Placements passion : ne pas se laisser griser par les rendements spectaculaires !

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Voitures anciennes, vins, œuvres d’art... Les chiffres peuvent parfois donner le vertige. Mais les performances se révèlent très volatiles et n’intègrent pas de surcroît les coûts engendrés par la détention d’objets d’exception

Bonhams

Les données du dernier Knight Frank Luxury Investment Index publiée en mars ont de quoi faire saliver. L’indice de la société de conseil consacré aux investissements passion montre en effet que cette classe d’actif a progressé de 205% en 10 ans, soit une hausse annuelle moyenne de 11,8%.

Les voitures de collection en tête

La palme revient aux voitures anciennes avec +487% en une décennie (près de 20% par an). Les scores sont aussi très flatteurs pour les œuvres d’art (252% en 10 ans), les pièces (232%) ou la joaillerie (168%).

Régulièrement, des voix s’élèvent d’ailleurs pour évoquer un risque de constitution de bulles. Il est bien entendu difficile de dire si le marché est pris de folie ou s’il n’est que le reflet d’une demande solide et de plus en plus nombreuse notamment en provenance de pays émergents (selon Knight Frank, 61% des grosses fortunes dans le monde sont de plus en plus intéressées par les investissements passion).

En tout cas, il est important de rappeler que les rendements mis en avant doivent être relativisés.

Un risque évident

Qu’il regarde des vins, des voitures ou des montres, l’investisseur doit garder à l’esprit qu’il s’agit d’actifs à risque. Il peut gagner beaucoup mais en contrepartie il n’a pas la garantie de retrouver son capital de départ.

De surcroît, la réglementation offre ici beaucoup moins de protection à l’acheteur qu’avec par exemple des actifs financiers ou immobiliers

Des performances très variables d’un bien à l’autre

Les investisseurs le savent, au sein du CAC 40, deux actions peuvent avoir des parcours diamétralement opposés. Avec les placements passions, le constat est le même à une différence près. S’agissant de marchés de niche, les mouvements peuvent être bien plus violents et une transaction exceptionnelle (comme celle d'une Ferrari à l'été 2014) peut à elle seule avoir un impact important sur un indice.

En 2013 par exemple, la progression des Ferrari (62%) a été 2,3 fois plus rapide que celle des vieilles Mercedes.

Avec des produits financiers courants (actions notamment), l’investisseur peut aisément se constituer un panier de plusieurs actifs pour lisser le risque. Avec des bien d’exception, cela devient naturellement plus difficile et il est possible de se retrouver totalement à contre sens du reste du marché en cas de mauvais choix.

Des variations chaotiques selon les années

Ces classes d’actifs à part ont de surcroît des résultats très irréguliers d’une année à l’autre. Si la joaillerie a vu son indice progresser de 168% en 10 ans, elle a pratiquement stagné l’an passé (2%). Rappelons également à ce sujet qu’après une belle poussée dans les années 1980, l’automobile ancienne a connu un gros trou d’air au début des années 1990. Mieux vaut donc avoir une optique à moyen long terme pour éviter les déconvenues car une sortie au mauvais moment peut facilement être synonyme de perte.

Des rendements à retraiter

Enfin et c’est certainement le point essentiel à retenir, les rendements affichés par les indices n’offrent qu’une vision approximative de la performance réelle des placements plaisir.

En ouvrant par exemple un contrat d’assurance-vie, un épargnant obtient chaque année un rendement net de frais (hors fiscalité). En matière de placements passion, les indices ne suivent en revanche que l’évolution des prix de vente. Or, les frais associés peuvent largement amputer le rendement.

Outre les frais d’acquisition (enchères), le propriétaire doit assumer les coûts de stockage, d’entretien et d’assurance de son bien. Pour une grosse pièce de joaillerie ou un véhicule ancien rare, cela peut devenir très lourd et doit être intégré dans les calculs.

La vigilance est nécessaire

L’investissement passion a de nombreux avantages : plaisir de posséder de beaux objets, exonération éventuelle d’ISF, potentiel de revalorisation... Toutefois, ce segment impose d’être très vigilant et de ne pas voir dans les rendements mis en avant la perspective d’un eldorado facile à atteindre. C’est d’ailleurs tout le sens des appels à la prudence régulièrement émis par l’AMF à l’égard des particuliers mais aussi des intermédiaires.

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