« La réforme du PEA-PME va dans le bon sens »

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Aymar de Léotoing, stratégiste marchés, ARKEON Finance

Arkeon Finance

Quel bilan peut-on tirer de l’année 2015 pour le PEA-PME ?

Il est très difficile d’avoir des données de collecte précises sur le PEA-PME. Chez ARKEON, nous nous intéressons aux données des fonds éligibles. Cela n’offre pas un panorama complet car des capitaux peuvent être investis en direct, mais cette analyse permet de se faire une idée globale des tendances. L’an passé, les fonds éligibles ont collecté environ 370 millions d’euros. Sur ce plan, 2015 a donc été une année plutôt satisfaisante.

En termes de PEA-PME ouverts, la Banque de France a évoqué 42.000 plans à fin juin 2015. Cela reste tout de même inférieur à l’objectif initial de 80.000…

Il faut savoir que cet objectif du gouvernement a été construit à partir des PEA déjà au plafond. Se dire que ceux qui avaient rempli leur PEA ouvriraient un PEA-PME n’était pas une hypothèse insensée. Mais le PEA-PME a certainement été freiné dans son envol par les cafouillages du début sur les valeurs éligibles, par le relèvement en parallèle du plafond du PEA [ndlr : de 132.000 à 150.000 euros] ou par le manque d’entrain initial dans les réseaux. Il a aussi pâti d’un défaut de conception. Il n’est qu’un copié-collé du PEA avec un univers plus restrictif. Peut-être aurait-il fallu dès le départ lui donner un atout supplémentaire pour le distinguer du PEA.

Une réforme vient justement d’être adoptée pour relancer ce produit. Ces mesures vont-elles dans le bon sens ?

Globalement oui. Les critères d’éligibilité ont été clarifiés pour les sociétés cotées. Elles restent soumises à des contraintes de taille d’effectifs, de bilan et de chiffre d’affaires. Mais il fallait auparavant apprécier les seuils en intégrant les participations en amont et en aval (notion de groupe). Désormais, il suffit de prendre les données consolidées et de vérifier si la capitalisation est inférieure à 1 milliard d’euros et si la société n’est pas détenue à plus de 25% par une personne morale. Cela va simplifier le travail des gérants de fonds.

En parallèle, le Législateur a aussi autorisé l’investissement via les obligations convertibles et les obligations remboursables en actions, comme le demandaient les professionnels. L’offre va pouvoir être élargie en intégrant des fonds obligataires, qui mêlent perspectives de rendement et protection du capital à la baisse.

Enfin, ceux qui possèdent des Sicav monétaires seront exonérés d’impôt sur les plus-values s’ils vendent leurs parts avant la fin mars 2017 et réinvestissent l’argent dans un PEA-PME pour au moins 5 ans. Cette disposition aidera à mieux flécher l’épargne dormante vers les PME.

Les demandes des professionnels n’ont cependant pas été toutes prises en compte…

On peut en effet regretter que les bons de souscription d’actions (BSA) ne soient toujours pas éligibles. L’une de nos analyses a par ailleurs montré que les fonds ciblent très peu les petites sociétés françaises de moins de 50 voire 100 millions d’euros alors qu’elles représentent respectivement la moitié et les deux tiers des 330 sociétés éligibles au PEA-PME. Le manque de liquidité est souvent mis en avant par les gérants mais il n’est pas un obstacle insurmontable lorsque le fonds n’est pas tenu de fournir une valorisation quotidienne. Peut-être faudrait-il réfléchir à la création d’un compartiment dédié aux petites structures, une sorte de PEA-TPE avec des valeurs liquidatives hebdomadaires ou mensuelles.

Je continue aussi de penser que pour démarquer le PEA-PME du PEA, il lui faudrait un argument de plus, par exemple une exonération d’ISF sur les montants investis.

Finalement, les difficultés du PEA-PME ne viennent-elles pas tout simplement des craintes des particuliers vis-à-vis des valeurs moyennes ?

La culture financière française n’aide certainement pas. D’autant que la fiscalité favorise les placements sans risque de type assurance-vie en euros ou livret A au détriment des investissements dans les entreprises.

Ceci étant, je tiens à rappeler que les small et mid caps constituent un segment porteur qui peut être paradoxalement moins risqué que les grosses capitalisations. Comme l’a montré l’une de nos études, la volatilité individuelle des petites sociétés cotées est supérieure à celle des grandes valeurs. En revanche, sur un panier de titres, les résultats s’inversent.

Cela tient au fait que les valeurs moyennes supportent des risques propres à chacune d’elles. Dans un portefeuille, ces risques s’équilibrent et permettent de réduire la volatilité de l’ensemble. A l’inverse, les grandes valeurs dépendent avant tout de risques de marché. Dès lors, en cas de choc, elles réagissent dans le même sens, ce qui amplifie les mouvements.

Aymar de Léotoing

Le CV d'Aymar de Léotoing

Stratégiste marchés, ARKEON Finance

Après avoir occupé pendant 15 ans différents postes dans le domaine de l'investissement et de la gestion d'actifs, Aymar de Léotoing a rejoint ARKEON Finance en 2014. Stratégiste marchés, il est également en charge de l'observatoire du PEA-PME.

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