"Le crowdfunding va devenir aussi incontournable que le courtage en ligne"

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Entretien avec Benoit Bazzocchi, président-fondateur de SmartAngels.fr

SmartAngels

Le financement participatif (crowdfunding) est en pleine croissance. Face à la multitude d'offres, le public peut d'ailleurs avoir du mal à s'y retrouver. Le gouvernement a donc décidé de mieux encadrer cette profession. Président-fondateur de la plate-forme SmartAngels.fr, Benoît Bazzocchi fait le point sur les évolutions à venir.

Vous dirigez SmartAngels.fr, une plate-forme de financement participatif. En tant que professionnel du secteur, que pensez-vous des guides que viennent de publier l'AMF et l'ACP sur le financement participatif ?

Cette démarche va dans le bon sens. Le fait que l'AMF et l'ACP aient choisi de publier des guides et non de simples mises en garde à destination du public prouve qu'il y a aujourd'hui une véritable reconnaissance du crowdfunding par le régulateur.

Concernant plus particulièrement les plates-formes de souscription d'actions, comme SmartAngels.fr, cette publication reconnaît clairement que les conseillers en investissements financiers peuvent opérer des plates-formes.

Le financement participatif reste néanmoins difficile à cerner pour le public...

La notion de crowdfunding demeure en effet assez floue dans la mesure où elle regroupe à la fois les services de dons avec contrepartie, les services de prêts entre particuliers et les services de souscription d'actions. La situation est d'autant plus complexe que ces trois types d'activités ne sont pas soumis au même cadre réglementaire. Le public peut donc s'y perdre.

Néanmoins, les différents discours de l'Elysée et de Bercy ont confirmé qu'un nouveau cadre serait présenté en septembre pour le crowdfunding. Il devrait permettre au particulier d'y voir plus clair.

Les autorités n'auraient-elles pas dû encadrer plus tôt ce secteur sur la pente ascendante ?

La montée en puissance du secteur impose aujourd'hui de le réglementer. Mais cela aurait été difficile à faire en amont. D'ailleurs, même si aux Etats-Unis le crowdfunding est plus en avance qu'ici, la réglementation le concernant est très récente.

Quelles sont les pistes envisageables pour ce nouveau cadre ?

Le mieux serait de définir un statut spécifique aux plates-formes de crowdfunding, avec trois compartiments selon le type d'activité. Le simple fait d'inscrire dans le marbre le champ de compétence des plates-formes et les obligations associées seraient un grand progrès. Cela permettrait en particulier de créer un cadre pour les plates-formes de dons qui jusqu'à récemment n'étaient pas trop concernées par la régulation. La proposition de créer un nouveau statut d'Etablissement de Financement Participatif va évidemment dans le bon sens.

Concrètement que faudrait-il prévoir au sein de ce statut ?

Il pourrait par exemple officialiser des choses existantes comme la possibilité pour une plate-forme de souscription d'actions de proposer des placements. Côté contraintes, il sera nécessaire qu'il détermine des seuils de fonds propres pour s'assurer de la solidité des prestataires. On peut aussi envisager des exigences en matière de déontologie ou d'informations à fournir aux investisseurs concernant les entreprises qui leur sont proposées.

La qualité de l'information fournie aux investisseurs est justement un sujet qui revient souvent concernant le financement participatif. Les jeunes entreprises n'ayant pas d'historiques de comptes à produire, l'affaire se joue souvent sur la confiance. Que pourrait-on exiger de plus ?

En général, les entreprises candidates au financement participatif ne peuvent effectivement pas donner 3 ans de comptabilité. Pour autant, il est possible de délivrer d'autres types d'informations utiles et d'en expliquer les mécanismes. Je pense par exemple à la gouvernance ou aux engagements en matière de rémunération...

L'AMF a aussi alerté les investisseurs sur les précautions à prendre quant à la sortie...

Elle a effectivement souligné ce point et elle est ici dans son rôle. Mais quel que soit le cadre adopté pour la profession, la sortie de ce type d'investissement restera toujours aléatoire. C'est un élément à intégrer à l'entrée. Il ne peut y avoir de garantie. Ce risque est la contrepartie des fortes plus-values envisageables.

Le futur cadre fiscal sur les plus-values favorisera-t-il le crowdfunding ?

Il va probablement aider l'investissement. On parle beaucoup des dispositifs de défiscalisation à l'entrée (ISF-PME, IR-PME) mais ils ne sont pas l'élément clé de la décision d'investissement. Les investisseurs recherchent avant tout à investir dans les bonnes entreprises. En revanche, la taxation de la plus-value à la sortie est un critère important pour celui qui décide d'engager ses fonds dans une entreprise.

Pour aider le public à mieux cerner le crowdfunding, ne faudrait-il pas avant tout changer son appellation afin qu'une meilleure distinction soit faite entre les plates-formes de dons, de prêts et de souscription d'actions ?

C'est certain mais cela ne se décrète pas. Le fait que tous les acteurs soient aujourd'hui réunis sous la même bannière peut faire naître une certaine confusion. Nos métiers étant différents, nous aurons certainement à terme des appellations différentes. Cela se fera naturellement mais il faudra un peu de temps. Notre profession devra aussi se structurer. Ce sera plus simple à faire une fois que nous aurons un vrai statut.

Il y a 15 ans, le courtage en ligne décollait à peine. Aujourd'hui il fait partie du paysage. Ambitionnez-vous d'avoir la même trajectoire ?

Le parallèle est justifié. Le crowdfunding va je pense devenir aussi incontournable que le courtage en ligne. C'est en tout cas ce que nous visons.

Commentaires (1)
  • e-sacha
    e-sachaposté le 27.05.2013 à 18:53

    Sauf que quand ça va être fiscalement encadré tout le monde va se barrer ! Et comme ne France on fiscalise tout ce qui marche bien...
    Top le reportage de France Info ce matin :)