires en surveillant quelque 1.200 sites (versions deskstop et mobile) et une centaine d’applications mobiles, indique son rapport annuel 2021, rendu public ce mercredi.

Une pub de produits à effet de levier non conforme en 2021

En matière de produits dérivés, dont la publicité est interdite pour la plupart d’entre eux depuis 2018 avec la loi Sapin 2, cette veille a abouti l’année dernière au repérage d’un seul et unique cas non conforme à la réglementation : une communication épinglée pour avoir fait la promotion de CFD* sans indiquer la présence d’un compte de trading à risque limité, qui est une mention légale.

Conséquence d’une régulation stricte de ces produits et du contrôle zélé de l’autorité, « les publicités déséquilibrées ou interdites sur les contrats financiers complexes et risqués ont quasiment disparu », relève l’AMF.

Car en réalité, la "vogue" des produits dérivés a cédé la place à celle d’instruments financiers plus simples, davantage adaptés à un public d’investisseurs très rajeuni depuis la crise sanitaire, et principalement promus sur les réseaux sociaux.

L’AMF observe ainsi « un déport » de ces publicités financières vers de nouveaux segments, comme celui du trading actions sans frais, promu essentiellement par des « acteurs européens exerçant en France via la libre prestation de service ».

Les nouveaux usages des pubs financières : Instagram, Tik Tok et influenceurs

Ces acteurs, ce sont sont les "néobrokers", de jeunes sociétés de courtage digital, autorisées à commercialiser leurs produits sur le territoire national, mais qui échappent au contrôle de l’AMF car elles sont toutes immatriculées hors de France (pour la majorité d'entre elles à Chypre).

Pour les épargnants, les barrières à l’entrée sont beaucoup moins strictes que celles des acteurs régulés par le gendarme français, mais les risques y sont aussi plus importants, dans la mesure où beaucoup de ces néobrokers n’offrent aucune garantie de protection des fonds investis.

Leurs pratiques publicitaires, qui reposent « quasi exclusivement » sur « des bannières publicitaires sur Internet et en recourant de plus en plus à des influenceurs », demandent donc à l’AMF d’adapter ses méthodes de surveillance, mais aussi ses campagnes de sensibilisation aux arnaques financières, en allant porter ses messages de prévention où elles fleurissent actuellement : Instagram et Tik Tok.

Les malversations financières continuent de progresser

Sur les réseaux sociaux, les malversations financières sont d’autant plus efficaces et dangereuses qu’elles ciblent une population jeune, sans expérience des marchés, et aux revenus limités.

Les malversations, qui avaient bondi en 2020 avec la crise de la Covid, ont d'ailleurs continué de progresser en 2021. « Cette année a été marquée par une envolée des arnaques financières dénoncées par les épargnants, et de plus en plus par les professionnels », souligne l’AMF dans son rapport annuel.

L’année dernière, 422 adresses Internet, nom et emails supplémentaires ont été inscrits sur ses listes noires d’opérateurs frauduleux, un chiffre en augmentation de 58% par rapport à 2020, et deux fois plus important qu’en 2019.

Ces ajouts on concerné en majorité des usurpations d’identité d’acteurs régulés, « une nouvelle pratique révélée en 2020 qui s’est industrialisée et s’est propagée au profit des offres d’investissement frauduleuses dans des chambres d’Ehpad ou des places de parking », indique le rapport annuel.

Le retour des arnaques au Forex

En 2021, les quatre thématiques les plus représentées, parmi les 16.756 demandes reçues par la plateforme d’information AMF Epargne Impôt Service (+9% par rapport à 2020) sont le Forex, en remontée depuis deux ans, les usurpations d’identité de sociétés et d’intermédiaires régulés, l’investissement en cryptoactifs et les fausses offres d’investissement, notamment en chambres d’Ehpad, titres cotés et trading haute fréquence.

Fait singulier : pour les cryptos, « le flux des demandes évolue en fonction du niveau du cours du bitcoin : plus il est élevé, plus la plateforme reçoit des demandes ». Le préjudice moyen déclaré est de 20.000€. Le préjudice est plus élevé dans le cadre des demandes liées au Forex, qui portent essentiellement sur la non-restitution de fonds, et pour lesquelles il atteint plus de 35.000€ en moyenne.

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