Bourse: attention à ne pas confondre capitalisation et valeur d’entreprise

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La valeur d'entreprise n'a pas du tout la même signification que la capitalisation boursière. Or, le public a souvent tendance à mélanger ces deux notions distinctes

Reuters

Valeur d’entreprise. Ce terme parfois abrégé en VE (ou EV en anglais) est bien connu des spécialistes des opérations financières et de la Bourse. En revanche, certains épargnants peuvent avoir du mal à appréhender cet indicateur, parfois confondu avec la capitalisation. Les comparaisons faites sur les poids lourds de la Bourse le prouvent régulièrement.

Capitalisation boursière

La capitalisation boursière correspond à la valeur des actions d’une entreprise. Par exemple, si le capital d’une entreprise est composé de 10 millions d’actions valant chacune 15 euros en Bourse, la capitalisation du groupe est de 150 millions d’euros.

La capitalisation correspond donc à la somme à débourser pour reprendre 100% du capital d’une entreprise... mais uniquement son capital.

L’impact de la trésorerie ou des dettes

Lorsqu’un acquéreur met la main sur une entreprise, la somme déboursée pour racheter les actions n’est en effet pas le seul paramètre à prendre en compte. Reprenons l’exemple de notre entreprise ayant une capitalisation de 150 millions d’euros. Si elle dispose de 50 millions d’euros de trésorerie, l’acquéreur va pouvoir aspirer cette trésorerie et ramener le coût réel de l’acquisition à 100 millions d’euros. En rachetant 100% du capital pour 150 millions d’euros, il aura en réalité valorisé « le fonds de commerce » à 100 millions d’euros et aura ajouté 50 millions d’euros pour la trésorerie disponible.

A l’inverse, si l’entreprise est endettée à hauteur de 50 millions d’euros, le nouveau propriétaire devra tôt ou tard rembourser cette dette en plus des 150 millions déjà engagés pour les actions. Autrement dit, l’acquisition lui aura réellement coûté 200 millions d’euros.

C’est donc pour tenir compte de la situation nette de l’entreprise (trésorerie ou dette) qu’intervient la notion de valeur d’entreprise.

La valeur d’entreprise

La valeur d’entreprise revient à calculer le prix qu’aurait l’entreprise scrutée si elle n’était ni endettée ni en excès de trésorerie. Elle correspond donc à la valorisation fondamentale de l’activité de l’entreprise indépendamment de sa situation de trésorerie. On peut aussi dire qu’elle équivaut à la valeur des capitaux à investir dans l’entreprise, quelle que soit la nature de ces capitaux (capitaux propres ou dette).

L’intérêt de la valeur d’entreprise est qu’elle permet de comparer les performances de groupes n’ayant pas la même structure financière.

Calcul de la valeur d’entreprise

De manière simple, la VE se détermine en faisant la somme de la capitalisation (K) et de la dette nette (D), soit VE = K+D. On peut en déduire que K = VE-D. Autrement dit, la capitalisation (valeur des actions) est égale à la VE moins les dettes.

Si l’entreprise n’est pas endettée et possède un excédent de trésorerie (T), la formule à appliquer est alors : VE = K-T. Ainsi, il apparaît que la capitalisation (K) correspond à la VE augmentée de la trésorerie.

On remarque donc que si l’entreprise n’a ni dette ni trésorerie, sa VE est égale à sa capitalisation. Dans certains cas très rares en Bourse, il peut arriver que la VE soit négative (capitalisation boursière inférieure à la trésorerie). C’est le signe d’une situation critique, les investisseurs estimant que l’entreprise ne vaut même pas la peine d’être rachetée pour sa trésorerie (car consommée trop vite par une activité lourdement déficitaire).

Comparaisons

Imaginons 2 entreprises réalisant chacune 10 millions d’euros de résultat d’exploitation et capitalisant chacune 100 millions d’euros en Bourse. A première vue, elles sont valorisées sur les mêmes bases.

Cependant, l’entreprise A supporte 20 millions d’euros de dette, alors que l’entreprise B dispose de 30 millions d’euros de trésorerie. Ainsi, l’entreprise A a une VE de 120 millions d’euros tandis que celle de l’entreprise B se limite à 70 millions d’euros. Dans ces conditions, l’entreprise A se paie 12 fois son résultat et l’entreprise B seulement 7 fois, soit 40% de moins.

Plus concrètement, cela signifie que pour mettre la main sur les 10 millions de résultat annuel de l’entreprise A, un investisseur devrait engager 120 millions d’euros (100 millions pour payer les actionnaires et 20 millions de dette à reprendre) alors qu’il n’aurait qu’à payer 70 millions en net pour racheter l’entreprise B (100 millions à verser aux actionnaires mais avec 30 millions d’euros de cash récupéré).

De la même façon, comme le montre le tableau suivant, la VE peut servir à déterminer le prix à payer aux actionnaires en fonction de la situation de trésorerie de l’entreprise.

Capitalisation et valeur d'entreprise
L'Argent & Vous
Entreprise AEntreprise BEntreprise C
Résultat d'exploitation (Rex)10 M€10 M€10 M€
Ratios du secteur10 fois le Rex
VE100 M€100 M€100 M€
Situation nette20 M€ de dettes020 M€ de trésorerie
Valeur des actions80 M€100 M€120 M€
Nombre d'actions1 million1 million1 million
Valeur de chaque action80 euros100 euros120 euros

Intérêt de la VE

Si elle est un outil d’analyse essentiel pour les professionnels, la notion de VE doit aussi être bien assimilée par les particuliers voulant se frotter à la Bourse. A partir des ratios du secteur, des résultats et de la dette de l’entreprise, elle permet de déterminer le juste prix d’une action par rapport à ses comparables (la capitalisation boursière est égale à la VE moins la dette nette).

Notons enfin que la notion de VE permet de relativiser certains chiffres spectaculaires mis en avant lors d’opérations de fusion ou d’acquisition. Les sommes évoquées sont en effet la plupart du temps en VE. Autrement dit, elles ne vont pas toujours intégralement dans les poches des actionnaires vendeurs, une partie pouvant être constituée par la reprise de dette.

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