Assurance-vie : faut-il s'intéresser au nouvel Eurocroissance ?

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Les contrats d’assurance vie dits « Eurocroissance » sont dépoussiérés par la loi pacte du 22 mai 2019. Mais la relance de ce produit atypique, qui n’a jusqu’ici pas réussi à trouver son public, n'est pas encore gagnée.

BCE

Lors de sa mise en place en 2014, l’Eurocroissance était prometteur. Ce produit lancé il y a 6 ans devait même constituer « le troisième pilier » de l’assurance-vie, aux côtés des traditionnels fonds en euros et des unités de compte (UC). Sa spécificité : se situer entre les deux, avec un capital garanti qui n’est acquis qu’après huit ans minimum, en contrepartie de « l'espérance d'un rendement supérieur aux contrats en euros, avec une prise de risque plus faible que pour les contrats en unités de compte », comme le résume la Fédération française de l’assurance (FFA). Mais les choses se compliquent, car au sein de cette offre, on retrouve les fonds dits « croissance », qui ne sont pas 100 % garantis.

Plan de relance

Avec seulement un peu plus de 2 milliards d’euros d’encours comptabilisés depuis son lancement, selon les derniers chiffres disponibles, l’Eurocroissance fait pâle figure, comparé aux près de 1.800 milliards que pèse le secteur de l’assurance-vie. Mais la donne pourrait changer. C’est du moins ce qu’espèrent le gouvernement et les assureurs, en quête d’alternatives aux fonds en euros traditionnels, plombés par la baisse des taux d’intérêt. Deux décrets publiés à la fin de l’année, dans la foulée de la loi du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises, dite « loi Pacte », ont modifié ce support en tentant de le simplifier, mais aussi de le rendre plus transparent sur les frais et commissions perçus par les intermédiaires. Sur le plan technique, le taux de rendement en sort unifié (comme le fonds en euros), le rendement bonifié pour les durées plus longues, tandis que le nouvel Eurocroissance pourra coexister avec l’ancien.

Nouvelles offres

Côté assureurs et associations d’épargnants, on dit vouloir y croire. Parmi les timides offres sur le marché, l’Afer, association qui regroupe plus de 760.000 adhérents, propose depuis juin 2015 un fonds Eurocroissance développé par Aviva. L’Afer y a vu « une nouvelle opportunité pour les épargnants qui vont pouvoir investir une part plus importante de leur épargne dans des actifs dynamiques, avec la perspective d’un meilleur rendement à long terme sans renoncer à leur sécurité ». Et, saluant les évolutions apportées à l’Eurocroissance, l’Afer indique « travailler avec conviction » sur ce sujet. Generali, qui a lui aussi lancé début 2015 son fonds « croissance », baptisé G Croissance 2014 - avec un capital garanti au terme de 80 % -, est sur le pied de guerre. L’assureur vient d’annoncer le lancement d’un autres fonds Eurocroissance conforme à la nouvelle mouture, courant 2020, « en capitalisant sur son expérience en la matière ».

Doutes

« Pour les épargnants qui ont du temps, il s'agit d'un bon compromis entre fonds euros et poche en unités de compte, estime Stéphane Faure, président du cabinet de conseil en gestion de patrimoine Astyrian Patrimoine. Le produit est donc une bonne alternative aux fonds en euros. Cependant, pour aller chercher de la performance, certains fonds euros adossés à de bonnes unités de compte sont susceptibles de faire mieux ». D'autres ne cachent pas leur scepticisme sur le développement de cette offre : « c’est un peu inquiétant de lancer un nouveau produit alors qu’on ne maîtrise même pas encore totalement le précédent », confie un gestionnaire de patrimoine qui craint une « réforme d’affichage ». D’autant que selon cet expert, une ambiguïté demeure depuis son origine : « l’Eurocroissance est moins un produit hybride fonds euros/unités de compte, comme il a été présenté au départ, qu’un super fonds en euros à long terme ». En effet, « la composition du fonds Eurocroissance est très proche du fonds euros, seule la liquidité change », selon lui.

Garantie partielle

Le nouveau produit ne lève pas toutes les difficultés que posait l'ancien. Dans sa traditionnelle enquête annuelle sur l’assurance-vie, l’association de consommateurs CLCV, qui pointe le « tour de passe-passe » de la transformation de la garantie totale en garantie partielle dans les fonds croissance, demande « la mention expresse de l’absence de garantie sur le fonds en euros dans les documents commerciaux, publicitaires et contractuels dès lors que l’assuré n’est pas sûr de récupérer 100 à tout moment s’il a investi 100 après frais sur versements ». Ce qui est loin d'être toujours au rendez-vous.

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